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Lundi 1 janvier 2007 1 01 01 2007 09:06

Aux étudiants, chômeurs, salariés plus ou moins précaires, de France et de Navarre, à tous ceux qui sont ces jours-ci en lutte contre le Contrat Première Embauche, et peut-être contre bien plus que ça...


Puisque nous parvenons de plus en plus précisément à envisager le moment où la Terre sera entièrement consumée par notre mode de vie, Puisque les scientifiques en sont réduit à nous promettre la colonisation d’autres planètes à consommer,

Nous, salariés et étudiants, stabilisés ou occasionnels, de la région parisienne et d’ailleurs, occupants du Centre d’Étude des Modes d’Industrialisation au 4è étage de l’EHESS en ce premier jour du printemps, voulons réfléchir à ce que pourrait être une vie pérenne et souhaitable dans un autre monde fini.

Il nous semble impossible de poser la question de la précarité des emplois et des revenus monétaires sans poser aussi celle de la précarité de la survie humaine globale. En ces temps de désastre écologique très avancé, nous pensons qu’aucune position politique et aucune revendication qui n’intègre pas le caractère d’impasse du développement économique, de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur.

Nous sommes donc à la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tous les gestionnaires « crédibles » du capitalisme et des mouvements sociaux (quand UNEF rime avec MEDEF...).

Nous voulons briser le culte dont sont l’objet les créateurs d’emplois et de richesse, réhabilités avec le concours de la gauche dans les années 1980. Aucun discours sur l’exploitation et la précarité n’a de sens et d’efficacité s’il s’interdit de malmener comme ils le méritent ces « bienfaiteurs de la collectivité ».

Nous voulons aussi lever le tabou de ce mouvement anti-CPE : la perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d’ordre et des revendications, n’est ni réaliste ni désirable.

Le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d’années. Il n’a certes jamais été autre chose qu’une marchandise pour le capital, mais ce qui a changé au stade actuel du « progrès » technologique c’est que l’accumulation d’argent exige moins d’humains à exploiter qu’avant. Il faut se mettre dans la tête que le capitalisme ne peut plus créer assez d’emplois pour tous. Et reconnaître qu’en plus, ceux qu’il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux.

Dans ce système, la production matérielle est délocalisée vers les pays « en voie de développement », où se concentre ainsi le désastre écologique (même si nous ne sommes pas en reste...). Et chez nous, dans notre économie de services prétendument immatérielle, fleurissent les emplois de serviteurs : esclaves des cadences robotiques, domestiques des « services à la personne » (voir les récents plans Borloo), petits soldats du management.

Ce mouvement ne sera fort et porteur d’avenir que s’il fait entendre une critique lucide du travail moderne. Et s’il permet d’établir définitivement qu’il n’y aura pas de sortie de crise. Loin de nous laisser abattre, nous voulons faire de ce constat une chance. Nous pensons qu’un mouvement social conséquent doit se donner pour but d’aider l’économie à s’effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d’en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc patiemment y constituer des milieux de vie où l’on puisse produire ses moyens de subsistance sans le concours de la machinerie industrielle, et où émergent de nouveaux rapports humains, dégagés d’elle. Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l’appareil de production existant, inutiles ou nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un rejet résolu de l’Etat et de ses représentants, qui seront presque toujours des obstacles à nos projets d’autonomie.

Cessons de réclamer un emploi stable pour chacun ! (même s’il arrive à tout le monde de chercher du boulot ou de l’argent)

Que la crise s’aggrave !

Que la vie l’emporte !

