L'imaginaire des candidats : José Bové sur France Culture

Publié le par Antoine

Edité le 28.02.07 : relecture matinale

Mardi matin, José Bové présente son héritage culturel sur France Culture : La Frabrique de l'histoire.

Je vous encourage à écouter cette émission très instructive que vous pouvez trouver ici.  Vous aurez besoin du logiciel real player. Le lien audio est directement ici.

L'émission laisse la parole au candidat et lui donne le temps de développer. On apprend comment s'est formé le personnage, quelles sont les idées qui l'ont façonné. Depuis son enfance en amérique peu avant le mouvement de Martin Luther King, son passage chez les frères, où il apprend la propagande de l'état en étudiant l'usage qu'en font les totalitarismes de l'époque.

J'ai noté cette phrase au début : "très très jeune j'ai eu l'impression que l'histoire, en fonction du côté ou on se situait, on pouvait la lire d'une manière radicalement différente (...) la logique totalitaire, en fait, pouvait être vécue comme totalitaire quand on était victime, ou conquérante quand on était du bon côté." C'est très important cette reflexion pour quelqu'un qui s'engage sur une voie politique contestataire. D'ailleurs on l'entend dire ensuite : "(...) comme l'histoire de la révolution française de Kropotkin ou l'histoire de la révolution russe de Voline, une reflexion sur comment la révolution ou un mouvement de transformation sociale pouvait être détruit, pervertit, récupéré par une logique de prise de pouvoir qui enlevait toute capacité au gens de vivre leur propre histoire et comment on pouvait en fait rendre les gens complètement extérieurs à leur propre histoire et ensuite en faire uniquement des objets serviles".

Il évoque Nestor Makhno et les paysans ukrainiens racontés par Voline, qui se retrouvent face à l'armée blanche de Denikine et à l'armée rouge de Trotsky. Il cherche derrière le mythe de la révolution russe : "c'est intéressant de voir comment un mythe comme la révolution russe, si on arrive à la lire d'un autre côté on se rend compte qu'il y a des mouvements très importants qui se sont dévelloppés et qui ont été détruits (note : deux fois, une fois matériellement et une deuxième dans le sens où on ne les connaît plus) parce qu'ils portaient en eux un germe très subversif  qui  était que les gens se réapproprie leur pouvoir là où ils étaient." France Culture coupe ici José Bové en plein élan avec un petit encart thématique sur les objecteurs de conscience.

C'est effectivement le germe que l'on essaye de faire vivre dans les collectfs : la réappropriation par chacun de sa parole.  Ce même point, la participation indivuduelle à al vie politique, rendait PPDA nerveux hier sur 100 questions pour convaincre. Et là où je trouvais très intéressant pour quelqu'un qui rentre dans une lutte de se méfier des conséquences du pouvoir, le journaliste, dans la deuxième partie de l'émission, trouve problématique un candidat qui critique l'état et les institution, et considère que les citoyens doivent se méfier de l'état. On retombe une nouvelle fois sur un point crucial des collectifs que de vouloir supprimer le rôle du président. Et c'est tout à fait cohérent avec la volonté de redonner la parole aux ctoyens.

"La reflexion de fond sur la militarisation de la société ou la question du pouvoir ne pouvait pas être autonome d'une reflexion sur les modes d'action. Le slogan à l'époque c'était "le pouvoir est au bout des fusils", et moi très vite je me suis rendu compte que c'est toujours le peuple qui est au bout du fusil, et du mauvais côté." Parfait, José Bové montre ici qu'il a compris l'essentiel, la leçon héritée des luttes populaires : méfions nous de ceux qui prennent le pouvoir par la violence.

José se réfère ensuite à Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, notamment le livre "L'Illusion politique" d'Ellul, qui raconte que les rouages de l'état, l'administration sont finalement plus forts que la dimension politique. Bové participe à leur combat contre la logique du bétonnage dans le Langudoc puis sur la côte landaise, avec des luttes citoyennes contre les projets de l'état. Dans ce combat il comprends en pratique la pensée d'Ellul qui déclare que les logiques administratives de l'appareil d'état finissent fatalement par prendre le pas sur la dimension politique et surtout sur le pouvoir de décision des individus par rapport à leurs propres vies..

