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Mardi 15 avril 2008

Sarkozy contre la laïcité : l'avènement des nouveaux mouvements spirituels

Le président appelle de ses voeux une « laïcité positive ». Ce qui revient à dire que la laïcité française actuelle est « négative ». Il a ainsi appelé à "l'avènement d'une laïcité positive, qui tout en veillant à la liberté de pensée, à celle de croire ou de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout". Dans son livre sur la République et les religions, il considère qu'il faut refuser les « amalgames » entre les sectes et les nouveaux « mouvements spirituels ».

Cette action du chef de l'état est parfois relayée par des groupes organisés, comme "colloque national organisé par le Centre de formation et d’études judiciaires, tenu à la Maison du Barreau en janvier 2003. Il réunit des spécialistes du droit, tel Jacques Robert, des avocats,dont Jean-Marc Florand, Olivier-Louis Séguy,Philippe Gast, des sociologues, tels que Raphaël Liogier, Régis Dericquebourg ou Jean Baubérot,ou encore l’ethnologue Maurice Duval. La plupart des intervenants sont engagés dans la défense des nouveaux mouvements religieux, ou cherchent, en tout cas, à faire entendre une voix différente de celle des associations antisectes. On y commente bien sûr la loi 1905, celle visant les sectes de 2001. On réfléchit sur la laïcité telle que pratiquée aujourd’hui." Il est très intéressant de voir que les lois qui dérangent sont celles de la laïcité et celle contre les sectes. L'appareil législatif français est un obstacle à la progression de ces mouvements, et ils nous le font sentir.

Nous avons déjà étudier sur ce site comment N. Sarkozy a choisi de favoriser l'implantation de l'église de scientologie en France, et comment ce choix s'intégrait dans sa politique atlantiste ( Nicolas Sarkozy, la scientologie au service de l'atlantisme ? ).

Nous allons étudier en quoi ce revirement vers le modèle américain à de quoi inquiéter. Qui sont les nouveaux mouvements spirituels que le président défend dans son livre, comment expliquer l'attitude ambigue de l'ancien ministre de l'intérieur envers les monotheismes, semblant parfois les défendre dans une politique d' "intégration sociale" et parfois être violement islamophobe.

Les nouveaux mouvements spirituels

Depuis le début des années quatre-vingt, le mouvement du nouvel âge a pris une ampleur sans précédent un peu partout dans le monde occidental, et représente aujourd'hui une forte part des ventes de livres.


"Le mouvement nouvel âge est comme une pierre qui roule mais qui, contrairement au proverbe, amasse beaucoup de mousse. Ses tentacules s'étendent à tous les aspects de la vie personnelle et sociale - la culture, l'écologie, la santé, la science, les gestes quotidiens - et récupèrent les nouvelles idées dans un emballage pseudo-scientifique. Le problème, c'est que les gens ne font plus la différence entre science et croyance."

Martin Geoffroy, étudiant au doctorat au Département de sociologie, s'intéresse au mouvement nouvel âge depuis plusieurs années. Il y a d'ailleurs consacré sa maîtrise et son doctorat et il est parvenu à établir une typologie descriptive là où plusieurs auteurs ne voyaient qu'un "fourre-tout nébuleux" aux contours insaisissables.

Dérive épistémologique
S'il est impossible de mettre un chiffre sur le nombre d'adeptes de ce mouvement à caractère religieux, l'étudiant n'hésite pas, à la lumière des ventes de volumes nouvelâgistes, à parler de raz-de-marée.

"La littérature nouvel âge représente 20% du marché du livre au Québec, souligne-t-il, soit un chiffre d'affaires de cinq millions de dollars par année. Les titres québécois sont tirés en moyenne à 3000 exemplaires chacun, ce qu'aucun autre genre littéraire ne réussit à égaler. Et c'est sans parler des succès internationaux, comme La prophétie des Andes tirée à cinq millions d'exemplaires."

Les tentacules du nouvel âge, Une pensée à la mode, marquée par une dérive épistémologique
   

Vous trouverez en bas de pages des liens vers les travaux de Martin Geoffroy. Celui-ci présente une situation ou les religions traditionnelles s'éffritent, dans un contexte de changements considérables sur le plan religieux. Elles sont très rapidement remplacées par des mouvements syncrétiques, très indivudualistes, basées sur l'accomplissement personnel et l'intégration dans l'ordre cosmique.


Pour plusieurs auteurs, comme Champion, le christianisme occidental se désinstitutionnalise pour être progressivement remplacé par un « bricolage » de croyances et de pratiques individuelles :

La logique du bricolage, majoritaire aujourd'hui dans le champ religieux des pays occidentaux, est à l'œuvre aussi bien au sein du christianisme que dans des mouvements où la référence à une tradition s'estompe derrière la quête du bonheur individuel par le spirituel. [1]

Selon moi, ce « bricolage » signale plutôt l'émergence d'une nouvelle forme de religiosité qui ne coïnciderait plus avec la définition classique de la religion. Cette définition, habituellement fondée sur le critère d'appartenance à une Église, ne tient plus puisque, désormais, une majorité de gens se livrerait à un « bricolage » spirituel à l'extérieur des grandes traditions religieuses. Le critère d'appartenance à une institution religieuse deviendrait donc inefficace pour évaluer un phénomène comme le NA. Cette nouvelle forme de religion, appelée communément le « mouvement du nouvel âge », ou encore le « réseau de nouvel âge » [2], comporterait donc plusieurs caractéristiques organisationnelles qui auraient échappé jusqu'à maintenant aux chercheurs en sciences sociales. 

[1] F. Champion, « Religieux flottant, éclectisme et syncrétisme », dans J. Delumeau et autres, Le fait religieux, Paris, Fayard, 1993, p. 746.

[2] Dans ce texte, j'utilise à la fois l'expression « réseau » et celle de « mouvement », car il n'y a pas encore consensus chez les chercheurs dans le domaine quant à l'emploi plus précis de ces concepts qui font partie des débats théoriques actuels.

Martin Geoffroy, “Pour une typologie du nouvel âge” (1999) 

Le mouvement new-age fonctionne en réseaux, qu'il veut utiliser pour façonner le monde à sa manière. Une autre de ces caractéristiques est de se donner une légitimité scientifique.

La pensée nouvelâgiste déborde maintenant dans des disciplines sérieuses comme la philosophie, la sociologie et le management. Martin Geoffroy observe, chez les adeptes de ce mouvement, "une rupture épistémologique montrant que l'expérience religieuse est mise sur le même pied que la démarche scientifique".

"Dans les religions, on sait que les croyances relèvent de la foi. Dans le nouvel âge, on nous dit que les croyances sont fondées sur des faits scientifiques. On ne fait plus la distinction entre science et croyance; l'idéologie s'infiltre dans la science et en menace les principes de base."

Le Nouvel-Âge va reprendre de manière syncrétique nombre de philosophies, principalement d'orientation orientale, hindouiste et bouddhiste. Ce mouvement effectue une première apporche de ses adeptes par différentes pratiques comme le yoga, l' hypnose, les médecines "holistiques".

De manière plus général le nouvel-age se reconnait à sa focalisation sur l'individu, qui doit chercher avant tout son accomplissement personnel en vue de son intégration dans le monde qui l'entoure. D'où son l'immense succès dans les stages de management ou de remise en forme des cadres, quand il faut considérer à la fois la soumission à la logique de l'entreprise, la formation du personnel et l'epanouissement personnel.

Qu'est ce que le "Nouvel-Age", Les origines du mouvement.

Les bases du mouvement sont jetées à la fin du XIXe siècle. On remonte couremment sa fondation à la société de théosophie, et Helena Petrovna Blavatsky. En fait il semble qu'il y ai eu une organisation précédente dont la théosophie ne serait que l'externalisation. Cependant elle est moins reconnue, et l'on n'en parlera pas ici.

Les grands axes de la pensée New Age s'inspirent directement des écrits de la Société de Théosophie, dont les membres fondateurs sont aujourd'hui encore honorés comme des précurseurs méritants de ce mouvement. Qu'est-ce donc que la Théosophie ?

Cette Société fut fondée aux USA en 1875, par Helena Petrovna BlavatskyHenry Steel Olcott (1832-1907). La "Théosophie" existait déjà, doctrine ésotérique occidentale transmise par des penseurs mystiques tels Jacob Böhme (1575-1624). Mais la doctrine propagée par la Société nouvelle n'a rien à voir avec celle des siècles passés. Dans un premier ouvrage ("Isis dévoilée"), H.P. Blavatsky fustige la Science et le matérialisme, parce qu'ils ne reconnaissent pas le spiritisme – que l'auteur affirme avoir été pratiqué et reconnu depuis l'Antiquité – et dans la foulée s'en prend aux religions établies, parce qu'elles auraient failli à leur mission, et qu'elles ne seraient plus qu'une représentation dépassée et nuisible au Christianisme. La solution de rechange proposée par Blavatsky lui est transmise par des êtres mystérieux, gardiens des vérités oubliées, les "Supérieurs Inconnus" dont nous reparlerons.
(1831-1891) et le colonel

Le mouvement New-Age : les origines

Il serait interessant de raconter la suite, mais par manque de place, je vous conseille plutôt de vous référer au lien précédent. On en lit ici l'essentiel : critique de la science, opposition au monotheisme (on verra plus loin que les maux de la modernité sont injustement associés au christianisme) et communication avec des êtres supérieurs.

L'hypothèse Gaïa

L'écologie peut-être plus ou moins radicale, voire mystique. L'hypothèse dite Gaïa, selon laquelle la Terre constituerait un être vivant capable de s'auto-réguler présente l'intérêt de mettre en évidence les liens entre les différentes dynamiques à l'oeuvre sur notre globe. Elle peut être interprétée d'une façon finaliste qui relèverait de la métaphysique (il existe une force vitale qui s'impose à tous les composants terrestres, y compris les minéraux, les océans, l'atmosphère). Elle peut également donner lieu à des actes de foi mal venus relativement aux capacités d'auto-régénération face aux agressions que l'homme fait subir à l'environnement.
Le modèle Gaïa a été lancé par le chimiste de l'atmosphère James Lovelock et la biologiste Lynn Margulis dans les années '60 '70, puis développé sous forme d'un modèle simple "Daisyworld" dans lequel la compétition entre des marguerites noires et blanches régulait les échanges de chaleur terrestre. Depuis lors, les tenants de l'écologie radicale "Deep ecology", ceux qui militent pour la réduction des émissions de gaz à effets de serre, et leurs adversaires plus conservateurs, continuent à discuter autour de ce thème - d'autres diront ce mythe - de Gaïa.

L'hypothèse Gaïa forte est-elle toujours à proscrire ?

Dans son ensemble cette théorie, et le mythe de Gaïa donne lieu a une vaste littérature New-Age. Elle participe de la reflexion sur la place de l'homme dans la société, et de son intégration dans une comprehension totale de l'univers. C'est un bel exemple de l'utilisation du mythe pour construire le monde tel qu'il est/sera. 