Les Occupants du centre d'étude des modes d'industrialisation
(à l'école des hautes études en sciences sociales,bd Raspail à Paris)
constitués en comité pour la désindustrialisation du monde,
entre l'aube du 21 mars 2006 et le milieu de la nuit.
Par Antoine
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Lundi 1 janvier 2007 1 01 01 2007 09:14

Si tout se passe comme l’espèrent les promoteurs de la société de l’information, dans deux, trois, quatre ans, la biométrie sera très largement répandue autour de nous. Depuis quelques mois, les installations de bornes biométriques se multiplient, en premier lieu dans les établissements scolaires, mais aussi à l’entrée d’immeubles, d’entreprises, de boîtes de nuit : ce n’est plus une carte qu’on doit présenter pour franchir portes et tourniquets, mais le contour de sa propre main ou ses empreintes digitales. Le projet INES[1], qui vise à doter les citoyens d’une carte d’identité à puce munie de données biométriques (comme l’iris de l’oeil), a été ajourné et promis à des modifications, suite à une pseudo-consultation sur Internet au printemps 2005. Mais, initié par la gauche en 2001 et porté depuis par Sarkozy, il reste à l’horizon de la « sécurisation » de notre pays. D’ailleurs dans certains départements de la République, on peut déjà obtenir un passeport biométrique.
Force est de constater que jusqu’ici, la diffusion de cette nouvelle technologie n’a rencontré ni difficulté pratique majeure, ni opposition organisée d’ampleur. Les premières bornes ont trouvé des acheteurs empressés (proviseurs, syndics…), encouragés par les pouvoirs publics et leurs subventions. Ne nous voilons pas la face : il existe une demande sociale en faveur de ce type de contrôle, réputé infaillible ; comme pour les digicodes ou les caméras de surveillance, cette demande n’émane malheureusement pas que « des flics et des patrons ».
En même temps, une partie sans doute importante de la population frémit devant la perspective d’un grand fichier informatique central des citoyens aux mains de l’État et à disposition des entreprises. Le principe de la biométrie est l’enregistrement de données corporelles dans des ordinateurs, ce qui en soi fait froid dans le dos. Et le projet INES va clairement dans le sens d’un recoupement des différentes bases de données (physiques et administratives) disponibles sur les individus. Comme en Estonie, où « sept adultes sur dix ont déjà opté pour une carte d’identité à puce. Celle-ci leur sert bien sûr de document d’état civil, mais elle leur permet aussi d’acquitter sans formalité impôts, frais de transports et même de décrocher un prêt bancaire sur Internet. »[2]
La surveillance des déplacements et fréquentations de chacun en devient automatique. La biométrie substitue techniquement la loi du soupçon au principe de la bonne foi présumée. Elle nous fait basculer dans un monde où il est criminel de ne pas être fiché.
Mais une fois constaté que les principes les plus élémentaires du libéralisme politique du xviiie siècle sont liquidés, qu’avons-nous à opposer à ce énième coup de force ? La biométrie est-elle plus qu’une synthèse des multiples atteintes portées depuis des années à notre liberté, par la quincaillerie technologique qui fait l’orgueil des sociétés « développées » ?
Nous sommes partout rivés à nos portables, ce qui permet à la police de toujours nous localiser. On peut aussi retracer la journée du citadin moderne grâce à sa carte bleue, son pass Navigo, la consultation de son courrier électronique. La dure réalité est que nous avons déjà accepté dans ses grandes lignes une société de contrôle. Du coup, l’arrivée de la biométrie constitue moins une rupture qu’un révélateur : révélateur des empiètements déjà opérés par l’État et le marché sur les existences individuelles, avec notre consentement voire notre contentement ; révélateur d’un projet politique, qui est de faire de l’humain un produit industriel comme un autre. Comme n’importe quelle marchandise dont il faut assurer la traçabilité, il sera géré par ordinateur grâce à des puces, des capteurs et des bases de données en réseaux.
Aboutissement logique d’une trajectoire technique qui a vu l’informatique prendre une place gigantesque dans l’infrastructure capitaliste de production et d’échange, et dans nos vies. Sommes-nous disposés à interrompre cette trajectoire, à refuser la numérisation de la société, à rejeter au nom de la liberté une innovation cruciale pour la poursuite de la modernisation économique ? Et si oui, comment faire ?

