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Dimanche 6 avril 2008

Je tiens en tout premier lieu à conseiller le live de Jacques Dewitte "Le pouvoir de la langue et la liberté de l’esprit", qui raconte avec brio les rapports des pouvoirs totalitaires avec le langage. Outre l'oeuvre d'Orwell, il nous parle de LTI de V. Klemperer, de Dolf Sternberger, et d'Aleksander Wat, dont les mésaventure en URSS sont particulièrement intéressantes.  Un livre nécéssaire à tout point de vue, point de départ d'un dialogue à propos de nos rapports avec les mots.


Ayant lu (voir plus plus bas) que google filtrait ce site chrétien fondamentaliste, je me suis demandé pourquoi. Pas de réponse, mais une bonne série de liens sur le New Age.


Big Brother Awards 2008

Paris, 17 mars 2008 --- Les Big Brother Awards, décernés dans une quinzaine de pays, sont la seule cérémonie dont l'objectif est de ne plus avoir raison d'être, et de disparaître. Las : ministres, élus locaux, hauts fonctionnaires, lobbies, grands patrons ou petits chefs d'entreprises... pour la huitième année consécutive, les candidatures aux désormais traditionnels prix Orwell, remis aux plus honorables promoteurs de la société de surveillance, n'ont pas manqué cette année.

Nous avons donc le regret de vous annoncer la publication de la liste des nominés sur notre site web. La 8e Orwell Party, notre cérémonie de remise des prix, aura lieu quant à elle le vendredi 21 mars prochain, à Confluences, à Paris. Elle sera aussi retransmise en direct sur l'internet, et débutera, à 19h, par la troisième édition des "Ecrans sécuritaires", projection de courts métrages agréée par notre "ministère de la Vérité".

Conformément à la tradition de Privacy International, qui chapeaute la quinzaine de BBA décernés dans le monde entier, c'est un jury de personnes qualifiées qui va départager les candidats. *Cette année le jury des BBA réunit :*

http://bigbrotherawards.eu.org/
http://www.privacyinternational.org/
http://www.bigbrotherawards.org/

 

Voici la liste des nominés, disponible sur : http://bigbrotherawards.eu.org/?page=liste-bba&annee=2007&statut=nomine vous y retrouvés des thématiques connues sur ce site, comme les puces RFID et le fichier base-élève.

Catégorie: Orwell Ensemble de son Oeuvre

Le Prix Spécial du Jury "pour l’ensemble de son oeuvre" est décerné à des personnes ou des institutions qui, par leur activité inlassable ou leur négligence, ont porté atteinte à la sphère privée, facilitant la violation des droits de la personne ou faisant la promotion de la surveillance de l’individu ou des groupes.
Le ministère de la Culture et de la communication
Pour sa volonté de restreindre, depuis des années, les droits fondamentaux des internautes, et pour favoriser une poignée d’industriels qui cherchent à protéger leurs intérêts en se reposant exclusivement sur la surveillance et le contrôle technique des utilisateurs
Le fichier "Base-élèves" du ministère de l’Education
Pour persister à généraliser un fichier qui cible les enfants dès l’age de 3 ans, sans en protéger les données malgré ses promesses ; pour avoir longtemps refusé de supprimer certaines mentions discriminatoires ; pour accepter enfin que ce fichier tisse des liens sournois avec la politique de "prévention" de la délinquance des mineurs.
Le STIF (Syndicat des transports publics d’Ile de France)
Contrairement à ce que l’on a pu entendre, ce n’est pas la RATP, mais bien le STIF, qui a décidé d’équiper tous les usagers des transports en commun franciliens d’une puce RFiD via le pass Navigo
Ministres de la santé : Bertrand, Douste-Blazy, Bachelot (DMP)
Pour avoir instauré et maintenu le dossier médical personnel (DMP). En quatre ans, le coût du DMP, censé sauver la sécu, est passé de 12 à 550 euros. Les trois ministres de la santé successifs persistent et signent cependant, malgré le rapport d’audit et les convocations de la commission parlementaire.
Google Inc.
Pour collecter des données personnelles à large échelle en refusant de se soumettre aux lois européennes, filtrer des moteurs de recherche, censurer politiquement des résultats , sélectionner de façon subjective des sources d’actualités... Google n’en reste pas là et se lance maintenant dans la récupération planétaire de votre ADN.
Groupe TF1
Pour diffuser périodiquement sur ses antennes des émission de propagande et de manipulation sécuritaire. Ses dirigeants n’ont jamais caché leurs penchants pour les politiques répressives et la main mise de la publicité sur « nos cerveaux disponibles ». La filiale du groupe Bouygues est même devenue un temps n°1 mondial de la vidéosurveillance « intelligente »...

 

Catégorie: Orwell Etat & Elus

(Services publics, gouvernement, administration). Décerné aux membres d’un gouvernement, hauts fonctionnaires de l’État, élus nationaux, autorités administratives, judiciaires et réglementaires, qui, par leur activité quotidienne ou par une intervention particulière, cherchent à limiter la sphère privée et les droits de l’individu ou à promouvoir la surveillance et le contrôle de personnes.
Ministre de l’immigration et de l’identité nationale Brice Hortefeux
Pour son zèle à contrôler, traquer et expulser les personnes immigrantes, contrariant leurs démarches pour vivre en famille et travailler décemment, à coups de lois, circulaires, ou décrets comme celui instaurant le fichier "Eloi".
Le Conseil d’État
Pour avoir, en validant le principe de surveiller les adresses IP, renversé une jurisprudence et considéré qu’il était légal pour les sociétés d’auteurs comme la Sacem de ficher les internautes suspectés de piratage, ce qui a permis à la CNIL de reconsidérer sa position
Thierry Mariani, député du Vaucluse
Pour ses amendements discriminatoires sur les test ADN visant à contrôler le regroupement familial des demandeurs de visas, et pour l’exclusion des sans-papiers de l’hébergement d’urgence.
Préfecture de Haute Garonne
Pour avoir innové dans la traque des étrangers : au sein des organismes sociaux toulousains, le préfet Jean-François Carenco a chargé des “groupes de référents” d’informer les forces de l’ordre. En contournant ouvertement la loi sur l’interdiction du croisement des fichiers.
Ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie
Pour son hyperactivité dans le domaine de la vidéosurveillance : MAM c’est trois fois plus de caméras sur la voie publique, des caméras aux péages d’autoroute et des caméras sur des drônes pour réprimer les banlieues.
Le Conseil constitutionnel
Pour avoir validé le principe de la "rétention de sûreté". Le CC n’a manifestement pas joué son rôle de garant des institutions, seul recours juridique face à un gouvernement qui n’a de cesse de bafouer les principes fondamentaux de l’Etat de droit
Pr Philip Gorwood, chercheur à l’Inserm
Pour avoir, sous prétexte de déterminer si les gènes peuvent prédir le comportement, usé de méthodes douteuses afin d’inciter des lycéens à livrer leur ADN et à confier des informations confidentielles sur leurs parents