Par exemple, le mythologue Joseph Campbell pensait que l'hypothèse Gaïa pourrait être un futur mythe, qui parlerait non pas d'une localité ou d'un peuple, mais d'une planète entière, avec tous les êtres vivants qui s'y trouvent. Le nouveau mythe indiquerait comment entrer en rapport avec la nature et le cosmos, et la société concernée par le mythe serait une société planétaire.

Le mythe de Gaïa est aussi exploité par Isaac Asimov sur une partie du cycle de Fondation. Il en fait un élément de réflexion centrale face à la robotisation des mondes.

Gaïa dans l'oeuvre de fiction d'Isaac Asimov

Dans le Cycle de fondation, l'auteur de fiction Isaac Asimov décrit une planète Gaïa,  Gaïa, qui est un superorganisme, avec qui elle communique de manière télépathique. La mémoire de Gaïa est répartie parmi tous les fragments, et, sur ce monde idyllique, la pluie tombe quand il faut, les arbres poussent en rangées bien droites, dans le but de l’intérêt commun.

Il a le choix entre l’Empire matérialiste de la Première Fondation, semblable a celui qui s’est effondré, entre l’Empire mentalique de la Seconde, telle que le voulait Hari Seldon, et Galaxia, super-super-organisme à l’échelle galactique, telle que le veut Gaïa. Sans savoir pourquoi, il choisit Galaxia. Gaïa peut à présent préparer l’édification de Galaxia.

Golan Trevize est tourmenté par son choix, car il juge que l’appartenance à un superorganisme constitue la perte de l’intimité et la disparition de l’indépendance des individus (comme Hari Seldon en son temps). Il ne voit cependant aucune meilleure solution à son choix.

Il prend conscience que sa galaxie n’est pas la seule, qu’elle est accessible par l’hyperespace, et qu’une union sans crise interne est nécessaire pour assurer son éventuelle défense contre des envahisseurs extra-galactiques. Il termine sur une interrogation sur leur présence peut-être déjà effective ou imminente dans la Galaxie.

Le choix de Golan Trevize représente le dilemne que pose la religion New Age. L'intégration de l'individu dans un tout, auquel il est relié en tout point (partage de tout, jusqu'au relations sexuelles, prise en charge par la collectivité de toute les décisions) semble et est décrite comme un bien d'ordre général, justifiant toutes les mesures contre une éventuelle opposition. En fait cette présentation d'un idéal de type socialiste est une dissimulation des buts du totalitarisme : disparition du libre arbitre, de l'individu important en soi, qui devient sacrifiable devant l'interêt global.

Voici la définition du totalitarisme sur Wikipedia :

Le totalitarisme est le système politique des régimes à parti unique, n'admettant aucune opposition organisée, dans lequel l'État tend à confisquer la totalité des activités de la société. Concept forgé au XXe siècle, durant l'entre-deux-guerres, le totalitarisme signifie étymologiquement « système tendant à la totalité, à l'unité[1] ».

L'expression totalitaire vient du fait qu'il ne s'agit pas seulement de contrôler l'activité des hommes, comme le ferait une dictature classique : un régime totalitaire tente de s'immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l'adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté.

Les caractéristiques habituellement retenues pour caractériser le totalitarisme sont : une idéologie imposée à tous, un parti unique contrôlant l'appareil d'État, dirigé idéalement par un chef charismatique, un appareil policier recourant à la terreur, une direction centrale de l'économie, un monopole des moyens de communication de masse et un monopole de la force armée[2].

Dans le livre, Golan Trevize fait son choix sans savoir pourquoi, mais se trouvera une justification pour ce super-organisme totalitaire : se défendre face à d'eventuels extra-terrestre.  De fait, une identité nationale se défénit souvent par une opposition à un ennemi héréditaire. Le sionisme par exemple se construit essentiellement sur l'antisémitisme (  Partie II : Israël et le sionisme - le nationalisme contre la religion ). Pour faire accepter un nationalisme global, il n'y a plus d'ennemi à choisir. Ceci explique sans doute la référence New Age aux extra-terrestre, et le soutiens récent de sources officielles américaines aux théories sur les OVNI. Voici une citation de H. Kissinger qui permet de saisir la contrepartie de ce phénomène :

"Aujourd’hui, si des troupes des Nations-Unies entraient à Los Angeles pour restaurer l’ordre, les américains seraient outragés; demain ils en seront reconnaissants. Ceci serait spécialement vrai si on leur disait qu’une attaque venant de l’au-delà menaçait leur existence. C’est alors que tous les peuples de la terre prierait leurs leaders de les délivrer de ces méchants. La chose que tous les hommes craignent, c’est l’inconnu. Quand ce scénario leur sera présenté, ils seront prêts à abandonner leurs droits individuels pour leur bien-être, garanti par leur gouvernement mondial… "
H. Kissinger parlant à la réunion des Bilderbergers le 21 mai 1992 à Évian, France. A son insu, son discours fut enregistré par un délégué Suisse.


Voici comment finalement vos dernières libertés s'effondreront : la peur des extra-terrestres. C'est probablement le moyen par lequel les autorités emmeneront  l'humanité se battre à Har-Meggido, à l'image du film Independance Day .

L'initiation, un jugement objectif pour hiérarchiser l'humanité

Le mouvement dans son ensemble proclame, selon la precession des equinoxes, un phénomène astronomique lié  au lever du soleil dans les constelations zodiacales, l'arrivée de l'humanité dans l'age du verseau. En fait dans ces idéologies, l'humanité doit subir  une formation, sur le même mode que l'initiation mystique traditionelle. Selon son évolution et l'ouverture de sa conscience, chacun est plus ou moins évolué, selon une parodie de l'évolution darwinienne.

Ce qui donne, chez les penseurs à l'origine du mouvement une dérive raciste évidente. 

"La Doctrine Secrète" de H.P. Blavatsky, ouvrage de base du New-Age, fondamentalement raciste, explique que les races ont leur origine en Atlantide et que l'une des sept races atlantéennes était la race aryenne. Par rapport aux six autres races ' les Toltèques, les Rmoahals, les Tlavatlis, les Turaniens, les Akkadiens et les Mongols ' les Aryens étaient la race-maîtresse, les surhommes des races atlantéennes.

Les Aryens n'étaient pas devenus des surhommes par des évolutions ou des mutations ordinaires dans l'évolution, mais plutôt par un bond soudain destiné à leur donner les facultés nécessaires pour vivre dans un monde post-dilluvien. Tout en perdant leurs pouvoirs magiques sur les forces de la nature, et le développement psychique, ils acquirent des facultés de développement du cerveau et une "intelligence supérieure" à celle des autres races survivantes, décrites comme inférieures quant à leurs facultés mentales et à leur héritage génétique.

Prétendument instruits par des hommes-dieux ou même par des surhommes plus avancés, qui leur enseignèrent à protéger à tout prix leur héritage génétique supérieur, ils étaient censés se distinguer des autres races, "inférieures", par leur intellect. Cependant, ces intellects "supérieurs" avaient été développés par le sacrifice de la nature psychique ou prétendument "spirituelle". Pour remédier à cette "déficience" et pour faire en sorte que les pouvoirs psychiques ne soient pas perdus pour la race aryenne, le processus de l'initiation fut développé par leurs "maîtres".

L'initiation devint donc le pré-requis (sine qua non) pour être dirigeant dans la société aryenne, car seuls les initiés ou les adeptes pouvaient communiquer avec les prétendus surhommes ou "pouvoirs supérieurs" nécessaires pour diriger la race. Ces initiés constituent la "Hiérarchie", futur gouvernement spirituel planétaire.

Les adeptes du Nouvel-Âge croient qu'à travers la méditation et d'autres "disciplines spirituelles", ils sont devenus une "nouvelle espèce" ' homo noeticus en opposition à homo sapiens vu comme une espèce mourante. Ils proclament une doctrine intrinsèquement antisémite et raciste : les Juifs proviennent d'un autre système solaire (Alice A. Bailey), les Orientaux et les Noirs viennent d'une autre race-mère ; les races occidentales doivent contrôler le monde puisqu'elles seraient la race-mère la plus évoluée.

Le Nouvel Age, sur le site "La connexion eugéniste"


Au XXe siècle, une première tentative de réaliser le règne de 1000 ans

Pour ceux d'entre vous qui ont lu la série "Les Enjeux de l'antisémitisme", il y a de très forts parallèles avec la mystique national-socialiste, raison première de son antisémitisme. En fait le New Age et le nazisme partagent ce même objectif religieux :  faire disparaître le christianisme traditionnel pour le remplacer par une vision nouvelle du "christianisme positif".

Hitler, lorsqu'il vivait à Vienne, a été fortement influencé par les doctrines aryosophistes (doctrine théosophique sur la suprématie de la race aryenne), alors très à la mode. Il possédait une importante collection de la revue Ostara (déesse de la lumière), éditée par le théosophe Jörg Lanz, adepte de la Société Théosophique qui avait pour bible La Doctrine Secrète de Blavatsky. Il admirait sa doctrine des races et la popularisait dans la revue Ostara. Hitler avait rendu visite à Lanz en 1909 pour acheter d'anciens numéros d'Ostara afin de compléter sa collection ; il disait qu'il était intéressé par les théories raciales de Lanz. En 1932 Lanz écrivait : "Hitler est l'un de nos élèves".

Lanz, bénédictin défroqué, avait fondé l'ONT (Ordre Nouveau du Temple) et cherchait ainsi une filiation avec les Templiers du Moyen-Âge, tout en enseignant une doctrine gnostique mêlant la théosophie de Blavatsky, ses doctrines "théozoologiques" et le culte de Wotan et Odin. Parmi ses écrits : "Il faudrait castrer sans merci les jeunes bons à rien ou les stériliser", "Criminels, malades mentaux et porteurs de tares héréditaires doivent être exclus de la reproduction", "Intervenir dans la vie sexuelle permettra d'atteindre le royaume des cieux".

Hitler subit par ailleurs l'influence de Guido List (1848-1919) qui avait élaboré une doctrine gnostique, fruit d'un mélange entre le Wotanisme (ré-écrit à la mode gnostique) et la théosophie de Blavatsky, promouvant le racisme pangermaniste eugéniste et une nouvelle Hiérarchie, les Armanes, une élite d'initiés. En 1921, Hitler recevait pour son anniversaire un livre contenant une dédicace personnelle : "Pour Adolf Hitler, mon cher frère-armane".

D'autres responsables nazis sont connus pour avoir été inspirés par le même courant paganiste : Himmler par Wiligut, Alfred Rosenberg, Dietrich Eckart, Rudolf Hess par la Société Thulé (une autre secte théosophique, pangermaniste et antisémite).