Il n’existe à ce jour, à notre connaissance, qu’un acte de résistance publique à l’avancée de la biométrie : l’intrusion d’une vingtaine de manifestants dans la cantine du lycée de la Vallée de Chevreuse, le 17 novembre 2005, au cours de laquelle deux bornes biométriques installées par le proviseur pour contrôler l’entrée des élèves le midi ont été mises hors d’usage. Trois manifestants ont été retenus de force par le personnel, remis à la gendarmerie et accusés des destructions. Ils ont été condamnés en première instance à 3 mois de sursis, 1500 euros d’amende pour l’intrusion et 9000 euros pour le bris de machine.
Ces personnes, qui ont fait appel du verdict, ne doivent pas rester isolées. L’opposition à la biométrie et au projet INES doit désormais dépasser la préoccupation de quelques cercles d’amis, personnalités et associations. Nous appelons en conséquence à un large soutien des trois inculpés de Gif, y compris sous la forme la plus triviale, à savoir donner de l’argent pour les aider à faire face à leurs frais d’avocat[3]. Que toutes les personnes qui expriment ainsi leur solidarité s’approprient cette question.


Des ami-e-s des inculpé-e-s

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[1] Identification Nationale Electronique Sécurisée

[2] « Des pays moins avancés et pourtant si innovants », Catherine Bernard, in Enjeux Les Echos, décembre 2005, p. 76.

[3] Les chèques sont à adresser à l’ordre de la Compagnie du Cheval Noir, au 45 rue Eugène Lumeau, 93400 St Ouen. Par ailleurs, un concert de soutien (Le blues du citoyen) aura lieu à Paris, le mardi 23 mai : 20h, Studio de l’Ermitage, 8 rue de l’Ermitage, XXè ; entrée au prix plancher de 5 euros.
Par Antoine
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Lundi 1 janvier 2007 1 01 01 2007 09:19

Le futur triomphe, mais nous n’avons plus d’avenir.

Plate-forme critique de la recherche scientifique .


Le modèle de la science conserve aujourd’hui une grande force, image d’universalité et de puissance dans un contexte de dérèglement climatique et de délabrement social globalisé. Au milieu de tous ces progrès dans l’absurdité de la vie, de la brutalité croissante des sociétés, la Recherche est bien le seul domaine qui donne l’image rassurante d’une continuité avec les époques antérieures. Un domaine qui semble à peu près à l’abri de la mesquinerie des rapports marchands. Un domaine où, quand tout s’écroule par ailleurs, ça continue d’avancer. Illusion funeste.

Certes, un corpus de connaissances rigoureusement établi sera toujours indispensable, tout comme l’élaboration de techniques au service des communautés humaines. Mais tout cela est très marginal au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui la Recherche, et sert le plus souvent à justifier le reste. La bonne conscience naïve rejoint le pire cynisme dans ses effets, laissant le champ libre à toutes les aberrations imaginables. On ne se sauve pas en servant de soutien idéologique aux pires atrocités.

En cette période troublée où, tant dans la bouche des chercheurs que dans l’imagerie collective, la technoscience s’affiche comme seule apte à définir notre avenir commun, nous, jeunes étudiant(e)s, chercheurs(euses), chômeurs(euses), ancien(ne)s croyant(e)s en la capacité de l’Université à nous sauver de tâches idiotes ou irresponsables, avons décidé de nous organiser en vue d’un bouleversement radical que nous avons choisi de ne pas attendre.

Nous dénonçons la collaboration active des chercheurs avec les pouvoirs militaires et industriels qui les financent, définissent leurs objectifs et utilisent les connaissances et les techniques issues des laboratoires. Cette collaboration remonte aux origines de la science moderne : les progrès des sciences ont toujours entretenu d’étroites relations avec ceux des techniques de guerre. Mais elle a connu un saut quantitatif et qualitatif décisif avec la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, la plupart des recherches scientifiques servent avant toute chose à accroître la puissance militaire et économique, et non à faire avancer les connaissances. La volonté de savoir est l’alibi qui sert à faire accepter la course à l’armement et la compétition économique internationale.

