Pour les vacances

Publié le par Antoine

Un petit peu de lecture pour les deux mois à venir, ce que j'emporte avec moi pendant ces quelques semaines de découvertes. Je vous les conseilles fortement, et vous invite à laisser des commentaires en bas de la page sur ces bouquins. J'essaierais aussi, selon mon avancée et la disponibilité de terminaux internet au milieu des ours.

Histoire de la notion de vie, et La société pure : de Darwin à Hitler, d'André Pichot.
Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer, et Du progrès dans la domestication, de René Riesel
LTI, la langue du troisième Reich, de Victor Klemperer.
LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

André Pichot.

Historien des sciences, André Pichot travaille sur la façon dont l'homme considère et agit sur la vie. Par son travail historique, il met en lumière les aspect philosophique ou idéologique en oeuvre derrière les techniques modernes de manipulation du vivant que permettent la génétique. On aurait tort par exemple de croire que l'eugénisme aurait disparut avec les atrocités de la seconde guerre mondiale. Il viendra témoigner au procès de Réné Riesel, condamné pour avoir participer à la destruction d'OGM.

Histoire de la notion de vie

De la notion de vie on pourrait dire ce que saint Augustin disait du temps " Si personne ne me demande ce que c'est, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. " L'ouvrage s'efforce de saisir cette notion à travers les écrits des plus grands théoriciens de la vie, de l'Antiquité à l'aube de la biologie moderne. Il s'agit d'un guide de lecture et d'une gigantesque somme de textes - plus de mille extraits d'ouvrages essentiels - commentés et critiqués dans une perspective historique, philosophique et scientifique. C'est aussi la tentative d'éclaircir, par l'histoire d'une notion, la philosophie sous-tendant les sciences biologiques actuelles.

La société pure : de Darwin à Hitler

Si les problèmes liés à l'eugénisme, au "nettoyage ethnique" et au racisme reviennent si souvent sur le devant de l'actualité, c'est qu'ils sont loin d'être résolus, faute de notions claires sur les concepts de race, de gène et d'individu. L'historien et chercheur André Pichot entreprend ici de donner les outils nécessaires pour comprendre la vraie nature des intrications – qui ne cessent de se multiplier de nos jours – entre la biologie et la société. Le récit effarant des dévoiements de la biologie, de Lyssenko à Alexis Carrel, de Julian Huxley à Ernst Haeckel, et du "darwinisme social" (doctrine qui considère l'homicide collectif comme la cause du progrès de l'humanité) à Auschwitz, met en garde contre les interprétations simplistes. Carrel n'était pas plus dangereux que Huxley au prétexte que l'un était pétainiste et l'autre directeur de l'Unesco, et le naturaliste allemand Haeckel a fait bien davantage que le célèbre Gobineau pour propager les thèses eugénistes. La critique aiguisée des positions antiracistes trop catégoriques, quant à elle, montre clairement le chemin qui mène d'une pensée biologique imparfaite au fantasme de race parfaite. Un ouvrage passionnant et d'utilité publique. "(Les hommes) ne sont ni inégaux ni différents, ils sont incomparables. Et c'est parce qu'ils sont incomparables qu'ils sont égaux, mais d'une égalité qui ne se fonde ni sur la mesure ni sur la comparaison, l'égalité en dignité, et en droits. Les critères biologiques n'ont ici aucun intérêt."  Victor Gasque
Historien des sciences, c’est un déficit de pensée qu’André Pichot vient combler. Question embarrassante que celle de l’eugénisme. Médias et historiens pensaient l’avoir verrouillée à l’intérieur de l’idéologie nazie. Or, ce qui transparaît de cette étude serrée, c’est que si l’eugénisme a été laissé dans l’ombre, c’est parce qu’il offrait une image gênante des sociétés de la première moitié du 20è siècle dans leurs relations avec le nazisme. En effet, les premières lois eugénistes datant de 1907 furent américaines. En Suède, elles restèrent en vigueur jusqu’en 1970. Le Directeur de l'UNESCO, Julian Husley, humaniste social-démocrate, attestait encore, en 1946, de leur bien-fondé. Quant à la Fondation Rockefeller, elle joua un rôle des plus important dans son implantation en Europe, en particulier par le financement de laboratoires allemands. L’eugénisme était ainsi le lieu commun de la pensée scientifique de cette époque. Si par ailleurs on a voulu faire de Gobineau le père de cette idéologie abjecte, c’est en réalité du côté de Darwin qu’on en trouve les fondements. On lui doit entre autres l’interprétation des problèmes sociaux en termes biologiques. Et bien sûr, son prestige est aujourd’hui intact. Ce ne sont ainsi pas les horreurs nazies qui ont fait disparaître l’eugénisme, mais les progrès de la génétique. Or celle-ci, très à la mode désormais, campe sur les mêmes questions : éviter par exemple la naissance d’individus malades. Il semblerait que le racisme moderne, décalqué de l’eugénisme, ne trouble plus personne…   Joël Jégouzo
Techno-sciences