Tout comme les sectes du Nouvel-Âge, le nazisme a enseigné la doctrine de l'aryanisme et de la pureté aryenne, mettant en scène une nouvelle "race-maître" aryenne mutante. La haine des Juifs fondée sur une croyance occulte de corruption génétique des Juifs rendait nécessaire une "solution correcte" finale à ce "problème juif".

Ce n'est donc pas un hasard si Hitler, se prenant pour le Messie chargé d'amener le Règne de Mille Ans, a appliqué le programme de "nettoyage ethnique" de la Société Théosophique, dans une politique antisémite, raciale et eugéniste, soutenu par les eugénistes de tous les pays, notamment les Américains.

A posteriori, au moins un responsable du New-Age reconnut cette filiation : "Il y a eu une tentative de commencer par unir les peuples vivant dans la vallée du Rhin. Cette tentative fut faite par un disciple mais n'aboutit pas. Actuellement une autre tentative est en cours..."

Le Nouvel-Âge, inspirateur du nazisme


Un leader charismatique : Maitreya, le nouveau Christ

Sur wikiepdia, on peut lire :

Share International (branche française : Partage international), fondé dans les années 1970 par Benjamin Creme, influencé par les écrits de la théosophe Helena Blavatsky et d’ Alice Ann Bailey, une pionnière du New Age, prétend que Maitreya est le messie attendu par toutes les religions sous des noms différents, et qu’il aurait déjà fait de nombreuses apparitions publiques et privées.

Voici l'introduction de la page de Share international :

Le monde se tient aujourd'hui à la croisée des chemins et les défis à relever sont d’une ampleur inégalée. Ce qu’ignore l’humanité, c’est que la crise qu’elle traverse est de nature spirituelle. Cette crise se focalise dans les domaines politique et économique et c’est là qu’elle doit être résolue.

Le seul moyen d’avancer pour l’humanité est de prendre conscience de son unité, de sa véritable nature et de manifester la fraternité entre les hommes par le partage et la coopération.

En cette époque charnière, les Maîtres de Sagesse sont prêts à conseiller les hommes et à faciliter leur entrée dans une nouvelle ère, où l'être humain connaîtra un accomplissement sans précédent.

Le plus grand d'entre eux, connu sous le nom de Maitreya ou de l'Instructeur mondial, se fera bientôt connaître ouvertement. De nombreux signes confirment l'imminence de cet événement.

«Même si cela suscite de l'incrédulité ou semble relever de l'utopie, du point de vue de vos Frères aînés d'importants changements sont en cours qui améliorent l'état du monde. Nous voyons se renforcer le courant qui mène à l'unité et à la justice, et se développer la prise de conscience que la paix doit régner, qu'elle est une absolue nécessité si l'humanité doit poursuivre son chemin évolutif. Ainsi la menace d'autodestruction s'éloigne-t-elle considérablement.»

C'est un bon résumé de la pensée New Age. Mais aussi du principe problème-réaction-solution, qui permet petit de faire accepter à l'opinion publique tout ce qu'un esprit sain aurait refusé. En partant de situation catastrophiques (sociales, écologiques, etc ) on parvient à faire accepter que l'élite, au commande de l'état censé représenté la collectivité, prenne tout les pouvoirs.

Ici cette élite est chapautée par un leader multi-annoncé. Sans vouloir être redondant c'est déjà le rôle qu'Hitler voulait se donner. Mais ici on va jouer sur tous les mythes présents dans les religions pour justifier d'un leader mondial. J'avais déjà traiter ce sujet d'un leader autoproclamé dans l'article Le Progrès, évolution ou construction ? .

Ce grand gourou mondial sera loin d'être pacifique, mais imposera son autorité et une religion unique au monde entier. C'est le sens et l'aboutissement de la religion du "Nouvel-Age". D'après Anne Bailey, l'une des théoricienne "inspirée" du mouvement, les recalcitrants qui refuseront d'adopter la nouvelle spiritualité sont des être ratés (ou fondamentalement mauvais) devront être renvoyé "dans une autre dimension, en dehors du cycle des réincarnations".

Ce qui est intéressant c'est l'usage de la rethorique de la tolérance pour justifier ce choix.  Le New Age étant un mouvement multiforme et plutôt original pour le moment, il joue sur le concept de tolérance pour se faire accepter. Cependant dans ses écrits les auteurs sont agressivements anti-monothéistes, ce qu'ils justifient par l'intolérance de l'intolérance.

Parce que les croyants pensent que leurs écrits, la Bible et le Coran, sont la vérité, puisque parole d'Allah ou de IHWH, ils doivent être anéantis. Et c'est précisement ce que font les élites depuis le XXe siècle, lorsque les monothéistes (juifs, tziganes, arméniens, slaves orthodoxes, palestiniens, ...) forment l'immense majorité des populations génocidés.

Mais ce n'est pa la seule raison. Le leader mondial dont l'arrivée est préparée par les résaux New Age est amplement décrit dans les livres saints des trois grandes religions. Il s'agit de l'antichrist, le faux prophète, la deuxième bête de l'Apocalypse de Jean, l'abomination de Daniel.

Celui-ci se fera passer pour Dieu, installera son siège à Jerusalem, placera son idole dans le temple, persecutera les croyants et recevra son trone des 10 rois, qui lui confieront leur royauté. La marque de la bête, solution proposée aux inégalités economiques, sera imposée à tous les hommes.

C'est parce que les textes du monothéisme sont défénseurs de la liberté et des responsabilités individuelles et décrivent en mal l'avenement du leader attendu que le New Age les stigmatise fortement.

L'infiltration des religions monothéistes par le New Age

Dans le New Age, les religions orthodoxes doivent être remplacées par la Religion du Monde Nouveau qu'un leaer mondial viendra mettre en place en unifiant toutes les religions qui auront préparé sa venue.

Nous avons vu dans la deuxième partie comment le sionisme a permit de mettre en place une religion nationale en lieu et place du judaïsme.

Nous avons vu dans la troisième partie que l'Islam est en passe de se faire renverser par un courant préparant la venue du Mahdi.

Pour le chritianisme, il y a beaucoup de courants qui pourraient être identifiés avec le New Age. Cependant on peut lire dans le livre Final Warning, de David Rivera (dont les exemplaires restants sont en vente pour 500€ sur internet, étonnant pour un livre sorti en 1994) un passage à propos du National Council of Churches, membre du World Council of Churches, qui dit :

  • founded in 1908 by Walter Rauschenbusch, a baptist (socialist) and Henry Ward (communist), as federal council of church
  • identified by congress as "communist organization aimed at the establishment of a state church"
  • office and naval inteligence reported they gave "aid and confort to the communist movement and party"
  • in 1942 their platform called for a world governement
  • financially supported by Andrew Carnegie and John D Rockfeller Jr (note : qui ne sont pas, eux, des communistes notoires)
Derrière ces mouvements chrétiens, ce sont les considérations en vue d'une église universelle dont il faut se méfier. Peu importe pour le croyant que les institutions soient unifiées en vue de justifier un pouvoir global, bien au contraire !

 

Une religion globale : la fin de la laïcité

Cette religion garantira l'institution du Nouvel Ordre Mondial demandé par Georges Bush père : We have before us the opportunity to forge for ourselves and for future generations a new world order.

La religion New Age est destinée à devenir la religion d'état d'un monde unifié par un leader charismatique, elle demande l'integration des religions dans l'appareil étatique, ce que N. Sarkozy a commencé à faire lors de son passage au ministère de l'intérieur, mais aussi l'ouverture aux nouveaux mouvements spirituels, qui ne veulent plus être considérés comme des sectes. L'amérique est en guerre contre la politique anti-secte à la française. Nicolas Sarkozy s'empresse de la satisfaire. 

Toute la politique religieuse de N. Sarkozy consiste a ouvrir la porte aux nouveaux mouvements spirituels, pour les mettre au service d'un nouvel ordre mondial, dont ils seront le fondement religieux.

Les attaques contre la laïcité ne sont pas finies ! Pas plus que celles contre les monothéistes, qui devront s'intégrer ou faire face aux conséquences.

 

 

Sitographie

1. publications universitaires
2. Sites chrétiens
3. Articles liés sur ce blog
4. Sites sur le New World Order
par Desbabas publié dans : Controle des populations communauté : Novus ordo Seculorum
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Commentaires

Le point de vue du sociologue Maurice Duval

La première fonction sociale du discours sur « les sectes » est de créer une peur collective. En effet, elles sont supposées représenter un grand danger en même temps qu'elles sont peu visibles mais omniprésentes. Leurs pratiques cachées seraient le viol, si ce n'est de la pédophilie ou des orgies sexuelles, l'appropriation de l'argent des adeptes, le « lavage de cerveau » rebaptisé « manipulation mentale » pour redorer une notion usée et autrefois décriée par les intellectuels, l'abus des faibles, elles seraient des lieux de consommation de drogue, voire de blanchiment de l'argent qui provient de sa vente, du trafic d'armes, du trafic d'organes, etc. En fait, la « secte » incarne tout ce que la société considère comme « Le Mal ». On comprend qu'elles puissent susciter la peur, d'autant qu'elles s'attaqueraient prioritairement aux faibles et aux enfants. Le résultat est probant : la société globale a peur de ces groupes et, par voie de conséquence, de ce qui est plus ou moins hors de la norme, d'autant que les associations anti-sectes (largement dotées de crédits et de crédit, considérées le plus souvent comme salutaires, stimulent les médias à pratiquer un dénigrement constant, souvent très violent et qui ne souffre pas la controverse. Tout discours qui va à rencontre de la pensée unique est ici censuré en partie ou en totalité.

Des peurs collectives traversent toujours plus ou moins les sociétés et un regard rapide sur l'évolution de celles-ci en France est intéressant, car c'est là un des instruments idéologiques essentiels de la volonté normalisatrice. En effet, en créant la peur, on crée simultanément le besoin de se protéger : c'est le socle de l'idéologie sécuritaire.

Maurice Duval

http://exdisciplesleblog.unblog.fr/2007/05/11/le-socle-de-lideologie-securitaire/

Sécurisation et Globalisation

Le 9 mai 2004 à Montpellier, aux abords d'un marché, la Ligue communiste révolutionnaire a été l'objet d'une forme de répression : alors qu'un militant distribuait des tracts et vendait le journal Rouge, comme la LCR le fait depuis la fin des années soixante, la police est intervenue pour lui demander de ranger son matériel et de partir, « sinon,je vous le plie en deux » aurait dit un policier au dire du militant. Ce matériel était constitué d'un panneau sur lequel étaient collées des affiches dénonçant la guerre en Irak et la politique de George W. Bush. En fait, des idées très normales quand on connaît la pensée politique dece groupe. La police a emmené ce militant dans ses locaux, l'a fouillé par palpation, et ses affaires personnelles, son sac en particulier, ont été attentivement examinées. Les policiers ont noté ses coordonnées personnelles, adresse et téléphone, et ont vérifié le fichier central sur lequel ils ont découvert qu'il était déjà inscrit. Est-ce parce qu'il est engagé dans un mouvement contestataire qu'il est fiché, même si son mouvement d'appartenance est parfaitement légal ? Il y aurait matière à investigation sur ce point mais ce n'est pas notre propos ici. Panneaux de propagande, affiches et tracts ont été confisqués par les forces de l'ordre. Au terme de cette interpellation, un policier a prévenu le militant que s'il était repris sur la voie publique avec son journal et ses tracts dans les mêmes conditions, «cela se passerait différemment».