À l’heure où ce goût pour la puissance vient clore tout questionnement sur le monde, nous tenons à dénoncer les mythes qui viennent légitimer ou occulter cette collaboration :

• Le mythe du Progrès est de moins en moins crédible à mesure que se multiplient, surtout pour les plus pauvres, les conséquences catastrophiques du développement économique. Les recherches les plus nauséabondes et intéressées ont toujours prétexté qu’elles allaient guérir et nourrir le plus grand nombre, améliorer les conditions de vie. Mais à la place de ces avancées, on constate que la modernisation a causé un tel désastre écologique que les choses les plus élémentaires sont maintenant devenues du luxe : eau et air purs, alimentation saine, végétation. De plus, l’idée d’un progrès continu des conditions d’existence grâce au perfectionnement technique dissimule la soumission des individus à des phénomènes qui s’imposent à eux, les rendant quotidiennement dépendants des nouvelles technologies et des satisfactions compensatoires qu’elles pourvoient.

Dans le cas de la science, la vision progressiste de l’histoire se berce encore de l’idée que toute avancée des connaissances est intrinsèquement bonne, même quand dans l’immédiat elle est associée au pire. Il est pourtant urgent de comprendre que les dégâts induits par la frénésie scientifique sont souvent irréversibles. Principale responsable de leur multiplication, la technoscience ne pourra rien (ou si peu) face aux radiations, aux cyclones ou aux cancers, qui sont et resteront des catastrophes. Prétendre les résoudre par des solutions techniques revient à s’enfermer dans une fuite en avant absurde. Quant à l’idée d’une éventuelle réappropriation de cet ensemble technologique, elle est aussi aberrante que celle de vouloir faire d’une aire d’autoroute un lieu de convivialité.

• Le mythe de la « Recherche publique » dessine l’image d’une recherche qui obéirait à des critères fondamentalement différents de ceux de la recherche privée. Or les deux sont depuis longtemps inextricables, tant au niveau de l’organisation et du financement des programmes que du type de questionnement en vigueur. Dans l’en-semble, elles participent du même projet d’artificialisation de la vie et de mécanisation des relations humaines. Nous voyons ceci explicitement confirmé, depuis quelques années, dans la recherche publique, où se trouvent mises en avant les valeurs et les pratiques des secteurs les plus « dynamiques » de l’économie marchande (start-up, PME de pointe, etc.).

• Le mythe de la « science pure » est né précisément au moment où l’imbrication de l’industrie et de la science était définitivement scellée. Depuis ses débuts, la science moderne consiste essentiellement à produire des faits à partir de machines : c’est une technoscience. Le mouvement même des techniques et des savoirs rend aujourd’hui insensée la croyance en une science qui serait pure connaissance, à côté d’une science dite « appliquée ». Dans les sciences dures, les faits sont informulables en dehors de tout l’appareillage technologique qui les sous-tend, préside aux expérimentations et structure le rapport à la réalité des chercheurs. Dans les sciences prétendument humaines, les rares chercheurs refusant de gérer et d’instrumentaliser les populations ne pèsent rien face aux techniciens du social et finissent le plus souvent par travailler pour eux.

Il faut donc rompre avec le projet des sciences modernes, tel qu’il s’est cristallisé au XVIIe siècle (et qui est encore aujourd’hui une référence indépassable, malgré les précautions parfois prises). Il consistait à établir une connaissance totale et objective des phénomènes grâce aux mathématiques et à en acquérir la maîtrise technique immédiatement associée, pour le plus grand bonheur de l’humanité. Les progrès de la science ont d’eux-mêmes confirmé l’inanité de cette religion de substitution : la science, aussi avancée soit-elle, n’atteindra jamais l’objectivité absolue et ne fournira pas de réponse aux interrogations fondamentales de l’être humain. Quant au versant pratique, le XXe siècle a consacré l’échec du point de vue de l’ingénieur : loin de servir le bonheur et la liberté, le formidable accroissement de puissance permis par la Recherche a surtout contribué à dissoudre les sociétés humaines à coup d’assujettissements et de dépendances, et à mettre en péril les conditions minimales de notre survie. Débarrassée de tous les freins sociaux et politiques, la gestion quantitative du monde se révèle catastrophique. Elle ne continue à donner l’illusion de sa maîtrise qu’en étendant toujours plus loin son champ d’expérimentation, ses initiatives réductionnistes et ses équations hors de propos. Dans leurs désirs d’omnipotence et de manipulation, les gestionnaires continuent de faire « comme si » cette maîtrise était réelle, persistant, par des pratiques frauduleuses et des expérimentations dangereuses, à faire entrer de force dans leurs modèles mécanistes tout ce qu’ils ont renoncé à comprendre. Jusqu’à en arriver à produire une vie en bulle, dans laquelle personne ne dispose plus des points de repère permettant de réfléchir et de juger.