 

Catégorie: Orwell Entreprise

(Entreprises, organismes et institutions privés.) Peuvent être nominées toutes les entreprises et institutions du secteur privé qui, par profit ou simple négligence, méprisent ou violent la sphère privée de leurs employés, de leurs clients ou de tiers, ou toute autre forme de promotion, comme les sociétés qui exportent leur matériel de surveillance dans des régions où les droits de l’individu sont encore plus vulnérable.
Les banques du consortium BMS
Pour chercher à imposer le porte-monnaie électronique Moneo en infiltrant, cette fois, les universités, obligeant les étudiants à l’utiliser sans aucun autre recours, alors que ses promesses de rendre totalement anonymes les transactions sont restées lettre morte.
Les drônes ELSA et Quadri-France
Les entreprises Sirehna et Taser France sont concurrents mais ont le même objectif : banaliser l’usage de matériel de conception militaire pour contrôler et surveiller furtivement les populations civiles.
Le Centre hospitalier universitaire de Nice
Pour avoir doté chaque patient d’un bracelet RFID afin d’"impérativement améliorer la qualité de la prise en charge des patient", sous prétexte d’être "en concurrence avec le privé".
Groupe Traqueur
Malgré un avis négatif de la CNIL, cette société essaie de promouvoir auprès des assurances un service surveillant le comportement des conducteurs.
Le Getics, lobby des entreprises pro-DMP
Pour réclamer le droit de se substituer à l’Etat dans la mise en œuvre du dossier médical personnel (DMP), pierre angulaire de l’informatisation totale des données de santé, en affirmant défendre "l’intérêt collectif".
La Fondation MGEN
Pour s’être lancé dans une "enquête" sur la « santé mentale des enfants », via un questionnaire intrusif glissé dans le cartable d’élèves de 6 ans.
Denis Olivennes, PDG de la Fnac
Pour avoir, lors de sa "mission" sur le piratage, servi de bon prétexte au gouvernement pour filtrer l’internet, mettre en œuvre une répression massive des téléchargements tout en écartant des procédures l’autorité judiciaire

 

Catégorie: Orwell Localités

(Contrôles de proximité, urbanisme, vidéosurveillance). Seront nominées les personnes ou institutions qui encouragent les projets d’aménagement de la cité visant, sous couvert de prévention de quelque danger, à contrôler la libre circulation des individus et à traquer leurs habitudes, achats, prestations sociales, opinions ou comportements.
Pascal Bugis, maire de Castres
Pour avoir été l’un des premiers maires à imposer un couvre-feu pour le mineurs dans certains quartiers, et d’avoir cette année institué en avant première un "conseil pour les droits et devoir des familles"
Mairie de Neuilly-Plaisance (93)
Après la biométrie à la cantine, trop has been sans doute, à Neuilly Plaisance ce sont les crèches qui sont équipées de bornes biométriques. Et surtout la toute nouvelle crèche "Abbé Pierre"...
L’inspection d’académie du Haut-Rhin
Cette administration de l’éducation nationale est nommée pour avoir "malencontreusement" demandé aux directeurs d’école de signaler les élèves sans-papiers de leurs établissements.
Michel Denis, maire de Saint Fons (69)
La police municipale de Saint Fons a créé et maintenu un fichier, non déclaré à la CNIL, de "suivi des lieux de squatt (sic) et de regroupement" visant ceux qui, au hasard souvent les plus bronzés, le soir, commettent l’outrage de se retrouver en petits groupes.
Mairie d’Asnières (92)
La mairie d’Asnières a constitué un fichier différenciant par origine ethnique ses électeurs d’origine étrangère.
Claude Journès, président de l’université Lyon-II
Professeur de sciences politiques spécialisé dans l’« analyse comparée des politiques policières », il préside une université qui abrite une entreprise privée attelée, sous couvert de « valorisation de la recherche publique », à la mise au point de produits de surveillance dont les étudiants de Lyon-II sont les premiers cobayes
La Police aux Frontières de Lyon
Afin de satisfaire les objectifs de reconduite à la frontière édictés par le gouvernement, la PAF lyonnaise se crée un fichier des sans-papiers à expulser en récupérant les listes des résidents étrangers des foyers.

Catégorie: Orwell Novlang

Apparu en 2004, ce prix Novlang désigne toutes opérations de propagande politique, commerciale, publicitaire, médiatique ou autres ayant pour objet, ou pour effet, d’attenter au droit à la vie privée, d’appeler à moins de libertés, de banaliser la société de surveillance, par leur manipulation du discours sécuritaire, leur stigmatisation de "menaces" opportunistes ou toute autre instrumentalisation du débat public.
La "vidéotranquilité" du député Philippe Goujon
Le député UMP de Paris se donne pour objectif de faire installer à Paris autant de caméras qu’à Londres. Pour justifier cette frénésie, rien ne vaut un peu de novlangue dans le discours : pour lui la vidéosurveillance est source de "tranquillité"
MM. Ghenassia, directeur de la sécurité, et Cazenave, procureur du Var
Le directeur de la sécurité publique du Var et le procureur de la république de Toulon sont nommés ensemble pour avoir mis en place, début décembre 2007, une messagerie internet permettant aux citoyens de signaler des délits - un appel à la délation -, et l’avoir défendu en usant d’une novlangue particulièrement exemplaire
Isabelle Falque-Pierrotin, pour son action en faveur du vote électronique
La présidente du Forum des droits sur l’Internet est nommée pour sa collaboration déterminée à l’évitement de toute évaluation scientifique et contradictoire de l’utilisation du vote électronique en France, et notamment des machines à voter en 2007.
Le Dossier Pharmaceutique (DP) de l’ordre national des pharmaciens
Sous couvert d’améliorer la sécurité et la relation patients-pharmaciens, l’Ordre national des pharmaciens a mis en place le Dossier Pharmaceutique (DP), cheval de Troie du Dossier Médical Personnel, dont le véritable objet est de garantir le "monopole des officines" pharmaceutiques.
France 2, Envoyé Spécial - "Expulsion mode d’emploi"
Pour avoir accepté de réaliser un reportage "embarqué" au sein de la police de l’immigration de M. Hortefeux, les journalistes ont perdu leur sens du discernement face à des situations "autorisées", tendant à banaliser les procédures d’expulsions
Bernard Brochand, maire de Cannes
L’ancien publicitaire n’a pas seulement multiplié les caméras de surveillance dans sa commune, il a surtout usé d’un discours déviant parlant de "protection" et non de "surveillance" pour justifier sa politique

 

par Desbabas publié dans : Bibliothèque
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Dimanche 8 juillet 2007

Article paru sur le site Defense de France Culture.