La semaine qui a suivi cet incident, la LCR est revenue avec dix de ses militants. La police est intervenue à nouveau mais une négociation a permis que deux d'entre eux seulement soient emmenés au poste. Là, ils ont obtenu de voir l'arrêté municipal sur le fonctionnement des marchés municipaux qui  justifiait l'attitude des policiers. Cet arrêté du 9 mai 2003 réactualisé le1er avril 2004,interdit la vente de journaux politiques et toute diffusion detracts sur la voie publique.L'article 1 stipule qu'« il est interdit d'exercer quelque action de prosélytisme que ce soit». La finalité, a-t-on expliqué,est de contrer les sectes. La LCR a demandé par courrier à la municipalitéde Montpellier de s'expliquer, elle n'a jamais reçu de réponse. Rappelons que la municipalité de Montpellier est de tendance socialiste (PS), mais une municipalité de droite aurait pu prendre une mesure tout à fait semblable. Suite à cela, la LCR a lancé un appel unitaire et plusieurs mouvements se sont joints à elle quelques semaines plus tard et ce sont vingt-cinq militants qui sont revenus sans que la police ne les inquiète cette fois.

Par ailleurs, c'est le parti politique « Lutte Ouvrière » qui, dans un article du journal Le Monde, a été qualifié directement de « secte ». Or,dire que ce mouvement de la gauche radicale est « une secte », ce n'est pas argumenter légitimement contre ses idées, mais c'est suggérer qu'il est malfaisant, malsain et que sa disparition serait souhaitable.

Prenons un troisième exemple, le groupe « Longo Mai », installé dansles Alpes-de-Haute-Provence depuis que le fils d'Huguette Bouchardeau et ses amis ont créé cette communauté sur la base d'idées alternatives anticapitalistes dans les années soixante-dix. Là, le fait de vivre leurs idées collectivement a amené quelques députés à classer ce groupe dans la catégorie « secte » dans le rapport parlementaire de 1996. Or, ce groupe, que l'on partage ou pas ses idées — là n'est pas la question — a le droit de vivre et de penser différemment de la majorité de la population dès lors qu'il respecte la dignité des femmes et des hommes ce qui,manifestement, est le cas. Ce rapport parlementaire classe les « sectes » en élaborant une typologie pour le moins contestable et contestée par certains chercheurs, hélas trop peu nombreux. Et dans cette classification, plusieurs catégories sont élaborées parmi lesquelles figurent « les groupes alternatifs  » ! Le paragraphe introductif précise : « Ils [les groupesalternatifs] proposent en général une organisation différente des circuits économiques, du mode de production, du commerce mondial, des rapports humains. »

II serait grand temps de le souligner avec force, ce texte est une atteinte à la liberté de penser et notamment à la liberté de penser sur le mode de la contestation. Préconiser un système économique autre que celui dans lequel nous vivons, d'après ce rapport très officiel — qui a d'ailleurs fait un consensus quasiment général — c'est s'exposer à se faire cataloguer comme relevant d'une « secte », avec tout ce que cela implique : stigmatisation en tant que membre d'un groupe considéré comme étant le lieu d'élaboration du « Mal », avec l'idée sous-jacente qu'il serait salutaire de le faire disparaître en tant que tel. Dans ces conditions, aucune pensée politique préconisant un autre mode de production, c'est-à-dire qui ne relèverait pas de la pensée dominante, n'est plus possible. En effet, proposer de changer radicalement de société,c'est bien proposer de changer de mode de production d'abord et avant tout pour sortir du mode de production capitaliste, en d'autres termes, de changer les rapports sociaux, les rapports entre les hommes et les femmes qui vivent en société. De la même manière, dans le cadre du commerce mondial, penser les relations entre nos pays et ceux du Sud différemment de ce qu'elles sont actuellement, telle la question de la dette des pays pauvres, par exemple, ne devient pas encore un délit mais suggère que ceux qui vont dans ce sens ont une « pensée sectaire », voire qu'ils relèvent de groupes qualifiés de « sectes ».

Revenons au groupe Longo Mai. À ma connaissance, il s'inscrit dans le cadre de la loi et ne contrevient en rien à celle-ci. L'assimilation entre « sectes » et groupes alternatifs est une avancée de la pensée unique puisque le signifiant « secte » implique « Le Mal » à détruire, sans d'ailleurs que personne ne s'interroge vraiment sur le contenu réel de ces groupes considérés par certains sociologues comme étant dangereux dans 3 ou 4 % des cas. « Ces groupements ne sont pas nécessairement dangereux et j'ajouterai qu'ils le deviennent rarement », écrit Roland J. Campiche. D'ailleurs, même le gouvernement et ceux qui ont en charge la question idéologique de la lutte contre les « sectes » disent explicitement ne pas savoir de quoi ils parlent. Renouvelant l'aveu d'ignorance qui figure dans le rapport parlementaire de 1996, le rapport annuel de l'Observatoire interministériel sur les sectes dit : « En conséquence, l'Observatoire estime qu'il n'y a pas lieu de définir la notion de secte » [sic] ! Mais cet aveu d'ignorance quant à la définition de ce dont il est question dans ce rapport n'empêche pas d'affirmer un peu plus loin: « les sectes représentent une véritable menace pour l'État, la société et les individus, c'est la tâche de l'Observatoire de lutter contre cette menace » Les auteurs du rapport sont pris en flagrant délit de manque de logique élémentaire. Affirmer ne pas savoir définir l'objet dont on traite mais en parler tout de même serait sévèrement sanctionné par tout professeur de philosophie en classe de terminale.

Qu'on ne s'y trompe pas, si le président des États-Unis, George W. Bush, a décrété « un axe du Mal » qui fait sourire en France du fait de son caractère éminemment idéologico-religieux plus que politique stricto sensu, nous avons, nous aussi, en France, notre « axe du Mal », même s'il n'est pas formulé de la même manière : c'est l'ensemble des groupes qualifiés de « sectes ». Tout un chacun est d'ailleurs en mesure d'objectiver cela, il suffit de dire dans son entourage que l'on a intégré un groupe qualifié de « secte » en précisant que celle-ci est inoffensive. Chacun pourra vérifier le résultat. Je me suis moi-même amusé à faire un exercice avec le représentant d'une association de lutte contre les sectes, l'ADFI . J'ai demandé à cet homme comment il réagirait si je lui disais réunir fréquemment des étudiants pour danser autour d'un livre de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss. La réponse de ce monsieur n'a pas été de me dire qu'il me faudrait consulter un psychiatre, encore moins de me demander mes raisons pour le moins étonnantes d'agir ainsi ; non, sa réaction a été de me dire que nous allions devenir une secte. La provocation était pourtant grossière. Le problème à ses yeux était que nous sortions de la norme, de la pensée correcte.

Les organisateurs du bizutage de l'École des arts et métiers seraient eux aussi, d'après le journal Le Monde, une « secte », mais cette fois-ci « non avouée ». La Corée du Nord a également été qualifiée de « secte », même si celle-ci peut paraître un peu grosse, et pareillement Al Qaïda.

Souvenons-nous que la question de l'appartenance à une secte avait été posée aux accusés lors du « procès Dutroux » en Belgique. Sous cette étiquette de « secte » dont le contenu n'est pas défini, et pour cause, que d'hétérogénéité ! En effet, qu'ont en commun tous ces groupes ? Même s'il n'est pas exclusivement français, ce procédé qui consiste à utiliser le discours sur les « sectes » pour créer de la peur et du consensus est très français. La Grande-Bretagne a récemment donné un exemple contraire à ce qui se fait en France en acceptant d'embaucher un marin dans la Royal Navy tout en l'autorisant à pratiquer « sa religion » : le satanisme. Le ministère de l'Armée de ce pays ayant justifié sa décision par la volonté « de ne pratiquer aucune discrimination fondée sur les croyances de ses recrues ».

Les groupes considérés comme des « sectes » en France sont souvent perçus dans d'autres pays comme des religions marginales, ou pour le moins minoritaires mais, nous l'avons vu, le processus de stigmatisation peut parfois exister ailleurs ). Ainsi en est-il du Maroc où un groupe de hard rock s'est vu qualifié par un juge de « secte satanique très dangereuse » (en 2003). Nous l'avons démontré, la répression qui s'appuie sur l'idéologie anti-secte ne s'arrête pas aux groupes initia lement qualifiés de « sectes », ni à ceux de la gauche radicale et à ce que l'idéologie du correct — de droite et de gauche — veut éradiquer, c'est-à-dire à tout ce qui n'entre pas dans la norme et pourrait entraver le contrôle des pratiques et des systèmes de pensée, cette idéologie-là entend extirper le hors norme bien au-delà de ces champs. Et elle a commencé à le faire, outre les exemples que nous avons déjà vus, par la volonté de mettre au pas les psychanalystes. Car l'idéologie anti-secte est un outil fort efficace de répression généralisable à bien d'autres groupes que ceux que l'on qualifie de « sectes ». On a là un puissant outil de normalisation.