À rebours de tous les projets politiques, de gauche ou de droite, qui souscrivent encore à ce projet de maîtrise totale du vivant et ne proposent que de s’y engouffrer un peu plus, nous pensons que le point de départ de toute réflexion politique devrait résider dans ce double constat :

• L’effondrement de plus en plus rapide des conditions biologiques de notre survie (et corrélativement, la mainmise de la technoscience sur la survie et la reproduction de tous).

• L’impuissance grandissante des êtres humains sur le cours de leur existence, vidant de leur substance les concepts de raison et de liberté.

Partir de ce double constat, c’est saisir les difficultés dans lesquelles nous nous trouvons pour lutter. D’une part, la précarité des conditions de vie, toile de fond de tous discours et projets politiques, sert de plus en plus à justifier la passivité et à détruire les initiatives qui vont dans le sens de l’autonomie. D’autre part, la réduction de tous au statut de rouage dans les structures de production et d’échange nous a largement désappris ne serait-ce que l’usage de la parole pour réfléchir ensemble. Nous croyons pourtant que la raison critique et la sensibilité, aussi atrophiées soient-elles aujourd’hui, nous rendent malgré tout irréductibles à du bétail, des marchandises ou des machines. C’est en nous appuyant, entre autres, sur ces facultés, que nous pourrons maintenir une indépendance critique, et cultiver des réflexions et des savoir-faire qui ne donnent pas prise aux États, aux industries et à leurs marchandises. S’en prendre à la Recherche signifie se placer à côté de tous ceux et toutes celles qui essaient de se réapproprier leur vie.

Tant de choses sont à faire pour mener une telle offensive :

• Prendre conscience qu’il y a déjà des lignes de fracture au sein de la Recherche, que le malaise lié à la vie dans les laboratoires, aux conceptions qui y sont cultivées et au sentiment de participer à l’écrasement des gens est bien réel, et qu’il n’est pas seulement un problème de caractère, de psychologie individuelle.

• Approfondir l’analyse, dans chacun des domaines que nous connaissons, recenser, actualiser et mettre en commun les critiques de la science moderne, pour rompre avec la spécialisation et l’isolement qui ont cours dans les laboratoires.

• Comprendre comment des mouvements de contestation forts dans les années 1970, comme par exemple les luttes contre la recherche militaire ou le nucléaire, se retrouvent aujourd’hui complètement anéantis, noyés sous le déferlement technolgique.

• Diffuser cette critique de la Recherche et du monde industrialisé partout où il est encore possible de faire entendre une voix discordante, et mettre fin, là où l’on peut, à l’insupportable impunité de l’obscurantisme scientiste.

• Dénoncer sans ambiguïté toutes les procédures pseudo-démocratiques (forums hybrides, conférences de citoyens, sondages sur internet...) qui consistent à faire valider par le plus grand nombre des décisions déjà prises, et qui, par-là, intègrent, neutralisent et discréditent la critique.

• Être partout, en somme, où se déploie la dictature ordinaire de la vérité des experts, afin de rappeler les vérités dont ils s’agit, quelles usurpations et quel type de monde ils défendent.

Nous appelons à établir les liens encore possibles entre toutes les personnes qui, issues ou non du milieu scientifique, parfois s’ignorent et entendent résister en acte à l’avancée de la technoscience. La question n’est pas de rapprocher la science du citoyen, mais de casser la logique de l’expertise, de dénoncer le mensonge de la neutralité de la recherche et d’empêcher la science contemporaine de contribuer, au jour le jour, à détruire la politique, la remplaçant par une affaire technique.

Si nous aimons la curiosité et le souci de compréhension, nous pensons qu’ils seraient bien mieux employés à l’encontre de ce qui nous arrive.