Deux semaines ont passé depuis le procès grotesque dans lequel Laure Adler et Radio France attaquaient une association d'auditeurs de France Culture. Si l'on excepte Rue89 et Libération
[1] plus la presse régionale, le silence de la presse nationale et de Radio France autour de cette affaire confirme un peu plus le diagnostic fait depuis longtemps par les associations d'auditeurs : Radio France en général et France Culture en particulier sont gangrenés par un invraisemblable réseau de connivences politico-médiatiques. Avec ce corollaire gênant pour France Culture qu'un temple de la connivence a peu de chance de rester longtemps un temple de la connaissance.

Avant l'arrivée de Laure Adler, France Culture avait la particularité d'être une station d'exception, faite uniquement par des producteurs spécialisés du monde des idées et du savoir, souvent proches du monde universitaire et complètement étrangers au monde des médias. Après l'arrivée de Laure Adler, puis de David Kessler, le recrutement à France Culture est devenu principalement politico-médiatico-mondain. Exemples de profils recrutés entre 1999 et 2006 : directeur du groupe Le Monde, président d'Arte, sœur du président d'Arte, dirigeants du Figaro, responsable des Inrocks, filleul de ministre de la culture, fils de diplomate, fille de ministre, conseiller d'Etat, membre du club Le Siècle, neveu et nièce de président de la république, président de la fondation de l'ENS, directrice de Normale Sup, etc. A ces recrutements, il faut ajouter les partenariats avec Télérama, l'Express, le Nouvel Obs, Le Monde des religions… Dans la catégorie hors-concours, signalons l'ineffable Alexandre Adler, géo-stratège approximatif chargé de vendre la guerre d'Irak à des auditeurs abasourdis par l'inanité de ses chroniques.

Inutile de préciser qu'avec tout ce beau monde, les pensées originales n'ont pas tardé à déserter l'antenne de France Culture.

Au passage on a ici l'explication d'un petit mystère : alors que la privatisation de tous les services publics est programmée contre l'avis des peuples par les dirigeants européens, le service public audiovisuel est maintenu en vie pour caser les copains du pouvoir dans des boulots pas trop fatigants, aux frais du contribuable.

Impressions au tribunal
Bien que le prétexte de la plainte fut de condamner une caricature, on n'a pas vu à l'audience de représentant du Canard Enchainé, pas plus que les rebelles pour rire de Charlie Hebdo. Comme quoi la presse satirique sait être aussi muette que la presse des fabricants de missiles quand il s'agit de ne pas égratigner certains notables. De même, Télérama, Le Monde, Le Figaro, L'Express, le Nouvel Obs, Les Inrocks… n'ont pas su trouver le chemin du tribunal de Paris, malgré le plan obligeamment fourni par le RACCFC.

Vous pouvez lire la suite ici ...

par Antoine publié dans : Bibliothèque
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Jeudi 5 juillet 2007
Un petit peu de lecture pour les deux mois à venir, ce que j'emporte avec moi pendant ces quelques semaines de découvertes. Je vous les conseilles fortement, et vous invite à laisser des commentaires en bas de la page sur ces bouquins. J'essaierais aussi, selon mon avancée et la disponibilité de terminaux internet au milieu des ours.

Histoire de la notion de vie, et La société pure : de Darwin à Hitler, d'André Pichot.
Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer, et Du progrès dans la domestication, de René Riesel
LTI, la langue du troisième Reich, de Victor Klemperer.
LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

André Pichot.

Historien des sciences, André Pichot travaille sur la façon dont l'homme considère et agit sur la vie. Par son travail historique, il met en lumière les aspect philosophique ou idéologique en oeuvre derrière les techniques modernes de manipulation du vivant que permettent la génétique. On aurait tort par exemple de croire que l'eugénisme aurait disparut avec les atrocités de la seconde guerre mondiale. Il viendra témoigner au procès de Réné Riesel, condamné pour avoir participer à la destruction d'OGM.

Histoire de la notion de vie

De la notion de vie on pourrait dire ce que saint Augustin disait du temps " Si personne ne me demande ce que c'est, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. " L'ouvrage s'efforce de saisir cette notion à travers les écrits des plus grands théoriciens de la vie, de l'Antiquité à l'aube de la biologie moderne. Il s'agit d'un guide de lecture et d'une gigantesque somme de textes - plus de mille extraits d'ouvrages essentiels - commentés et critiqués dans une perspective historique, philosophique et scientifique. C'est aussi la tentative d'éclaircir, par l'histoire d'une notion, la philosophie sous-tendant les sciences biologiques actuelles.

