La Banque centrale doit créer de la monnaie et prêter à 0 % aux Etats

Publié le par Desbabas

Voici ce que dit Thomas Piketty, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l’Ecole d’économie de Paris, cité sur le blog Contes Publiques de Philippe Lecoeur :

 

“Ce n’est pas avec la rigueur, les coupes dans les dépenses publiques et les hausses d’impôts qu’il faut sortir de cette crise. La réduction des coûts publics pour sortir d’une récession cela mène toujours au désastre. Cela ne marche pas.

Serrer la ceinture des citoyens et des contribuables, cela risque de retarder la sortie de crise, d’aggraver les choses : l’impact sur la croissance notamment pourrait être négatif et, au final, on va se retrouver avec plus de déficit et plus de dette”.

Le problème étant de résorber la dette publique, une solution consiste à monétiser une partie de cette dette, le surplus lié à la crise.

Il faut que la Banque centrale européenne (BCE) fasse avec les Etats ce qu’elle a fait avec les banques : émettre de la monnaie et leur prêter à 0 % ou 1 % pour que les Etats se débarrassent du surplus de dette créé par la récession.

 

L’exemple américain

Les banques centrales européenne et américaine ont en effet prêté à un taux voisin de zéro aux banques sur une période relativement longue : entre septembre et décembre 2008, elles ont créé près de 2 000 milliards d’euros de monnaie nouvelle, soit 10 points de PIB européen et américain, pour les prêter.

Pourquoi a-t-on pu prêter aux banquiers et pourquoi les citoyens devraient-ils se serrer la ceinture pour payer les effets d’une crise dont le secteur financier est responsable ?

C’est d’ailleurs exactement ce que fait la Federal Reserve américaine depuis début 2009 : en achetant à 0 % des centaines de milliards de bons du Trésor américain, elle allège le fardeau des contribuables américains, et permet de sortir de la récession plus vite qu’en Europe.

Si les Etats-Unis sortent aussi vite de la récession, c’est parce qu’ils ont agi ainsi et qu’ils n’ont pas fait de réduction des dépenses, de hausse d’impôts. Il y a un pragmatisme américain qui nous fait défaut.

Dans les circonstances actuelles, il n’existe pas d’autre solution que de monétiser une partie de la dette publique. Cela permettrait de remettre les compteurs à leurs niveaux d’avant crise.

Cela ne se traduirait pas forcément par de l’inflation. Dans le cas des prêts aux banques, cela n’en a pas créé par exemple. On était au bord d’une dépression, d’un déflation (baisse des prix, baisse des actifs). En injectant de l’argent, on a évité cette déflation et il n’y pas eu d’inflation derrière.”

 

Or, avant la loi de 1973 sur la réforme des statuts de la banque de France, cette dernière prêtait déjà de l'argent à 0% à l'état. Ce qui faisait que le déficit ne s'enflait pas. Aujourd'hui, comme dans un pays du tiers monde, la dette de la France est en grande partie dûe aux intérêts que la France verse aux marchés financiers. André-Jacques Hollebeck calcul ainsi la part des intérêts dans la dette publique (voir Banques - Attention au remède) :

 

Graphe-dette.jpg

 

Si cette loi n'avait pas été votée sous Pompidou, lorsque Giscard était ministre des finances, le pays tout entier ne verserait pas aux marchés des intérêts faramineux, et notre economiste n'aurait pas à proposer que la BCE propose de l'argent à 0% aux états.

 

Il est interessant aussi de noter que c'est Giscard qui a oeuvré pour rédiger le TCE (refusé par referendum en 2005), TCE dont l'article 123 (anciennement article 104 du taité de Maastricht), interdit aux banques centrales de prêter directement aux états.

 

 

Il est absolument anormal que l'ensemble de la population, et l'état censé la représenter, s'endette de cette manière à l'égard des marchés financiers, parce que l'état a abandonné dans leurs mains le pouvoir qui devrait être régalien de battre monnaie. Cette ponction permanente des marchés financiers de l'argent publique est innacceptable.

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Pascal 10/06/2010 14:21



Simple réflexion : Pourquoi donc les forces membres du Front de gauche, qui ont toutes fustigé le TCE, suite à sa pseudo-adoption par le Parlement via le Traité modifié de Lisbonne, n'ont-ils pas
depuis dénoncé cette forfaiture que la constitutionnaliste Anne-Marie Lepourié a qualifié de "coup d'Etat", dans un article intitulé "Haute trahison", en proclamant haut et fort, le brandissant tel un étandard, qu'au moment même où ils accèderaient au pouvoir ils dénonceraient ce traité
scélérat ! Si ces gens qui ont là tous les atouts en main pour brandir l'étandard de la démocratie ne le font, n'assument pas leurs responsabilités devant le peuple de gauche de gauche, alors ne
trahissent-ils pas eux aussi la démocratie !!! Idem pour la dette indû, illégitime ! Alors par delà les rodomontades où sont les engagements mobilisateurs autour de la défense de la démocratie et
de la souveraineté populaire !!!



Desbabas 11/06/2010 17:45



un énorme affront à la démocratie qu'il n'y ai eu aucune suite au passage en force de Lisbonne. que faire, que dire ?


pour la dette c'est plus compliqué.


mais personne à gauche comme à droite pour se soulever. et parmi ceux qui s'en offusquent, beaucoup d'horizons différents, dontune certaine partie de l'extreme droite, ce qui laisse songeur sur
d'éventuelles suites de ces histoires.