Un des nouveaux objets de cette volonté normalisatrice a été les thérapeutes : psychanalystes, psychothérapeutes, etc. L'idée du projet de loi présenté par le député UMP, Bernard Accoyer, en septembre 2004 est au fond que les « psys » en tout genre sont susceptibles de relever de « groupes à caractère sectaire » et que, pour lutter contre, il convient de légiférer pour écarter les mauvais « psys » et les escrocs. Sans entrer dans les détails de ce projet de loi, voyons quelques aspects de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé qui en est issue, formule allégée par rapport au projet Accoyer du fait d'une contestation des professionnels de la psychologie et de la psychanalyse. Un des passages de la loi, l'article 57, précise que le titre de psychothérapeute sera réservé aux professionnels inscrits sur un registre national, mais aussi que « figureront de droit sur cette liste, les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine ». En fait, on retrouve ici, transféré aux psys, le même processus que celui qui a cours entre les Églises historiques de notre pays, et notamment l'Église catholique, et les « sectes ». La première, très structurée, religieusement correcte, est bien plus facile à contrôler que la multitude de groupes qu'on appelle « sectes », aussi variées sur le fond que sur le plan géographique. Les fidèles et le bas clergé de l'Église catholique doivent obéir à leur hiérarchie qui, en France et de nos jours, est généralement conciliante avec le pouvoir en place. Les choses sont déjà un peu plus compliquées avec les protestants, non hiérarchisés et pluriels. N'a-t-on pas vu récemment un député interrompre un culte protestant antillais à Montreuil (le 6 février 2005), au prétexte qu'il venait vérifier la conformité des locaux aux normes de sécurité ? Cette préférence de l'État pour un groupe structuré, plutôt que pour une multitude d'associations plus difficiles à contrôler, a pu être observée également avec la volonté de rassemblement des différentes composantes de l'islam, nombreuses et variées, sous l'égide du Conseil français du culte musulman, créé à l'instigation du ministre de l'Intérieur et des Cultes. De la même manière, les médecins inscrits à l'ordre des médecins sont bien plus structurés que des thérapeutes qui voleraient de leurs propres ailes hors de l'ordre des médecins. Car enfin, peut-on réprimer un rire lorsqu'on lit que ceux qui ont obtenu un diplôme universitaire, et parce qu'ils l'ont obtenu, seraient meilleurs psychanalystes que les autres et que ce diplôme serait une garantie contre l'escroquerie ? Que n'importe quel médecin généraliste, indépendamment de sa connaissance ou de son ignorance des bases de la psychanalyse, puisse exercer cette discipline en étant meilleur du fait de son diplôme, ne saurait être pris au sérieux. Depuis quand le passage par l'université immuniserait-il contre les abus et le charlatanisme ? La psychanalyse n'est pas une science mais une discipline qui agit subjectivement sur du subjectif. À ce titre, les diplômes qui attestent des compétences techniques ou scientifiques en matière médicale ne sauraient donc avoir ici une quelconque efficace. L'usage de la répression « anti-sectes » est clair et vise à une fonction sociale et politique : l'extension du champ de ce qui est considéré comme potentiellement « sectaire » en vue d'une normalisation de plus en plus large qui renforce l'avènement d'une pensée unique, qui plus est, avec l'assentiment d'une fraction considérable de la population, y compris chez les intellectuels. Et même si, en ce qui concerne les psys, il y eut bien quelques réactions protestataires, comme nous l'avons vu, parfois même virulentes, elles sont majoritairement venues des psys eux-mêmes, comme si le problème était celui d'une corporation plutôt qu'une question politique grave. Sans entrer dans le fond d'un débat qui n'est pas l'objet ici, il ne s'agit pas de nier qu'il puisse y avoir des charlatans chez les psychanalystes, mais dans la même mesure que chez les médecins ou que dans toute profession, ni plus ni moins.

Nous avons dit que le dernier rapport parlementaire, celui de la MIVILUDES créée sous le gouvernement Raffarin, ne classe plus les sectes comme cela s'est fait antérieurement sous le gouvernement socialiste. Par ailleurs, ce ne sont plus les sectes qui sont l'objet de cette mission interministérielle mais « les groupes à caractère sectaire ». Or, si la notion de « secte » n'est en rien un concept sociologique mais une notion fourre-tout dont les contours sont totalement flous, j'y reviendrai, la notion de « groupes à caractère sectaire », ou de « dérive sectaire », l'est encore plus. Un danger réel est là car, si on ne sait pas ce que c'est qu'un « groupe à caractère sectaire » rien n'empêche d'y mettre n'importe qui. Quoi de plus facile ? La logique des listes est terminée, on préfère désormais retenir « le faisceau d'indices ». Ce flouté des notions-clés du rapport ne peut avoir été involontairement posé.

Le processus répressif commun à tous ces exemples s'enracine là où on ne l'attendait pas, et c'est peut-être la raison de l'aphasie générale des intellectuels sur cette idéologie, à quelques rares exceptions, c'est-à-dire dans la politique néolibérale et dans ses outils idéologiques.

C'est un truisme de rappeler que toute société a des normes et des contraintes, quel que soit son système politique et social. En effet, pour vivre en société il faut des règles afin d'obliger chacun au respect minimum des autres, au respect de la vie en groupe qui ne va pas de soi puisqu'elle rendrait le bonheur impossible en société . Toutefois, le rapport aux normes, c'est-à-dire les comportements conformes aux attentes de la société globale, et la construction de celles-là, varient selon les régimes politiques et les périodes historiques. Certains systèmes politiques, tels les totalitarismes ou les gouvernements autoritaires, ont une plus grande exigence pour que tous entrent dans le cadre d'une norme étroite et rigide. Quelques gouvernements interdisent ainsi les opinions politiques différentes des leurs. Dans notre société, dans les années 1970, coexistaient des normes plurielles. Plusieurs manières de penser, de parler, de paraître, etc., se côtoyaient. De nombreux courants de pensée débattaient entre eux (les marxismes, le structuralisme, l'existentialisme, etc.). Les ouvriers, revêtus de leurs bleus de travail, sillonnaient les rues alors que les professions libérales privilégiaient le nœud papillon. Les uns et les autres avaient une manière spécifique de parler signifiant ainsi leurs origines sociales. Une autre différence dans le langage relevait des différences culturelles, on parlait autrement dans le Nord et le Sud, à l'Est et à l'Ouest, non seulement du fait d'un accent différent mais aussi de variations lexicales.

Puis, il y eut un rejet progressif de cette pluralité normative et de l'idéologie égalitariste de cette période qui cherchait à abolir les frontières entre les groupes sociaux. Les intellectuels et les étudiants s'habillaient volontiers d'une veste ouvrière ou paysanne, fumaient de préférence des gauloises — cigarettes des ouvriers — et buvaient de préférence un verre de vin rouge au comptoir. Ces comportements disaient à la fois la différence sociale des groupes sociaux (paysans, ouvriers, intellectuels) mais aussi leur connivence. Progressivement, ces normes plurielles se sont partiellement effacées pour laisser place à l'unidimensionnalité. Les débats d'idées se sont en partie perdus (même s'il semble y avoir actuellement une résurgence), il n'y a plus de grand courant de pensée. Les grands intellectuels ont été remplacés par des philosophes-journalistes, les ouvriers cachent désormais leurs bleus de travail, bref, les vêtements et les langages se sont uniformisés en prenant comme modèle les classes moyennes, imposé à la population par l'intermédiaire des présentateurs de télévision. En effet, par leur présence sur les téléviseurs de millions de téléspectateurs, ils imposent, parfois à leur insu, leurs manières d'être et, pire, leurs manières de penser ou, pour être plus précis, les manières de penser de leurs rédactions. Le journal de 20 heures a modifié jusqu'aux horaires de prise du dîner des Français, instaurant, là encore, de nouvelles normes englobantes jusque dans les détails de la vie quotidienne. Les systèmes de pensée ont donc subi ce même mouvement « de rétrécissement », pour déboucher sur une norme de plus en plus singulière et de plus en plus restrictive, dont l'idéal est d'exclure tout ce qui lui est étranger et de stigmatiser ceux qui ne s'y soumettent pas. Tel est le cas par exemple de ceux que, par amalgame, on nomme les gens des « banlieues difficiles » plutôt que des « zones socialement défavorisées », là où jeunes et moins jeunes, sans-emploi ou travailleurs, immigrés ou pas, ont créé une norme en marge avec un langage propre, une tenue vestimentaire et une gestuelle spécifiques que le pouvoir a quelques difficultés à faire entrer dans la norme centrale. La tendance est donc à la réduction des normes, (pour le dire grossièrement, la norme dominante et la norme « des banlieues »), on voit de moins en moins de différences dans les domaines du langage, du vêtement, de l'alimentation, même s'il en subsiste évidemment, gommant ainsi la visibilité des différentes classes sociales, ce qui facilite par ailleurs la négation de leur existence. Ce processus se constate aussi dans le champ politique où les dissemblances ont tendance à diminuer (d'où la crise du politique), et je pourrais prendre d'autres exemples encore. Or, paradoxalement, le champ religieux échappe à cette règle de normalisation renforcée puisque, si les grandes institutions religieuses sont en décroissance constante, on a vu fleurir de multiples nouveaux mouvements religieux appelés « sectes » par les médias. Autrement dit, là où la norme restreint les différences, le religieux tend à se différencier en se segmentant, ce qui crée une contradiction dans la société entre ce champ et les autres.

La double question se pose de savoir quel est le sens de cette répression à visée normalisatrice , même si j'ai déjà donné une partie de la réponse, et qui sert-elle ? Cela suppose d'abord d'interroger les mots qui désignent en apparence notre objet, afin de savoir de quoi nous parlons en utilisant le mot « secte » ou encore l'expression « groupe à caractère sectaire ».

Sociologiquement, qu'est-ce qu'une « secte » ? Au début du XXe siècle, Max Weber opposait la « secte » à l'Église. Sans entrer dans les détails de sa définition, examinons-en quelques points importants. Les membres d'une « secte » deviennent adeptes par adhésion volontaire alors que les membres d'une Église le sont à la naissance : on naît le plus souvent dans le cadre d'une famille déjà membre d'une Église alors que l'on devient membre d'une secte par adhésion volontaire. Or, ce point n'est pas sans poser de problèmes car les Églises chrétiennes, mais on pourrait y ajouter l'islam, ont converti de nombreux Africains, de la colonisation à nos jours. Est-ce à dire que l'Église catholique et les Églises protestantes seraient des sectes pour ceux qu'elles convertissent qui, par définition, ne sont pas nés dans ces religions mais y ont adhéré ? Si l'on appliquait à^la lettre la définition de Max Weber, ces religions seraient bien des Églises en Europe, où elles ne convertissent plus personne, et où l'on est généralement catholique ou protestant par tradition familiale, alors qu'en Afrique elles seraient des sectes. Par ailleurs, prenons l'exemple concret de ce que les médias nomment la « secte du Mandarom » qui compte des adeptes depuis 1969, date de sa création. De ce fait, un certain nombre d'adeptes d'aujourd'hui sont nés de parents aumistes (ainsi s'appellent les adeptes du Mandarom), ils sont donc nés, eux aussi, dans le cadre d'une famille déjà membre. Le Mandarom serait donc, pour ceux-là au moins, une Église. La théorie wébérienne affirme qu'une secte ne peut le rester, après quelques générations elle devient inévitablement une Église ; ce qui serait le cas du Mandarom.