La société pure : de Darwin à Hitler

Si les problèmes liés à l'eugénisme, au "nettoyage ethnique" et au racisme reviennent si souvent sur le devant de l'actualité, c'est qu'ils sont loin d'être résolus, faute de notions claires sur les concepts de race, de gène et d'individu. L'historien et chercheur André Pichot entreprend ici de donner les outils nécessaires pour comprendre la vraie nature des intrications – qui ne cessent de se multiplier de nos jours – entre la biologie et la société. Le récit effarant des dévoiements de la biologie, de Lyssenko à Alexis Carrel, de Julian Huxley à Ernst Haeckel, et du "darwinisme social" (doctrine qui considère l'homicide collectif comme la cause du progrès de l'humanité) à Auschwitz, met en garde contre les interprétations simplistes. Carrel n'était pas plus dangereux que Huxley au prétexte que l'un était pétainiste et l'autre directeur de l'Unesco, et le naturaliste allemand Haeckel a fait bien davantage que le célèbre Gobineau pour propager les thèses eugénistes. La critique aiguisée des positions antiracistes trop catégoriques, quant à elle, montre clairement le chemin qui mène d'une pensée biologique imparfaite au fantasme de race parfaite. Un ouvrage passionnant et d'utilité publique. "(Les hommes) ne sont ni inégaux ni différents, ils sont incomparables. Et c'est parce qu'ils sont incomparables qu'ils sont égaux, mais d'une égalité qui ne se fonde ni sur la mesure ni sur la comparaison, l'égalité en dignité, et en droits. Les critères biologiques n'ont ici aucun intérêt."  Victor Gasque
Historien des sciences, c’est un déficit de pensée qu’André Pichot vient combler. Question embarrassante que celle de l’eugénisme. Médias et historiens pensaient l’avoir verrouillée à l’intérieur de l’idéologie nazie. Or, ce qui transparaît de cette étude serrée, c’est que si l’eugénisme a été laissé dans l’ombre, c’est parce qu’il offrait une image gênante des sociétés de la première moitié du 20è siècle dans leurs relations avec le nazisme. En effet, les premières lois eugénistes datant de 1907 furent américaines. En Suède, elles restèrent en vigueur jusqu’en 1970. Le Directeur de l'UNESCO, Julian Husley, humaniste social-démocrate, attestait encore, en 1946, de leur bien-fondé. Quant à la Fondation Rockefeller, elle joua un rôle des plus important dans son implantation en Europe, en particulier par le financement de laboratoires allemands. L’eugénisme était ainsi le lieu commun de la pensée scientifique de cette époque. Si par ailleurs on a voulu faire de Gobineau le père de cette idéologie abjecte, c’est en réalité du côté de Darwin qu’on en trouve les fondements. On lui doit entre autres l’interprétation des problèmes sociaux en termes biologiques. Et bien sûr, son prestige est aujourd’hui intact. Ce ne sont ainsi pas les horreurs nazies qui ont fait disparaître l’eugénisme, mais les progrès de la génétique. Or celle-ci, très à la mode désormais, campe sur les mêmes questions : éviter par exemple la naissance d’individus malades. Il semblerait que le racisme moderne, décalqué de l’eugénisme, ne trouble plus personne…   Joël Jégouzo
Techno-sciences


René Riesel

Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer
Du progrès dans la domestication

René Riesel, combattant de la première heure contre les OGM essaye de "donner du sens" aux actions quand d'autres cherchent à les mediatiser. Ces textes permettent de cerner la disparition du monde paysan, qui rejoint peu à peu le rang du salariat, mais aussi les limites du mouvement altermondialiste et du citoyenisme.
L'auteur voit dans la lutte contre les OGM un outil qui permet de saisir le sens des transformations actuelles.

Language, novlangue et système totalitaire

LTI, la langue du troisième Reich , de Victor Klemperer.

Pendant plus de 10 ans, de 1933 à la fin de la guerre, Victor Klemperer note dans son journal les transformations que les nazis imposent à la langue allemande : "observe étudie et grave dans ta mémoire ce qui arrive - car demain cela aura un autre aspect, demain déja tu le percevra autrement (...)". Son journal lui servira à garder l'equilibre au cours de ces années terribles, l'étude de la semantique nazi lui permettra de ne pas sombrer dans les nombreuses chausses-trappes idéologiques qui rattrapèrent nombre de ses contemporains.

Victor Klemperer observe la mise en place de la LTI, la «langue du Troisième Reich», sa montée en puissance, et son durcissement désespéré à partir de 1943, lorsque la bataille de Stalingrad fait de l'armée d'un Reich qui devait durer mille ans l'armée la plus misérable. La LTI, écrit Klemperer, est une langue dont la «pauvreté» est la «qualité foncière» (p. 43). Les mots y sont martelés. A la date du 28 juillet 1933, il note : «La répétition constante semble être un effet de style capital dans leur langue» (p. 58). Tout en elle «devait être harangue, sommation, galvanisation» (p. 47).

Klemperer relève dans la LTI les mots dont la fréquence augmente : spontané (p. 82), instinct (p. 306), fanatique et fanatisme (p. 87), aveuglément (p. 201), éternel (p. 152), étranger à l'espèce (p. 132), et bien entendu le mot total, désigné par Klemperer comme le «mot clé du nazisme» (p. 281). Le philologue observe aussi des segments qui se figent, comme la guerre imposée à un Führer soi-disant pacifique (p. 351), ou la haine insondable des juifs, cliché entendu quotidiennement (p. 231). Klemperer relève également les mots dont la productivité lexicologique s'accroît : les préfixes Welt (mondial) et gross (grand) (p. 284), ainsi que Volk, un des maîtres-mots du nazisme, dont Klemperer enregistre les bourgeonnements protéiformes (p. 56 et 309).
Compte rendu d'Alice Krieg



LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

Sur une prériode un peu plus courte (un an) Eric Hazan s'essaye au même travaille sur la langue d'aujourd'hui, et decrypte comment celle-ci, derrière son apparente neutralité, véhicule également une idéologie très particulière.

Emmission de radio de Daniel Mermet.

Quatrième de couverture :
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
par Antoine publié dans : Bibliothèque communauté : Freemen
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Dimanche 18 février 2007

Blog Deconstruire Babylone

copier/coller depuis Pouvoir médical et bioéthique

Le renoncement à la santé

Ivan Illich

Voici vingt ans, j'ai publié un ouvrage intitulé Némésis médicale. Il s'ouvrait sur cette phrase « l'entreprise médicale est devenue un danger majeur pour la santé ». A l'époque, cette formulation était puissamment chargée de sens. La lirais-je chez un auteur d'aujourd'hui que je riposterais : « Et puis après? ». En effet, le danger majeur ne réside plus dans l'entreprise médicale, mais dans la quête de la santé.

Dans la discussion universelle actuelle sur les systèmes de santé, deux mots reviennent très fréquemment: santé et responsabilité. Ces termes entrent dans deux types de discours. D'un côté les soins de santé sont considérés comme une responsabilité incombant à l'état, aux professionnels ou aux gestionnaires; de l'autre, on estime que chacun doit être responsable de sa santé. « Prendre en main la responsabilité de sa santé », tel est actuellement le slogan qui a la préférence, et est en passe d'être annexé par le sens commun. Le fait que je parle au Québec, dans une communauté politique qui s'efforce de distancier ses principes directeurs des modes internationales, m'encourage à critiquer ces positions. Voilà pourquoi je veux argumenter le bien-fondé d'opposer un « NON » catégorique à l'idée de rendre publiquement les citoyens comptables de leur santé. Et aujourd'hui, en 1994, je suis loin d'être le seul à adopter cette attitude.