Au point que le journaliste devient embêté que José Bové ne se réfère pas à de grands personnages "historiques" comme Napoléon, Jeanne d'Arc ou Robespierre (sic),  mais préfère des gens comme Gandhi, Martin Luther King, Thoreau aux états-unis. Chez Spartacus, cité par le journaliste, c'est le refus de prendre Rome qui l'emporte pour José.  Avec la révolution, dans laquelle il doit choisir quelque chose, il se retrouve encore en décalage en mettant en avant les cahiers de doléance et puis la confiscation deux ans plus tard de la révolution par la bourgeoisie. Ce problème je le voie aussi dans cette question de la symbolique de mettre quelqu'un au Panthéon. Pour le journaliste c'est un acte extrêmement important pour un président, José Bové n'y a pas pensé, et cite Louis Lecoin qui sort totalement du cadre "culturel" traditionel des mis au Panthéon. Cette différence avec les autres candidats est réévoquée dans la deuxième partie.

Je trouve symptomatique le besoin de retrouver la présence de mythes dans la réflexion des candidats. Et c'est vrai que la plupart du temps, les candidats communiquent en véhiculant des symboles, c'est en se réferrant à untel ou untel qu'ils s'inscrivent dans l'histoire. Et ces références je crois, servent entre eux à se répérer dans un travail de construction de la société qui les englobent tous. Et là surgit José qui montre sur trois points (personnage, révolution, panthéon) qu'il sort de ces schémas préconstruits. Et là où il est très fort sans s'en rendre compte, c'est quand justement il dit "en allant chercher derrière le mythe de la révolution russe" : le simple emploie de ce mot mythe comme quelque chose qui cache l'important, le place, bien plus que sa critique de l'état, en porte à faux vis à vis de l'idéologie politique traditionelle, et de ce qu'on appelle discrètement le culte de la république.

Il défend ce qu'il appelle lui "la mémoire des vaincus" et reste toujours dans la même logique du refus du pouvoir et de la réapropriation personnelle. Pour moi cet émission révèle un José Bové très intéressant, qui en plus d'être impliqué dans des luttes un peu partout dans le monde, fait la preuve d'une culture libertaire qui met en avant une autre histoire, en opposition ferme avec les mythes républicains traditionnels qui finalement justifient le pouvoir d'hommes sur les autres.

PS : José Bové évoque la disparitionde la tête du chef Ataï, cette histoire m'évoque directement deslignes que j'avait lues à propos de la tête de Géronimo et de celle de Che Guevara.

Commenter cet article

Roland 28/02/2007 01:44

Autre point peu connu: la redécouverte des Luddites, la "revisitation" de l'image qu'un se faisait des "Luddites"; combien ? combien de réputations aujourd'hui admises sont elles aussi en fait fausse ?Une phrase une idée que j'aime bien, et qui est très grande, c'est quand (face à l'obsession du journaliste de tout ramener obligatoirement à des "grands hommes" c'est à dire des grands chefs -(voire de grands tueurs! ... - ) il précise, pas assez clairement je le regrette, mais on le sens partout en filigrane, que "la grande épopée" c'est la grande épopée des GENS, des destins vécus par des gens ordinaires, de "petits" (comme les Luddites) ces destins inscrtis dans les grands tumultes de l'histoire. J'aime bien car c'est la même impression que je ressent, et qui fait un plaisir si intense, une vraie ivresse, à la lecture des "Mémoires d'Outre-Tombe " de Chateaubriend, dont le destin, et celui des personnages qu'il a croisé, et qu'il a "sauvé" de l'oubli (comme les demoiselles de Vildéneux, la fiancée de Gorry, ou l'indienne à la vache chassée de partout) se sont mélés aux grand échos étranges de l'histoiere. C'est la même impression aussi qu'on trouve dans l'autobiographie  de Jean Ziegler "Le bonheur d'être suisse", là aussi tout ces enracinement dans tant d'histoire, à partir d'un seul homme  et ses ancètres, et les destins, les victimes broyées, qu'il a rencontrés. (divin! ce livre. Un pur chef d'oeuvre! Non!  je n'ai pas d'action chez son libraire! )

roland 28/02/2007 01:03

Très très interesant et très très important en effet!!Et ça commence très juste sur ses réflexion sur la relativité de l'histoire et l'enrichissement qu'il y a à la voir de plusieurs cotés.à écouter et à méditer