Les Églises ont un clergé, nous dit encore Max Weber, mais le Mandarom est pourvu d'un clergé (prêtres et évêques) et répondrait donc là aussi à la définition de l'Église plus que de la secte. Il y aurait dans la secte une égalité des membres par opposition à l'Église au sein de laquelle on distingue les laïcs du clergé. Au Mandarom, il y a bien inégalité de statut entre le clergé, les membres ordinaires, ou les fidèles (appelés « chevaliers »), et la direction collégiale. En outre, les membres entre eux sont hiérarchisés en fonction des degrés d'initiation qu'ils ont atteints (il y en a 22 en tout). La sainteté du fondateur serait attestée pour les Églises, mais M. Gilbert Bourdin, ou « le Seigneur » Hamsah Manarah comme le désignent les adeptes, est de nature divine pour ces derniers puisqu'il est, pour eux, le « Messie cosmo-planétaire ». On ne saurait être plus divinisé ! Les Églises auraient une logique conservatrice alors que les sectes seraient protestataires. Les Églises établiraient un compromis avec la société alors que les sectes seraient en rupture avec elle, les sectes refuseraient le monde social. Le Mandarom a, d'une certaine manière, une logique conservatrice puisqu'il entend reprendre les traditions des différentes religions, même si c'est pour en faire une « synthèse ». Par ailleurs, il n'est aucunement en rupture avec le monde, ses membres (entre 200 et 300 à ce jour), hormis les résidents permanents du monastère (11 membres), sont mariés pour la plupart, ont des enfants, font partie d'associations diverses dont certaines caritatives, pratiquent des sports, travaillent pour la majorité d'entre eux, lisent la presse, envoient leurs enfants dans des écoles publiques ou privées, etc.

D'après la typologie de Weber, le Mandarom serait donc plus une Église qu'une secte. Toutefois, même si la définition de secte s'adaptait à la réalité de ce groupe, il ne serait pas possible de la désigner ainsi dans la mesure où le terme « secte » a beaucoup évolué depuis le début du siècle et dire aujourd'hui d'un groupe qu'il est une secte, c'est le stigmatiser, voire le criminaliser a priori. Le Mandarom a mis en place un clergé, des rites, un corpus de croyances, un dogme, il a un rapport au divin, autant d'éléments qui nécessitent de parler d'un groupe religieux, et plus précisément d'un groupe religieux marginal.

Alors pourquoi parler encore de « secte » ? Une des raisons est économique car l'État qui se réclame de la laïcité veut bien dispenser d'impôts les Églises historiques (même lorsqu'elles font du commerce) mais pas l'ensemble des nouveaux groupes religieux qui émergent en concomitance avec l'écroulement des premières. Mais cette cause n'est pas la seule. Il en est une autre, idéologique celle-ci : tout se passe comme si, en France, on ne pouvait imaginer qu'un groupe puisse être à la fois religieux et criminel, ou, d'une manière générale, comme si religieux était antinomique de délictueux. Comme si le caractère religieux d'un groupe était incompatible avec toute forme d'infraction à la morale et à la loi et comme si son caractère dit « sectaire », au contraire, impliquait systématiquement infraction à la loi et immoralité et lui valait en conséquence une constante présomption de culpabilité. Or, l'actualité de ces dernières années montre combien cette équivalence est fausse, comme l'indique le nombre considérable de prêtres catholiques pédo­philes que leur Église ne couvre plus. Il faut préciser que le Mandarom n'a jamais été condamné à ce jour (sauf pour la statue qui a été détruite par les pouvoirs publics en 2001), ni leur gourou, sur la question du viol notamment, et cela malgré le travail intense de la justice. Aucune preuve n'a jamais été trouvée. Contrairement à l'opinion répandue, le tribunal de grande instance de Nanterre a demandé aux auteurs d'un ouvrage accusant le gourou de viol, rédigé par une ancienne adepte se désignant elle-même comme étant la victime, et surtout par son ami journaliste à TF1, de payer 10000 francs de dommages et intérêts au gourou pour non-respect de la présomption d'innocence (ordonnance du 17 novembre 1995). Suite à ce jugement, un communiqué a été publié au dos du livre.

La rigueur implique donc de désigner les groupes religieux, ou les nouvelles religions, comme tels, sans préjuger de leur caractère délictueux. Mais c'est une évidence, tout groupe, ou individu, quel qu'il soit, doit être jugé s'il commet des actes délictueux. La loi doit s'appliquer du bas de l'échelle sociale jusqu'au plus haut niveau de l'État. Il va de soi que la lutte contre les sectes criminelles et délictueuses est salutaire, tout autant que le combat contre les crimes et délits des Églises historiques.

La première fonction sociale du discours sur « les sectes » est de créer une peur collective. En effet, elles sont supposées représenter un grand danger en même temps qu'elles sont peu visibles mais omniprésentes. Leurs pratiques cachées seraient le viol, si ce n'est de la pédophilie ou des orgies sexuelles, l'appropriation de l'argent des adeptes, le « lavage de cerveau » rebaptisé « manipulation mentale » pour redorer une notion usée et autrefois décriée par les intellectuels, l'abus des faibles, elles seraient des lieux de consommation de drogue, voire de blanchiment de l'argent qui provient de sa vente, du trafic d'armes, du trafic d'organes, etc. En fait, la « secte » incarne tout ce que la société considère comme « Le Mal ». On comprend qu'elles puissent susciter la peur, d'autant qu'elles s'attaqueraient prioritairement aux faibles et aux enfants. Le résultat est probant : la société globale a peur de ces groupes et, par voie de conséquence, de ce qui est plus ou moins hors de la norme, d'autant que les associations anti-sectes (largement dotées de crédits et de crédit, considérées le plus souvent comme salutaires, stimulent les médias à pratiquer un dénigrement constant, souvent très violent et qui ne souffre pas la controverse. Tout discours qui va à rencontre de la pensée unique est ici censuré en partie ou en totalité.

Des peurs collectives traversent toujours plus ou moins les sociétés et un regard rapide sur l'évolution de celles-ci en France est intéressant, car c'est là un des instruments idéologiques essentiels de la volonté normalisatrice. En effet, en créant la peur, on crée simultanément le besoin de se protéger : c'est le socle de l'idéologie sécuritaire. Or, pour protéger, à un certain stade, il faut accepter quelques entorses à la démocratie. On constate ce phénomène également aux USA où, au nom de la lutte antiterroriste, on a entravé un certain nombre de libertés qui prévalaient jusqu'ici, comme la liberté de s'opposer publiquement au président des États-Unis, des chanteurs et des artistes l'ont éprouvé, notamment au début de la guerre d'Irak. Le président de la Russie a, lui aussi, rapidement compris le parti qu'il pouvait tirer de cette peur. Avec elle, le contrôle de type policier toujours accru s'impose, le contrôle étant là pour prémunir des risques que, pour aller vite, on peut appeler risques d'agression. Mais plus cette idéologie fondée sur la peur s'enracine dans la société, et plus le contrôle policier est, non seulement accepté, mais réclamé par des franges de plus en plus nombreuses de la population. La peur se vend bien. Qui n'a jamais apprécié de se faire peur avec un film ou un roman policier ? Que ne feraient les adolescents pour se faire peur ? Manèges, films d'horreur, récits, tout est bon. L'idéal devient alors le fantasme d'une société sans risque aucun, en même temps que l'on abreuve le public d'informations souvent confuses sur les risques terribles, toujours plus nombreux et omniprésents. La moindre bagarre de cour de récréation fait l'objet d'une information télévisée, rappelle fort justement Laurent Mucchielli. Cet idéal sécuritaire se forge alors que dans le même temps l'insécurité sociale sévit, privant les plus démunis de garantie de vie décente (retraites, chômage, déremboursement des frais médicaux, etc . Or, ce mythe d'une société sans risque aucun est l'un des plus dangereux qui soit car, outre qu'il est en réalité inaccessible, pour tendre vers une société sans risque, il conviendrait d'établir un totalitarisme absolu, où toute pensée, tout comportement, seraient connus et maîtrisés par le pouvoir en place. C'est ce que le romancier Ira Levin avait appelé, du nom de son roman, Un bonheur insoutenable

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commentaire n° : 1 posté par : nomind (site web) le: 22/05/2008 20:37:47

Le point de vue de Pierre Barrucand

La nouvelle chasse aux sorcières


Les phénomènes de persécution des minorités religieuses sont connus de tous temps, par exemple avec l’affaire des Bacchanales à Rome en 187 avant JC ou même, à lire Aristophane, le procès de Socrate accusé d’avoir voulu introduire une nouvelle religion. Ces persécutions furent particulièrement intenses avec les religions monothéistes qui toutefois tolérèrent la pratique de quelques cultes anciens auxquels elles se sentaient apparentées.
Au 19ème siècle la révolution française amena l’abandon des persécutions contre les protestants et l’intégration des juifs à la Nation même si les prêtres réfractaires furent traités avec une extrême brutalité. Avec la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 en France toute discrimination semblait devenue impossible et pourtant il y a quelques décennies apparurent en France et dans divers pays occidentaux des campagnes dirigées “contre les sectes”.

Le mot “secte” a une double origine groupe minoritaire s’étant séparé (en latin secare) ou groupe ayant suivi (en latin sequi) un leader. En ce sens le Christianisme est une “secte” juive et l’histoire du Protestantisme est une suite ininterrompue de dissidences diverses. Par généralisation, on désigne parfois comme “secte” des mouvements religieux très minoritaires, ainsi les juifs furent qualifiés de “secte” judaïque et on parle aujourd’hui de “secte” néo-païennes.
Ainsi donc combattre les “sectes” apparaît compréhensible pour un pays se réclamant d’une religion d’Etat et n’acceptant pas ou peu le principe de la liberté de conscience. Mais lutter contre les sectes n’a aucun sens dans un pays laïc tel que la France. Le mot sectaire a un sens un peu différent, désignant une tournure d’esprit dogmatique et intolérante. Curieusement la plupart des membres des organisations qualifiées de “secte” en France semblent plutôt moins sectaires que la moyenne.

Même si des campagnes “anti-sectes” sont apparues dans beaucoup de pays, les Etats-Unis en premier, elles n’ont pas reçu de soutien officiel et elles ont actuellement tendance à régresser. Malheureusement tel n’est pas le cas en France, même si ce pays se qualifie abusivement de pays des droits de l’homme. Parmi les pays européens, la France apparaît comme un de ceux qui les respectent le moins et ce dans tous les domaines et il n’est pas étonnant qu’elle soit régulièrement condamnée, pour des motifs variés, par la Justice européenne. Néanmoins il est surprenant qu’un gouvernement y ait créé une “mission interministérielle de lutte contre les sectes”. Pourquoi pas des missions interministérielles de lutte contre le judaïsme ? Le protestantisme, voire le catholicisme ? Pourquoi pas contre le socialisme ? Le radicalisme ? La franc- maçonnerie ? Il est vrai qu’une campagne anti-maçonnique feutrée tend actuellement à se renforcer lentement mais sûrement.

Il est encore plus surprenant que le gouvernement qui créa cette étrange “mission” soit à direction socialiste, ce parti ayant eu jusqu’à présent une attitude plutôt libérale en matière de croyances ou de moeurs et s’étant ainsi attiré pas mal de sympathie chez les juifs et les protestants. Pourquoi donc a-t-il mis la puissance officielle au service d’organisations privées ? Et pourquoi donc l’opposition n’a-t-elle pas combattu vigoureusement ces initiatives fâcheuses ?