Mais il y a un risque. Notre « non merci! » devant la perspective d'une nouvelle politique sanitaire peut être interprétée et exploitée de cinq façons différentes pour faire exactement l'inverse de ce à quoi nous visons.

1. En premier lieu, certains comprennent que le « non » à la santé sous la responsabilité personnelle de chacun implique qu'une mise en tutelle du citoyen s'impose. La santé, prétend-on, est trop précieuse pour être laissée à la discrétion des profanes. Je rejette catégoriquement cette arrogante imputation d'incapacité. Depuis trente ans, j'ai défendu publiquement la décriminalisation totale des pratiques d'auto-intoxication, ce qui n'implique nullement que je leur donne une caution morale. Et je persiste à prôner l'abolition de toutes les dispositions légales à l'encontre de la consommation de drogues et des méthodes curatives non classiques ou non homologuées. Dans le sillage de Paul Goodman, je fonde mon insistance sur le respect que nous devons à la dignité des plus faibles.

2. Deuxièmement, mon « non » fondamental n'a aucun rapport avec la rareté présumée des agents curatifs. Aujourd'hui, des populations succombent en masse à la famine et non par manque d'interventions médicales ou chirurgicales. Et plus les gens sont pauvres, plus ils sont susceptibles d'être les victimes impuissantes d'une médecine au rabais. Pendant vingt ans, j'ai défendu l'idée que la consommation médicale, au-delà d'un seuil très bas, devrait être frappée de taxes de luxe comme le sont l'alcool. le tabac et les loteries. En taxant les dialyses, les pontages et les ACT, on obtiendrait les moyens de financer pour tous -- même à Sumatra -- des interventions telle que l'appendicectomie.

3. En élevant mon « non », je ne me pose pas en penseur planétaire s'efforçant de frayer la voie à une dictature écologique. Je n'imagine pas qu'il puisse exister un quelconque système de régulation capable de nous sauver du déluge de poisons, de radiations de biens et de services qui rendent plus malades que jamais les hommes et les animaux. Ce monde ne comporte pas d'issues de secours. Je vis dans une réalité fabriquée, constamment plus éloignée de la création. Je sais aujourd'hui ce que cela signifie et quelles horreurs menacent chacun de nous. Il y a quelques décennies, je l'ignorais. Il me semblait alors possible de prendre ma part de responsabilité dans le monde. « Être bien portant » ou « être bien soigné » se ramène à une combinaison de trois facteurs: prestations techniques, protection de l'environnement et adaptation aux conséquences de la technologie, facteurs qui constituent inévitablement des privilèges.

Dans la vallée mexicaine qui m'est familière, le village continue de dénommer ses fêtes populaires d'après le cycle de plantation et de croissance du maïs bleu mais il y a déjà quinze ans que cette céréale elle-même n'est plus qu'un souvenir. Et l'argent manque pour financer les techniques de culture d'hybrides, par ailleurs destructrices. Et il n'y a aucune protection contre les nuages délétères que répand la grande exploitation agro-alimentaire du lieu. Mais on ouvre de nouveaux centres voués à la pédagogie sanitaire, ce qui permet de jeter quelques rognures à la piétaille enthousiaste des verts. C'est pourquoi mon « non » n'est pas assurément un « oui » à la pédagogie de la santé qui implique la gestion de systèmes toxiques.

4. Si je dis « NON » , ce n'est pas pour défendre une nouvelle éthique de la souffrance SOUS la direction de conseillers des endeuillés et d'accompagnateurs des moribonds qui trouvent dans la maladie et la mort modernes un moyen de se révéler à eux-mêmes. Je ne me range pas non plus dans le camp de ces gnostiques et philosophes qui gèrent le remodelage de ce monde artificiel. Aujourd'hui, j'ai appris ce qu'est l'impuissance. La « responsabilité » est désormais une illusion. Ils nous proposent d'admettre les inéluctables épidémies de l'âge postindustriel comme une sorte de santé sublimée. Je ne réserve nul « oui » au monde de la sujétion totale, à la médiatisation de l'impudence, tellement en vogue chez les philosophes du postmodernisme. Moi, je m'applique à cultiver l'indignation. L'air moderne de souffrir exige d'affronter une angoisse sans précédent. Il ne peut être enseigné mais seulement appris dans une amitié toujours renforcée. Ce qui nous accable aujourd'hui est entièrement nouveau. Ce qui détermine notre époque depuis Rachel Carson c'est l'acceptation réaliste croissante d'une perniciosité sans fin qui est aujourd'hui le thème de pompeux débats sur les orientations et les besoins en matière d'atome, de gènes et d'interventions neurologiques. Voilà les maux qui nous laissent sans voix. Contrairement à la mort, à la pestilence et aux démons, ces maux-là n'ont aucun sens. Bien que dus à l'homme, ils révèlent d'un ordre non humain. Ils nous réduisent à l'impuissance, à l'incapacité, à l'aboulie. Ces maux, nous pouvons les subir, en pâtir, mais non leur donner un sens, les interpréter. Seul celui qui trouve sa joie dans ses amis est capable de leur résister. Aussi y a-t-il un univers entre notre « non » et toutes les acceptations dociles des retombées secondaires du progrès.

5. Enfin, il serait stupide ou malveillant de taxer d'indifférence cynique le « NON » à la pénalisation des comportements antihygiéniques. Au contraire! Dans mes réflexions, la première place est occupée par la multitude par des gens innombrables dont quatre décennies de développement ont détruit l'espace architectural, technique et culturel d'où les arts traditionnels de souffrir et de mourir tiraient leur sève. Aujourd'hui, la vaste majorité des hommes est pauvre, et les sous-développés deviennent encore plus pauvres. Lorsque nous disons « non » à l'implantation de systèmes qui promeuvent la quête de la « santé », chez nous ou à l'extérieur, nous parlons avant tout de quelque chose qui m'apparaît impensable: quatre milliards d'hommes plongés dans la misère neuve du développement. Nous ne pourrons tenter d'être à côté d'eux que si nous disons d'abord « Non merci ». Les motifs de mon « non » éthique ne me mettent donc pas au service de ces cinq réalités actuelles que sont: le paternalisme professionnel, l'idéologie de la rareté, l'esprit de système, la psychologie de la libération et ce « sens commun » désormais à la mode qui affirme que l'auto-assistance, l'autonomie, ou même la responsabilité de soi-même sont, pour les pauvres, les seules chances de survivre en supportant les conséquences de l'enrichissement du reste du monde. Je formule mon « non » éthique à la poursuite de ma santé sous ma propre responsabilité parce que moi je veux chercher mon équilibre dans l'apprentissage de l'art de souffrir et de l'autolimitation dans la recherche du soulagement. La poursuite de la santé normative (conforme aux normes) ne pourrait qu'entraîner l'intériorisation des systèmes mondiaux dans le moi, à la manière d'un impératif catégorique. Le renoncement à la « santé » que j'oppose à cette autolimitation réaliste me semble être le point de départ d'une conduite éthiquement esthétiquement et eudémoniquement adaptée à notre temps. Mais, pour suivre cette argumentation, il nous faut d'abord remonter à la sociogenèse historique de ce à quoi nous voulons renoncer.