René Riesel

Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer
Du progrès dans la domestication

René Riesel, combattant de la première heure contre les OGM essaye de "donner du sens" aux actions quand d'autres cherchent à les mediatiser. Ces textes permettent de cerner la disparition du monde paysan, qui rejoint peu à peu le rang du salariat, mais aussi les limites du mouvement altermondialiste et du citoyenisme.
L'auteur voit dans la lutte contre les OGM un outil qui permet de saisir le sens des transformations actuelles.

Language, novlangue et système totalitaire

LTI, la langue du troisième Reich , de Victor Klemperer.

Pendant plus de 10 ans, de 1933 à la fin de la guerre, Victor Klemperer note dans son journal les transformations que les nazis imposent à la langue allemande : "observe étudie et grave dans ta mémoire ce qui arrive - car demain cela aura un autre aspect, demain déja tu le percevra autrement (...)". Son journal lui servira à garder l'equilibre au cours de ces années terribles, l'étude de la semantique nazi lui permettra de ne pas sombrer dans les nombreuses chausses-trappes idéologiques qui rattrapèrent nombre de ses contemporains.

Victor Klemperer observe la mise en place de la LTI, la «langue du Troisième Reich», sa montée en puissance, et son durcissement désespéré à partir de 1943, lorsque la bataille de Stalingrad fait de l'armée d'un Reich qui devait durer mille ans l'armée la plus misérable. La LTI, écrit Klemperer, est une langue dont la «pauvreté» est la «qualité foncière» (p. 43). Les mots y sont martelés. A la date du 28 juillet 1933, il note : «La répétition constante semble être un effet de style capital dans leur langue» (p. 58). Tout en elle «devait être harangue, sommation, galvanisation» (p. 47).

Klemperer relève dans la LTI les mots dont la fréquence augmente : spontané (p. 82), instinct (p. 306), fanatique et fanatisme (p. 87), aveuglément (p. 201), éternel (p. 152), étranger à l'espèce (p. 132), et bien entendu le mot total, désigné par Klemperer comme le «mot clé du nazisme» (p. 281). Le philologue observe aussi des segments qui se figent, comme la guerre imposée à un Führer soi-disant pacifique (p. 351), ou la haine insondable des juifs, cliché entendu quotidiennement (p. 231). Klemperer relève également les mots dont la productivité lexicologique s'accroît : les préfixes Welt (mondial) et gross (grand) (p. 284), ainsi que Volk, un des maîtres-mots du nazisme, dont Klemperer enregistre les bourgeonnements protéiformes (p. 56 et 309).
Compte rendu d'Alice Krieg



LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

Sur une prériode un peu plus courte (un an) Eric Hazan s'essaye au même travaille sur la langue d'aujourd'hui, et decrypte comment celle-ci, derrière son apparente neutralité, véhicule également une idéologie très particulière.

Emmission de radio de Daniel Mermet.

Quatrième de couverture :
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.

Publié dans Bibliothèque

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Roland 07/07/2007 18:28

LTI langue du troisième Reich, je ma demande si je ne vais pas l'acheter.
ça m'a l'air de devoir nous apporter plein de choses interessantes.

Surtout que par exemple ce qu'elle dit sur la tendance à la répétition obsédante des mêmes mots , on voit ça arriver de nos jours!
terrorisme, terrorisme, terrorisme, terroristes, terrorisme
hygiène, hygiène, hygiène
sécurité, sécurité, sécurité, sécurité ("pour des raisons de ")

Et bien sûr les fameuses "réformes" réformes ,réformes

Roland 07/07/2007 18:20

Sur le livre LQR la propagande du quotidien. Je ne l'ai pas lu ("La société pure" par contre je l'ai déjà lu, et je suis tout à fait d'accord que c'est un livre capital  à lire "incontrounable" comme on dit!) mais je suis persuadé que c'est un livre très interessant. Sur ce vocabulaire idéologique et artificieux de certains "maitres à penser" de maintenant il y a, très décapant (et jubilatoire par son procédé parodique apince sans rire) le livre "Le prophète du -libéralisme" copié sur Le Prophète de Gibran: http://miiraslimake.over-blog.com/article-3108400.html