Quelles valeures ?

Publié le par Desbabas

Christian Jacq écrit dans le Figaro un article à la gloire de l'Egypte, «L'Égypte pharaonique n'existe plus, mais ses valeurs persistent». N'est-il pas étrange qu'en ces temps ou la démocratie est en crise que l'on vienne chanter les louanges de la civilisation pharaonique au pays des lumières ? Nous mettrons en parallèle un extrait de cet article avec un extyrait  d'un article Wolfgang Haug, Les Pogroms débutent dans la tête, qui mettait


L’art égyptien a vocation universelle. Il parle au coeur, ranime son regard que l’on croyait perdu. Il n’existait pas, au temps des pharaons, des artistes au sens moderne du terme, uniquement préoccupés d’exprimer leurs pulsions personnelles et passagères ; l’art était un rite, lumineux, utile et nécessaire. Les dieux venaient animer leurs corps de pierre, de bois ou de métal, ils habitaient les demeures que leur édifiaient les artisans.


Toute oeuvre – temple, statue, stèle – était considérée comme un être vivant portant un nom, et dont on ouvrait rituellement les yeux, la bouche et les oreilles. Eveillées de manière magique, ces créations menaient une existence propre au service du divin et, tels les sphinx de Karnak ou les statues de Louxor, bénéficiaient d’une sorte de retraite. Des blocs anciens étaient réutilisés dans des monuments nouveaux, des effigies divines enterrées afin de nourrir les fondations.


Le sculpteur portait un nom remarquable : «Celui qui fait vivre». Initié aux mystères de la Demeure de l’or, il devenait capable de sacraliser la matière et de lui insuffler la puissance des formules de transformation en lumière. Intimement liés, l’esprit et la main de l’artisan donnaient réellement la vie.


Les hiéroglyphes sont à la fois une symbolique, une langue et une oeuvre d’art. Etant l’expression concrète de la pensée des dieux, ils ne subissent pas l’usure du temps et demeurent efficaces en dépit des aléas de l’Histoire. L’Egypte pharaonique n’existe plus, mais ses valeurs persistent. Les ritualistes humains ont disparu, les hiéroglyphes continuent à célébrer les rites, car «les paroles de Dieu» n’ont pas d’âge.


Quand nos regards se portent sur une inscription célébrant un « juste de voix », nous le ramenons à la vie. En ce sens, chaque visiteur assume une responsabilité non négligeable, puisque sa seule présence assure la continuité d’une tradition dont l’amplitude spirituelle demeure inégalée.


L’Egypte pharaonique a vaincu la mort. Pas de tombes, mais des demeures d’éternité éclatantes de couleurs ; pas de sépultures, mais des pyramides, rayons de soleil pétrifiés joignant le ciel à la terre ; pas d’édifices inertes, mais des temples produisant d’eux-mêmes une énergie lumineuse.


Cette Egypte-là n’appartient pas au passé ; au contraire, elle illumine notre présent de ses créations. Voici comment un papyrus évoquait les temps heureux : «Les beaux jours sont advenus, un Maître est apparu pour le pays entier, l’adversité a été jugulée ; possesseur des millions d’années, à la royauté grande comme celle d’Horus, le roi de Haute et de Basse-Egypte inonde de fêtes les Deux Terres. La vérité a vaincu le mensonge, le mal est tombé sur le nez, les avides sont réduits à l’impuissance. Le Nil s’élève, l’inondation est parfaite, les jours ont leur juste longueur, les nuits leurs heures, la lune déploie correctement ses phases, les dieux sont satisfaits. Et l’on vit dans l’admiration et la joie.»


Le discours de C. Jacq, avec la liberté que lui donne son statut de vulgarisateur de l'Egypte, propose explicitement comme valeurs - eternelles et universelles - celles de l'époque pharaonique. N'hésitant pas à finir son texte sur l'appel à un "maître" pour diriger le pays entier. Ne peut-on pas situer cet appel dans le giron de celui du sauveur providentiel demandée par le New Age - Novus Ordo Seculorum ? Il se situe dans une démarche absolument immanente, écrivant une ode à la gloire des idoles, sans offrir d'autre raison, d'autres perspectives à ce choix que l'ouverture finale : Les beaux jours sont advenus, un Maître est apparu pour le pays entier, Et c'est sur ce point que le texte sur la Nouvelle Droite de Wolfgang Haug prend son sens. Cependant avant d'en donner un extrait j'aimerai attirer votre attention sur un autre point. Ce texte s'oriente de façon extrème contre la laïcité, et pas du tout dans une optique catholique ou islamiste, puisque la forme (l'Egypte) comme le fond (une vision totalement immanente du monde) sont l'exact opposé du monothéisme. Il s'agit ici encore de la même démarche que celle du new age, voir Partie IV : le New Age et la fin de la laïcité.



Les pogroms débutent dans la tête - Wolfgang Haug


Plus important d'un point de vue théorique, cette ligne d'arguments d'extrème droite désavoue les contributions positives du judaïsme à l'histoire humaine Avant que la religion juive n'emerge, la majorité des religions disaient l'existence des individus préordonnée. Leurs vies étaient fixées fermement dans un corp de relations sociales dont ils ne pouvaient jamais espérer sortir. Les peuples étaient vus comme une partie du monde, tout comme les divinités qu'ils adoraient autrefois. La société était remplie d'une divinité qui s'insinuait dans tout [Society was imbued in a divinity that permeated everything]. De cette façon de pensée, le divin se manifestait dans les gouvernements de l'époque, ainsi que dans les dynasties regnantes. Logiquement les pharaons et les rois divins ( comme plus tard les monarques de l'absolutisme) clamait tirer leur office directement de Dieu. La rebellion contre cet ordre divin , duquel ces peuples étaient également une partie, était exclu de principe. [2]


Le focus de la religion juive était uniquement porté sur une dieu patriarchal, ce qui n'est pas à louer.  Mais le mouvement pour la première fois vers une divinité transcendentale mis fin à une situation dans laquelle la société et sa destinée était etranglée dans les affaires d'une ou de plusieurs divinité. Le judaïsme éloignait tellement Dieu que sa distance de chaque personne et également des dirigeants devenait inconcevablement grande. De point de vue les hierarchies humaines n'étaient plus inateignables socialement. Des mouvements populaires de resistance pouvait se developper. La resistance avait maintenant sa base sur l'individu, qui conscient de sa distance avec Dieu pourra ultimement n'avoir plus affaire avec aucune divinité. [3]



Publié dans Démystification

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