En réalité les organisations qualifiées de “sectes” par les mouvements “anti-sectes” forment un ensemble disparate regroupant des gens n’ayant aucun rapport dans leurs croyances, certaines ne pouvant en rien être considérées comme de nature religieuse, tel Ecovie, association écologiste extrémiste qui semble avoir disparu. Elles ont cependant deux points communs d’une part, elles se sont attirées la haine de certains groupes de pression pour des raisons difficilement compréhensibles, d’autre part elles recrutent essentiellement dans les classes moyennes plus ou moins influencées par le christianisme ou l’indifférentisme.

Mais qu’ont donc fait les sectes pour s’attirer tant de haine ? Certes, une tragédie comme celle de “l’Ordre du Temple solaire” semble justifier la prudence mais justement il s’agit d’un cas tout à fait isolé et qui ne semble guère avoir retenu l’attention des “pourfendeurs de sectes”. Si on constituait un ensemble artificiel formé par l’OTS et des associations sans rapport aucun partis politiques, clubs sportifs, etc. serait-on en droit de supposer ces derniers comme dangereux et suicidaires et ce contrairement à toutes les apparences ? Certes, certains mouvements religieux peuvent être extrêmement dangereux ; nous pensons par exemple à la mouvance islamiste des amis et admirateurs de Ben Laden. Mais justement les associations qui en sont plus ou moins proches ne semblent jamais avoir attiré l’attention des organisations anti-sectes. Il y a la prudence et la témérité, mais quand même Il est de bon ton d’insister sur le fait qu’il ne faut pas confondre Islam et islamisme radical et on ne peut qu’être d’accord. Mais tout de même l’islamisme radical est une branche dévoyée et pervertie de l’arbre qu’est l’Islam alors que les sectes ne sont pas les branches d’un arbre mais plutôt un ensemble de plantes indépendantes.

Deux commissions parlementaires d’enquête ont consacré leurs travaux à ce prétendu phénomène “sectaire” comme s’il n’y avait pas eu pour nos parlementaires de sujets plus importants. Pourquoi diable deux marteaux-pilons pour écraser quelques insectes fort distincts ? Contentons-nous d’examiner le résultat des travaux de la première. Cette commission a siégé sans motif aucun à huis clos alors que son sujet d’étude n’avait rien à voir avec la défense nationale ou même avec des enquêtes judiciaires délicates. Elle n’a pas écouté les seules personnes qui auraient été susceptibles de l’éclairer, à savoir les sociologues et les historiens des religions qui en réalité ne font partie d’aucune secte mais sont objectifs et sans passion. Si l’on en croit les extrémistes “anti-sectes”, ils sont complices des “sectes”. Complices de quels crimes ? Celui d’exister purement et simplement.
La commission a établi une liste de près de 200 sectes à partir d’un rapport fourni par les “renseignements généraux”, cette police qui n’a aucune vocation, contrairement aux scientifiques dont nous venons de parler, de s’occuper de mouvements supposés religieux dont certains semblent ne pas exister ou être réduits à quelques personnes. En revanche aucune allusion n’est faite aux organisations islamistes radicales. Il paraît certain que les RG, incompétents par nature, ont travaillé sur des informations extérieures. Mais fournies par qui ? La commission a également travaillé en écoutant les principales organisations “anti-sectes”, quelques rares représentants d’organisations dites “sectaires” et quelques repentis, anciens membres de “sectes” qui avaient des comptes personnels à régler. Par contre il ne semble pas qu’elle ait entendu d’anciens adhérents qui ont gardé de leur passage un bon souvenir même si leur croyance a évolué.
En résumé, le travail de cette commission a été bâclé et n’importe quel enquêteur scientifique le rejetterait comme dénué de toute valeur de ce point de vue. Le secret abusif dont son élaboration a été entourée a permis de cacher sa médiocrité extrême et à certains de le signaler, de s’y référer, sans provoquer immédiatement des objections.

Il est certain que la grande majorité de la classe politique s’est laissée intoxiquer par un lobby extrêmement actif et dont les motivations sont obscures. Elle a ainsi consacré du temps et de l’argent (celui des contribuables bien sûr) à des choses qui dans le pire des cas méritaient tout juste d’être signalées. Après tout, que pèsent les victimes, trop réelles, de “l’Ordre du Temple solaire” par rapport à celles de la violence routière par exemple ? Et pourquoi accepter un amalgame totalement injustifiable et inspiré des pires méthodes staliniennes ? Cette échappatoire a permis à des hommes politiques d’éviter de se pencher sur des problèmes très réels dont ils n’avaient pas ou ne voulaient pas avoir la solution.
Mais il y a une autre très lourde responsabilité, celle de la majorité de la presse et surtout de certains de ses dirigeants. Trop souvent dans les périodes creuses, on recherche un sujet à sensation. Cela n’a rien que de très normal mais à tout le moins cela exige que soit faite une enquête sérieuse et objective. Cela a été parfois fait, mais trop rarement. Généralement les journalistes, tout comme certains policiers ou politiciens, se contentent de demander des informations aux seules organisations anti-sectes.

Comment cette situation absurde finira-t-elle ? La France n’est pas isolée dans le monde, déjà aux Etats-Unis certaines inquiétudes se sont manifestées. D’autre part un pays membre de l’Union européenne, la Suède, vient d’accorder à l’Eglise de Scientologie le statut de religion au même titre que l’Eglise Luthérienne. Ainsi donc, la France risque de se trouver dans une situation intenable dans quelque temps. A ce moment-là, on n’entendra plus parler de secte et l’attention de tous se portera sur d’autres fantasmes.

Pierre Barrucand
Médaillé de la résistance
Maître de recherches honoraire au CNRS

http://exdisciplesleblog.unblog.fr/2007/11/25/la-nouvelle-chasse-aux-sorcieres/

commentaire n° : 2 posté par : nomind (site web) le: 22/05/2008 20:48:15


Le point de vue de Thierry Becourt

 Lettre ouverte à l’UNADFI

En 1997, sortait le livre de l’universitaire Bruxelloise A. Morelli : « Lettre ouverte à la secte adversaire des sectes » qui fit fort impression dans le domaine universitaire et chez les défenseurs de la liberté de Pensée.Il s’agissait de montrer que le fonctionnement des groupes de pression anti-sectes dont l’Unadfi est le fer de lance, sont une véritable nuisance pour la Démocratie en s’appuyant sur l’ignorance ambiante dans le domaine de la culture religieuse et du fonctionnement de la société marchande. Qu’en est-il en ce début 2005, comment l’Unadfi financée à plus de 90% par notre Gouvernement, prônant pourtant l’exemple de la laïcité, peut-elle prétendre défendre les valeurs républicaines en s’appuyant sur la théorie du complot et du bouc émissaire si chère aux extrémistes et tout cela au mépris des heures les plus sombres de notre histoire ?Faut-il rappeler que la Démocratie donne la souveraineté aux citoyens dans le respect de la liberté de conviction et de l’égalité et que la République partage son pouvoir avec tous les acteurs de la société.

Comment donc accepter l’affirmation selon laquelle l’Unadfi défendrait ces valeurs de dignité alors qu’elle applique des principes anti-démocratiques ?
Comment expliquer la prise en mains de cette association par la Franc Maçonnerie elle même fondée sur l’esprit républicain ?

Que l’on m’explique, comment l’Unadfi et ses semblables peuvent prétendre au honneurs de l’Etat tout en choisissant la voie des discriminations et de l’intolérance au moment où se crée en France la « Haute autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité » et que l’on s’apprête à fêter les cent ans de la loi de 1905 ?

S’agit-il là encore de ‘l’impensé Français’ ?

Lorsqu’on lit dans l’article paru dans Bulle de décembre dernier, signé A. Thiard Président honoraire de l’Adfi Paris : « A travers toutes les sectes, (…) on les reconnaît à ce qu’elles utilisent des méthodes totalitaires »,
« Aujourd’hui la prétention (des sectes) encouragée dans divers pays à se faire considérer comme des ‘mouvements religieux’ montre que la situation est plutôt pire qu’il y a 8 ans (date du Rapport Parlementaire)… Les sectes constituent un exemple flagrant de ce qu’une société peut porter en son sein d’aigrefins, de charlatans, d’exploiteurs, (sic)… Lorsque ce genre de corps étrangers(sic), s’attaquent avec ses méthodes totalitaires à la substance et à l’intégrité de l’homme et aux valeurs d’une société démocratique… »

Peut-on trouver meilleur exemple d’incitation au rejet, à la discrimination, à la délation et à la violence. Voilà les propos que notre gouvernement reconnaît d’utilité publique. Il est vrai que la Miviludes invite au « signalement des agissements » non conventionnels, véritable invitation à la délation déguisée en œuvre de salut public ! Quand on sait avec quelle légèreté le mot secte est utilisé pour attaquer des voisins, des parents, des conjoints et gagner un procès sans grande difficulté et avec quelle facilité chacun d’entre nous peut-être accusé de secte sur une simple rumeur voire une dénonciation, et dieu sait si les victimes de ces corbeaux sont nombreuses à faire appel au CapLC et autre CICNS et Omnium… Ces prises de positions d’un dirigeant d’une association ‘reconnue d’utilité publique’ font froid dans le dos !

Comment ces groupes peuvent prétendre juger des minorités de conviction et leurs philosophies alors qu’ils refusent de les approcher excepté par le seul biais des apostats ?Louis Pauwels lançait en 1996 le concept de « l’esprit d’inquisition », force est de constater qu’à cause de ces groupes de pression, il n’a pas faibli dans notre pays. Il serait temps que ces organes inquisiteurs s’appliquent à eux-mêmes la ‘question’, et les critères qu’ils destinent à ceux qui ne sont pas dans leur norme. Hors qui dit norme dit hérésie et ce n’est pas l’universitaire Michel Tardieu qui nous contredira sur ce point lorsqu’il précise (**) qu’il n’y a pas de dogme sans hérésie et que cette dernière est toujours la part obscure du dogme. De plus lorsque l’on sait que le mot hérésie signifie choix et de fait qu’il n’y a pas d’hérétique sans secte, l’on comprend que les inquisiteurs modernes en s’appuyant sur les dogmes en place, chassent en fait l’hérétique comme au bon vieux temps.Indéniablement l’Unadfi et ses compères sont dans une démarche d’inquisiteur montrant par là même leur opposition à la laïcité et s’excluant de tout fonctionnement républicain et démocratique.

La Coordination pour la Liberté de Conscience et les autres associations qui défendent les mêmes valeurs, observent depuis des années la mise en place d’une normalisation de la pensée dont l’Unadfi devient un instrument.
Qu’observons-nous en effet ?