La conception moderne de la santé

La conception de la santé dans la modernité européenne représente une rupture par rapport à la tradition d'Hippocrate et de Galien familière à l'historien. Pour les philosophes grecs, la « santé » se concevait comme une combinaison harmonieuse, un ordre équilibré, un jeu réciproque des éléments fondamentaux. Etait en bonne santé celui qui s'intégrait dans l'harmonie de la totalité de son monde selon le temps et le lieu où il voyait le jour. Pour Platon, la santé était une vertu somatique. Mais depuis le XVIIe siècle, la volonté de maîtriser la nature a remplacé l'idéal de « la santé » par la conception d'une condition humaine dont on peut régir les paramètres. Dans la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis est affirmé le droit à la recherche du bonheur. Le droit à la santé se matérialisa de façon parallèle en France. Dès lors, on s'estimait aussi fond à dire « ma santé » qu'à dire « mon corps ». A l'instar de l'idée voulant que l'Etat garantisse la recherche du bonheur, la quête moderne de la santé est le fruit d'un individualisme possessif.

Il ne pouvait y avoir moyen plus brutal, et en même temps plus convaincant, de légitimer une société fondée sur l'avidité personnelle. De façon parallèle, la notion de responsabilité de l'individu fut admise dans les sociétés gouvernées démocratiquement. La responsabilité revêtit alors la forme d'un pouvoir éthique sur des régions toujours plus lointaines de la société et sur des formes toujours plus spécialisées de prestations par des services « générateurs-de-bonheur ».

De nos jours, la santé et la responsabilité sont des concepts normatifs qui n'indiquent plus aucune voie à suivre. Si j'essaie de structurer ma vie en fonction de tels idéaux irrécouvrables, ils deviennent pernicieux -- je me rends malade. Pour vivre convenablement aujourd'hui, il me faut renoncer de façon décisive à la santé et à la responsabilité. Je dis renoncer et non point ignorer, et je n'emploie pas ce terme pour connoter l'indifférence. Je dois accepter l'impuissance, déplorer ce qui a disparu, renoncer à l'irrécouvrable. Je dois assumer l'impuissance qui peut même me priver de mon conscient, de mes sens.

Je crois profondément à la possibilité de renoncement. Et ce n'est pas par calcul. Le renoncement signifie et exige plus que le [fait de] pleurer l'irrécouvrable. Il peut vous libérer de l'impuissance. Il n'a aucun rapport avec la résignation , l'incapacité ou même le refoulement. Mais, de nos jours, le renoncement n'est pas un concept familier. Nous n'avons plus de mot pour désigner le renoncement courageux discipliné, lucide sur soi-même qui s'accomplit en commun -- or c'est ce que j'évoque ici. Je l'appellerai l'ascèse. J'aurais préféré un autre terme, car l'ascèse nous fait songer à Flaubert et à son saint Antoine au désert, qui repousse la tentation du vin, de la chair et des parfums. En effet, le renoncement dont je parle n'a pas grand-chose à voir avec cette attitude.

Une époque abstraite

Nous vivons dans une époque abstraite et désincarnée. Les certitudes sur lesquelles elle repose sont largement dépourvues de sens. Mais leur acceptation mondiale leur confère une apparence d'indépendance par rapport à la culture et à l'histoire. Ce que j'appellerai l'ascèse épistémologique ouvre la voie à l'abandon de ces certitudes axiomatiques sur lesquelles se fonde en notre temps la vision du monde. J'évoque ici une discipline conviviale et pratiquée de façon critique. Les prétendues valeurs de la santé et de la responsabilité font partie des certitudes que je viens d'évoquer. Quand on les examine en profondeur, on constate que ce sont des phénomènes puissamment morbides et des facteurs de désorientation. Voilà pourquoi je considère l'incitation à assumer la responsabilité de ma santé dénuée de sens, fallacieuse, indécente et, d'une façon très particulière, blasphématoire.

Ce qu'on appelle la « santé » est aujourd'hui une source de confusion pour bien des gens. Les experts dissertent savamment sur les « systèmes de santé ». Certaines personnes croient qu'à défaut d'un accès à des traitements élaborés et coûteux, les maladies séviraient. Chacun s'inquiète de l'augmentation des « dépenses de santé ». On s'entend même parler d'une « crise des soins de santé ». Je souhaite donner mon sentiment sur ces questions.

Tout d'abord, je crois nécessaire de réaffirmer la vérité de la condition humaine: j'ai mal. Je souffre de certains troubles. Il est certain que je mourrai. Certains éprouvent plus intensément la douleur, d'autres sont atteints de troubles plus débilitants, mais nous affrontons tous pareillement la mort.

En regardant autour de moi, je constate que nous avons une grande capacité de nous porter mutuellement assistance, particulièrement lors des naissances, des accidents et des trépas -- et ainsi en va-t-il ailleurs dans le temps et l'espace. A moins d'être désaxées par des nouveautés historiques, nos maisonnées, en étroite coopération avec la communauté environnante, ont été admirablement accueillantes, c'est-à-dire, de manière générale, aptes à répondre positivement aux véritables besoins humains: vivre, célébrer et mourir.

En opposition avec ce vécu, certains d'entre nous en sont venus à croire aujourd'hui que nous avons un besoin désespéré de fournitures marchandes standardisées, entrant toutes sous le label de la « santé », conçues et fournies par un système de services professionnels. Certains s'efforcent de nous convaincre que le nouveau-né arrive en ce monde non seulement sans forces ni capacités, nécessitant donc les tendres soins de la maisonnée -- mais aussi malade, exigeant un traitement spécifique administré par des experts autocertifiés. D'autres croient qu'il faut constamment aux adultes des médicaments et des interventions pour qu'ils atteignent la vieillesse, tandis que les mourants ont besoin de soins médicaux dits palliatifs.

L'asservissement au mythe technique

Nombreux sont ceux qui ont oublié -- ou ne sont plus capables d'en jouir -- ces façons de vivre régies par le bon sens, qui contribuent au bien-être des personnes et à leur capacité de guérir d'une maladie. Beaucoup se sont laissés asservir à un mythe technique qui s'autoglorifie, et dont cependant ils se plaignent parce que, de manière impersonnelle, il appauvrit le plus grand nombre et enrichit une minorité.

Je constate, pour le déplorer, que beaucoup d'entre nous entretiennent l'étrange illusion que tout un chacun a « droit » à quelque chose qui s'appelle les « soins de santé ». Ainsi se trouve-t-on légitimé à recevoir le plus récent assortiment de thérapies techniques, fondé sur le diagnostic d'un professionnel quelconque, afin de survivre plus longtemps dans un état qui est souvent affreux, douloureux ou simplement fastidieux.

J'estime le temps venu d'énoncer clairement que ces conditions et ces situations spécifiques sont des facteurs de morbidité, bien plus que ne le sont les maladies elles-mêmes. Les symptômes que la médecine moderne s'efforce de traiter n'ont guère de rapport avec l'état de notre corps; ils sont, bien davantage, les signes des préjugés et des désordres propres aux façons modernes de travailler, de se distraire, de vivre.

Pourtant, beaucoup d'entre nous sont fascinés par l'éclat des « solutions » high-tech. Nous croyons pathétiquement aux remèdes miracles, nous croyons faussement que toute douleur est un mal qu'il faut supprimer, nous voulons retarder la mort à n'importe quel prix.

J'en appelle à l'expérience personnelle de chacun, à la sensibilité des gens ordinaires, par opposition au diagnostic et aux décisions des professionnels. J'en appelle à la mémoire populaire, par opposition aux illusions du progrès. Prenons en considération les conditions de vie dans notre cercle familial et dans notre communauté, et non pas la qualité des prestations de « soins de santé »; la santé n'est pas une marchandise qu'on distribue, et les soins ne peuvent être prodigués par un système.

Oui, nous avons mal, nous tombons malade, nous mourons, mais également nous espérons, nous rions, nous célébrons; nous connaissons les joies de prendre soin les uns des autres; souvent nous sommes rétablis et guéris par divers moyens. Nous n'avons pas à suivre un chemin uniformisé et banalisé de notre vécu.

J'invite chacun à détourner son regard, ses pensées, de la poursuite de la santé, et à cultiver l'art de vivre. Et, tout aussi importants aujourd'hui, l'art de souffrir, l'art de mourir.

Les droits et libertés des malades

Je revendique certaines libertés pour ceux qui préfèrent célébrer l'existence plus que de préserver la « vie »:

  • la liberté de juger moi-même si je suis malade;
  • la liberté de refuser à tout moment un traitement médical;
  • la liberté de choisir moi-même un remède ou un traitement;
  • la liberté d'être soigné par une personne de mon choix, c'est-à-dire par quiconque dans la communauté s'estime apte à guérir, qu'il s'agisse d'un acupuncteur, d'un homéopathe, d'un neurochirurgien, d'un astrologue, d'un sorcier, ou de toute autre personne;
  • la liberté de mourir sans diagnostic.

Il ne m'apparaît pas qu'il soit nécessaire aux Etats d'avoir une politique nationale de « santé », cette chose qu'ils accordent à leurs citoyens. Ce dont ces derniers ont besoin, c'est de la courageuse faculté de regarder en face certaines vérités:

  • nous n'éliminerons jamais la douleur;
  • nous ne guérirons jamais toutes les affections;
  • nous mourrons certainement.

Voilà pourquoi, en tant que créatures pensantes, nous devons bien voir que la quête de la santé peut être source de morbidité. Il n'y a pas de solutions scientifiques ou techniques. Il y a l'obligation quotidienne d'accepter la contingence et la fragilité de la condition humaine. Il convient de fixer des limites raisonnées aux soins de santé classiques. L'urgence s'impose de définir les devoirs qui nous incombent en tant qu'individus, ceux qui reviennent à notre communauté, et ceux que nous laissons à l'État.

Ivan Illich
L'Agora, Juillet/Août 1994

par Antoine publié dans : Bibliothèque
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Dimanche 11 février 2007
Article paru dans le journal hébdomadaire Réforme le Samedi 23 juin 1945.

Il est écrit par l'écrivain Jacques Ellul, sociologue écrivain des institutions, de la technique, théologien protestant.

A l'heure même où l'Allemagne et la nazisme sont effondrés, à l'heure où la victoire des armées alliées est enfin acquise, une question nous reste posée par les deux derniers ordres du jour d'Hitler, un mois à peine avant son écrasement, où il affirmait sa certitude de la victoire. Tout le monde à ce moment en a ri, tant il était évident que plus rien ne pouvait sauver l'Allemagne et l'on a pensé : coup de fouet à son peuple, folie. Tout le monde l'a oublié aujourd'hui car c'est une affaire liquidée. Et pourtant ne devrions nous pas nous mefier de cette attitude en face des affirmations de cet homme ? Lorsque depuis 1938 il menaçait, on disait "chantage". Lorsque, en janvier 1940, il a dit qu'en juillet il serait à Paris, on disait "rodomontade". Lorsque, en 1938, il avait parlé d'envahir la Roumanie et l'Ukraine, qui donc l'avait pris au serieux ? Et pourtant si l'on avait réellement pris au serieux Mein Kampf, si l'on avait bien voulu y voir un programme d'action et non comme nous en avions trop l'habitude avec nos hommes politiques un programme electoral que l'on applique jamais, l'on aurait peut-être pris quelques précautions. Car tout ce qu'Hitler a fait était anoncé par Mein Kampf : les buts, les methodes eet les résultats. Il n'a pu aller jusqu'au bout
, mais la volonté ne lui en a pas manqué. Tout ce qu'il aviat dit, il l'a fait. Pouvons nous alors prendre à la légère ces ordres du jouroù, alors qu'il savait très bien ques ses armées étaient vaincues, il affirmait encore sa victoire ?