Intervention dans le milieu familial par le biais d’un lobbying dans le milieu juridique allant jusqu’à la demande de retrait d’enfants aux familles contrevenant ici à la fonction même d’une association sensée défendre le milieu familial, amalgame et diffusion de rumeurs infondées, constitution de dossiers personnels au mépris des différentes lois sur la protection de la vie privée et des convictions, difficultés voire refus de juger les affaires en lien direct avec l’Unadfi, soutien d’instances maçonniques telle l’Institut d’Etude et de Recherche Maçonnique (Iderm) envers ce qu’elle appelle une ‘instance républicaine’, intervention dans le monde scolaire par des apostats de ‘sectes’ reconvertis en membres actifs d’Adfi, pratique de l’amalgame, jugement portés sur les croyances minoritaires, incitation à la délation y compris envers des médecins qu’elle juge déviants, refus de respecter certaines lois notamment celle relative à la communication de dossier, soutien aux thèses de lavage de cerveau, stigmatisation de tout individu remettant en cause la société de consommation, …

On notera que l’Unadfi et ses antennes sont des habituées des tribunaux. Leurs dirigeants ne s’en cachent pas et n’hésitent pas à annoncer avec un certain orgueil : « Depuis 1994, date de ma présidence, j’ai dû répondre à 9 assignations, 8 ont été rendu en ma faveur » (magazine ‘les sectes manipulent’ p.7). Force est de constater que jusqu’à maintenant la justice s’alignant sur l’opinion médiatique semble protéger les malversations de ce groupe de pression.

D’ailleurs pour l’Adfi, un mouvement qui se défend sera présenté comme auteur d’intimidation à son encontre… On dira que les sectes s’en prennent à leurs détracteurs, quand bien même une victime demandera à la justice de les condamner pour être intervenue dans des affaires familiales avec des rapports mensongers. On refusera de juger, mais on demandera le prix fort à la victime pour se pourvoir en partie civile. Démontrant ainsi un véritable lobby anti-sectes. Malgré ces incohérences, l’Unadfi totalise à elle seule un bon nombre de condamnations et fait actuellement l’objet de multiples actions en justice dont une assignation pour dissolution.

Mais dans la plupart des cas l’on reste dans la rhétorique de la double contrainte, où quelque soit la façon dont leurs victimes se défendent, ou refusent de le faire, elles sont montrées comme systématiquement coupables.

L’Unadfi serait-elle à ce point enfermée dans sa « Bulle » - tel le titre de sa revue – qu’elle refuse de s’ouvrir vers l’extérieur tout en stigmatisant ce qui n’entre pas dedans ? Et stigmatiser n’est pas un vain mot lorsque cette association et ses acolytes soutiennent les thèses selon lesquelles les minorités de convictions, appelées dans d’autres milieux créatifs culturels, souffriraient de déviances psychologiques, comme autant de malades potentiels à soigner dans des centres spécialisés pour les remettre sur le droit chemins. L’histoire nous parlait des minorités juives ou arabes souffrant d’un ‘sang impur’ et qu’il fallait isoler, stigmatiser au risque de radicaliser.

Il a été suffisamment montré combien les agissements des groupes anti-sectes nuisent à l’harmonie sociale, combien le terme même de ‘secte’ était volontairement discriminatoire et brisait des réputations et des vies (*) tout en s’appuyant officiellement sur une définition bâtie sur l’opinion publique…

Alors pourquoi un tel soutien des Pouvoirs Publics ?

Pourquoi une Miviludes n’ayant comme seules références associatives les anti-sectes au mépris des autres acteurs de terrain. ? Pourquoi ce refus de dialogue avec l’Etat hormis certains responsables conscients des dégâts de ce système inquisitorial ?

Enfin des questions ?

? Où sont les victimes dont-ils nous parlent tant ? Combien sont-elles ? Malgré nos nombreuses demandes aucun chiffres n’a pu nous être apporté.
? Pourquoi si peu d’adhérents quand bien même les sectes sont présentées comme un fléau national ?

? Pourquoi ce refus du dialogue comme dogme imposé ?

? Pourquoi cette intolérance et cette imposition d’un modèle ‘correct’ ?

L’Unadfi et le climat de chasse aux sorcières qui sévit dans notre pays est la démonstration d’une société hiérarchisée qui, bien qu’en mutation évidente, refuse de prendre les risques qui s’imposent. Elle se livre à un véritable combat contre les créatifs culturels marqués de l’étiquette ‘secte’ alors même qu’ils travaillent à l’ouverture de la conscience. Un combat contre la pensée en évolution constante pour imposer les anciennes valeurs comme seules valables. Pourtant l’histoire a montré que l’on ne peut opposer durablement le philosophiquement ou religieusement corrects, qu’elle ne peut rester imperméable aux nouvelles convictions y compris thérapeutiques.

Face à ces atteintes à la Démocratie, à ces actes de discrimination tendant à considérer les individus créatifs de notre population comme déviants contre laquelle il faut appliquer des lois totalitaires et des mesures d’exception et montrés du doigt comme sous-citoyens pour lesquels l’Etat de droit ne s’applique pas, il temps que la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, prennent la mesure de ce problème.

Nous en appelons donc solennellement à tous, universitaires, juristes, Instances Publiques et autres décideurs ainsi qu’aux diverses Obédiences afin qu’ils reconsidèrent en toute objectivité leur position sur ce douloureux et délicat problème.
Il est temps de mettre un frein à cette inquisition rampante avant de sacrifier tous les créateurs de notre pays et de détruire le peu de démocratie qui nous reste.

Thierry BECOURT. Vice-Président du CapLC.

(*) cf. www.coordiap.com & « la nouvelle chasse aux sorcières » de Th. Bécourt – éditions Omnium
(**) ‘L’histoire’ Janvier 2005 – le Moyen-Age des hérétiques.


http://exdisciplesleblog.unblog.fr/2007/05/10/lettre-ouverte-a-lunadfi/

commentaire n° : 3 posté par : nomind (site web) le: 22/05/2008 20:58:04

Lettre d'une psychothérapeute en colère devant l'iniquité de la chasse aux sectes et de la psychose qu'elle génère dans notre société, contraignant la spiritualité à entrer dans la clandestinité…

7 janvier 2007

Qu'est-ce que c'est que cette histoire de sectes sur notre site de psychothérapeutes ? Lécher les pieds de la MIVILUDES de nous donnera pas plus de légitimité, il faut voir comment ses membres regardent notre profession et toute démarche hors cadre universitaire, sans même parler du transpersonnel ! Psychothérapeute : thérapeute veut dire soigner. Donc, l'acte de soigner est pour les médecins, qui sont reconnus psychothérapeutes sans rien connaître de la psyché, surtout de la leur. C'est comme ça que c'est compris par certains. ” Psycho ” un préfixe qui parle de l'esprit, alors, surtout, la pensée doit rester rationnelle. Toute approche transpersonnelle, voir spirituelle, est soupçonnée de dérive sectaire. Soit on est dans le risque d'exercice illégal de la médecine, soit dans le risque de dérive sectaire. Entre les deux où est l'espace du travail possible ?

Pourtant, comment comprendre certains conflits si la dimension spirituelle est laissée de côté ? Par exemple, quand depuis deux mille ans l'on raconte que Dieu est amour, et que les descendants des libres penseurs rejettent la manipulation mentale de l'église, cela peut donner naissance à des conflits majeurs dans le thème de l'amour, les choses étant parfois confondues. Le système de croyance est fondamental dans l'architecture d'un psychisme et doit être pris en compte pour une aide efficace.

L'église catholique a persécuté les libres penseurs pendant des siècles, ils ont dû se cacher pour survivre. Aujourd'hui le pouvoir a changé de camp. Ce sont les anciens libres penseurs qui sont devenus détenteurs de vérité. Liberté, Egalité, Fraternité étaient des valeurs sûres et qui méritent mieux que ça. Certains d'entre eux se sont mis à pourchasser les sectes avec une énergie et une véhémence hystérique suspecte ! Finalement, ils ressemblent à leurs persécuteurs d'il y a quelques siècles. Ils font aux autres ce qu'on a fait à leurs ancêtres. Les farfelus maintenant et dangereux pour le système, ce sont tous les gens qui cherchent une spiritualité. On met de l'encens ? On est suspect. On va faire un tour chez les Indiens ? Attention, c'est peut-être une secte. On va à une cérémonie africaine ? Encore une secte. On va étudier le décodage biologique ? Idem. La liste de la suspicion et de la délation ne cesse de s'élargir pour que plus personne en-dehors des sectes reconnues officiellement, c'est-à-dire ayant réussi, n'ose aller à la découverte d'autres modes de pensée. On ne sait jamais, ça pourrait changer nos idées. Le nombre de professionnels victimes d'accusations infondées s'agrandit. Souvent, ils gagnent leurs procès, dix ans après avoir perdu toute leur clientèle. L'Europe montre la France du doigt pour son non-respect des droits humains, la liberté de recherche spirituelle, et aussi pour son non-respect des droits de la parole de l'enfant.

Ça va ensemble.

Nous sommes le seul pays à interdire certaines pratiques, ou certains mouvements. L'ordre rosicrucien par exemple, ancien, vieux, reconnu comme une confrérie, classé dans les sectes. Qu'est-ce que cela veut dire ? Où a-t-on vu que ces gens-là étaient des dangers ? Qu'on m'explique, j'ai connu de nombreux adhérents qui y ont étudié puis en sont partis sans problèmes. Nous sommes le seul pays à persécuter les gens qui cherchent hors des sentiers officiels. Même en Europe de l'Est, il y a maintenant plus de liberté d'être. Les machines utilisées par l'armée soviétique pour photographier les corps énergétiques sont banalement distribuées chez les médecins, là-bas ; ici, le malheureux qui en possède une se voit dénoncé pour dérive sectaire. Deux machines sur tout le territoire national français.

Un jour, je suis allée à un stage de yoga en Belgique. J'ai failli m'enfuir parce que le lieu d'hébergement était chez les Hare Krishna, et me mettre en colère contre l'organisatrice qui ne nous avait pas prévenus. Puis j'ai vu que le lieu était un restaurant ouvert, avec un jardin, que les gens du pays venaient y manger végétarien dans la paix. J'ai décidé de rester ma semaine de stage et d'observer, d'ouvrir mon état d'esprit et de ne pas agir sous conditionnement médiatique. Personne n'est venu ” prosélyter “. J'ai vu des moines faire les jardins, se lever tôt pour prier, danser, chanter, des gens étudier les textes sacrés -quand même les Védas, les plus anciens de l'Inde - et je suis même allée voir comment c'était. J'ai vu des jeunes anciens drogués qui étaient là et s'étaient consacrés à Krishna. J'ai pensé que leur famille devait être furieuse qu'ils perdent leur avenir avec tout cela. Et je me suis demandée : oui mais quelle différence avec un moine trappiste ? J'apprends avec s