Remarquons d'abord qu'il ne s'agit pas, dans ces ordres du jour, d'une façon évidente, de victoire de l'Allemagne actuelle, ni d'une victoire militaire. Il s'agit d'une victoire du nazisme et d'une victoire de l'Allemagne éternelle, c'est à dire, si nous comprenons bien, d'une victoire politique. Et ce ne serait  pas la première fois que le vaincu par les armes arrive à vaincre politiquement son vainqueur. Ainsi les armées de la Révolution et de l'Empire fûrent en définitive vaincues, mais elles avaient porté dans toute l'Europe l'idée de République et le sentiment de la liberté dont personne ne pût arreter la marche triompahle au XIXe siècle.

Or que voyons nous aujourd'hui ?

D'abord Hitler a proclamé la guerre totale ; d'autre part, massacre total. Et l'on sait les lois de sa guerre ... Tout le monde a dû s'aligner sur lui - et faire la guerre totale, c'est à dire la guerre d'extermination des populations civiles (nous y avons fort bien reussi ! ) et l'utilisation illimitée de toutes les forces et ressources des nations aux fins de la guerre. On ne pouvait faire autrement pour vaincre. Evidemment. Mais est-ce si certain que cela que l'on puisse vaincre le mal par le mal ? Ce qui est en tout cas incontestable, c'est qu'en nous conduisant à la nécéssité des massacres des populations civiles, Hitler nous a prodigieusement engagé dans la voie du mal. Il n'est pas certain que l'on puisse en sortir si vite. Et, dans les projets de réorganisation du monde actuel, à voir la façon dont on dispose des minorités, dont on prévoit les transferts de populations, etc., on peut se demander si l'influence en ce qui conerne le mépris de la vie humaine (malgré de belles déclarations sur la vie humaine ! ) n'a pas été plus profonde qu'on ne le croirait.

D'autre part, la mobilisation totale a eu des conséquences parallèles. Non seulement le fait que les forces mobilisées accomplissent une tâche pour laquelle elle ne sont pas faîtes, mais surtout, le fait que l'Etat est couronné de la toute puissance absolue.

Bien sûr !  on ne pouvait pas faire autrement. Mais il est assez remarquable de constater que là encore nous avons dû suivre les traces d'Hitler. Pour réaliser la mobilisation totale de la nation, tout l'Etat doit avoir en mains tous les ressorts financiers économiques, vitaux, et placer à la tête de tout des techniciens qui deviennent les premiers dans la nation. Suppression de la liberté, suppression de l'égalité, suppression de la disposition des biens, suppression de la culture pour elle même, suppression des choses, et bientôt suppression des gens inutiles à la défense nationale. L'Etat prend tout, l'Etat utilise tout par le moyen des techniciens. Qu'est ce donc sinon la dictature ?C'est pourtant ce que l'Angleterre aussi bien que les Etats-Unis ont mis sur pied ... et ne parlons pas de la Russie. Absolutisme de l'Etat. Primauté des techniciens. Sans doute nous ignorons le mythe anti-juif, mais ignorons nous le mythe anti-nazi ou anti-communiste ? Sans doute ignorons nous le mythe de la race, mais ignorons nous le mythe de la liberté ? Car on peut parler de mythe lorsque dans tout les discours il n'est question que de liberté alors qu'elle est pratiquement supprimée partout.

Mais dira-t-on, ce n'est que pour un temps, il le fallait pour la guerre, dans la paix on reviendra à la liberté. sans doute pendant quelques temps après la guerre, il est possible que dans certains pays favorisés on retrouve une certaine liberté, mais soyons rassuré que ce sera de courte durée. Après 1918, on a aussi prétendu que les mesures de guerre allaient disparaître ... Nous avons ce qu'il en a été ... D'ailleurs, deux choses sont à retenir ; d'abord les quelques plans économiques dont nous pouvons avoir connaissance ( le plan Beveridge, le Plan du Full Employment, le plan financier américain) démontrent abondamment que l'Emprise de l'Etat sur la vie économique est un fait acquis et qu'on s'oriente vers une dictature économique sur le monde entier. Ensuite une loi historique : l'expérience de l'histoire nous montre que tout ce que l'Etat conquiert comme pouvoir, il ne le perd jamais. La plus belle expérience est peut-être celle de notre Révolution française au om de laquelle on est parti en 89 au nom de la liberté conte l'absolutisme, pour arriver en 91, toujours au nom de liberté, à l'absolutisme jacobin. Ainsi, nous pouvons nous attendre demain à l'établissemnt de dictatures camouflées dans tous les pays du monde, necessité dans laquelle Hitler nous aura conduits. Sans doute, on peut réagir, on peut lutter, mais qui songe à le faire sur ce plan ?

Et c'est là la seconde victoire d'Hitler,. On parle beaucoup de démocratie et de liberté. Mais personne ne veut plus les vivre. On a pris l'habitude que l'Etat fasse tout, et sitôt que quelque chose va mal, on en rend l'Etat responsable. Qu'est ce à dire sinon que l'on emande à l'Etat de prendre la vie de la ntion toute entière à charge ? La liberté vraie, qui s'en soucie ? La limitation des droits de l'Etat apparaît comme une folie. Les ouvriers sont les premiers à réclamer une dictature. Le tout est de savoir qui fera cette dictature. Et le mouvement en faveur en faveur de la liberté économique et politique n'est guère soutenu qu'en Amérique, et là que par les "capitalistes" qui désirent se libérer de latutelle de l'Etat.

L'ensemble du peuple, en France comme aux Etats-Unis, est au contraire tout prêt à accepter le gouvernement dictatorial et l'économie d'Etat. La fonctionarisation générale est presqu'un fait accompli ou qui s'accomplit chaque jour et le desinteressement de la population à l'égard des querelles politiques, qui est indénaible, est un signe grave de cette mentalité qui, à n'en pas douter, "pré-fasciste".

Sans doute on peut essayer de réagir. Mais au nom de quoi ? La liberté a fait vibrer toute la France tant qu'elle a été la libération du Boche. Maintenant elle perd tout son sens. Liberté à l'égard de l'Etat ? Personne ne s'en préocuppe. Et ce grand ressort brisé, il nous reste la possibilité de faire appel à des "valeures spirituelles" pour faire marcher le peuple. Eh oui ... comme Hitler ... comme Hitler qui a trouvé la formule étonnant de mettre le spirituel au service du materiel, d'avoir des moyens spirituels pour réaliser les fins materielles.

Une doctrine de l'homme, du monde, une religion pour arriver à la puissance économique et militaire. Peu à peu, nous aussi nous allons sur ce chemin. Nous demandons une mystique, quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle serve à la puissance, une mystique qui obtiendra l'adh