Groupe Oblomoff

21 ter, rue Voltaire

75011 Paris

oblomoff(a)no-log.org

Par Antoine
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Lundi 1 janvier 2007 1 01 01 2007 12:12

Très bon livre sur l'ascension de Rockfeller et l'établissement d'un monopole sur la production pétrolière américaine. Comment les principes du libéralisme et les lois américaines furent bafoués pour permettre à Rockfeller de faire main basse sur la production énergétique du pays.

Strategies of John D. Rockefeller and the Standard Oil Company 1863-1911

Livre racontant l'émergence de la famille Bush dans le milieu du pouvoir des USA, comment celle-ci s'est faîte sur le soutien d'Hitler jusqu'en 1943, quand Prescott Bush servait de représentant à la banque Morgan et aux usines d'armement.

George Bush: The Unauthorized Biography by Webster, G. Tarpley &  Anton Chaitkin

Plusieurs livres sur les banques et comment elles ont mis en place leur dictature.

Banks and Banking

Dictature qui a tendance à devenir aussi celle de l'état sur les citoyens qu'il est censé représenté, attention donc à ne pas passer de Charybe en Sylla en donnant tous pouvoir à l'état.

The Police State Road Map
Par Antoine
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Lundi 1 janvier 2007 1 01 01 2007 14:46


Le Darfour ? C'est une affaire de pétrole, idiot...   par F. William Engdahl
Chine et USA engagés dans une nouvelle guerre froide pour l’or noir africain


Article original en anglais publié le 20 mai 2007
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.


Durant la campagne électorale de 1992 aux USA, un certain William Jefferson Clinton, alors inconnu, avait lancé au président d’alors George Herbert Bush : « C’est l'économie, idiot ». On pourrait paraphraser aujourd’hui ce trait d’esprit. En effet, à y regarder de plus près, les préoccupations de l’actuelle administration de Washington sur le Darfour au Soudan méridional ne relèvent pas d’une inquiétude authentique sur un génocide contre les peuples de la partie la plus pauvre d’entre les plus pauvres de cette région abandonnée de l’Afrique. Non. « C’est le pétrole, idiot. »
 
31st May 2007
www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=ENG20070531&articleId=5829|Mondialisation.ca

Ce constat a une forte dimension de cynisme, si on considère que la même administration washingtonienne n’a eu aucun scrupule face au génocide qu’elle a organisé en Irak, dans le but de s’assurer l’accès aux énormes gisements pétroliers de ce pays. Qu’est-ce qui est donc en jeu dans la bataille du Darfour ? Le contrôle du pétrole, des tas et des tas de pétrole.

Le cas de Darfour, un immense territoire desséché par le soleil au sud du Soudan, illustre la nouvelle guerre froide pour le pétrole, où l’augmentation dramatique de la demande de pétrole de la Chine pour alimenter sa croissance explosive a amené Pékin à s'embarquer dans une politique agressive fondée- ironiquement – sur une diplomatie du dollar. Avec ses réserves, principalement en dollars, de plus de 1.3 billions de $, dans principalement des réservations du dollar d'USA à la Banque nationale populaire de Chine, Pékin s'engage dans une géopolitique active du pétrole. L'Afrique est son principal territoire de chasse, et en Afrique, la région centrale entre le Soudan et le Tchad est une priorité. Ceci définit un nouveau front important dans ce qui, depuis l'invasion par les USA de l'Irak en 2003, est une nouvelle guerre froide entre Washington et Pékin pour le contrôle des sources principales de pétrole. Jusqu'ici Pékin a joué un peu plus habilement que Washington. Le Darfour est un champ de bataille majeur dans cette compétition à forts enjeux pour le contrôle du pétrole.


La diplomatie pétrolière de la Chine

Ces derniers mois, Pékin s'est embarqué dans une série d'initiatives destinées à lui assurer sur le long terme l’accès à des sources de matières premières d'une des régions les plus fournies de la planète - le sous-continent africain. Aucune matière première n'a une priorité plus élevée pour Pékin actuellement que le pétrole dont elle veut s’assurer l’approvisionnement à long terme.

Aujourd'hui la Chine tire environ 30% de son pétrole brut d'Afrique. Cela explique une série extraordinaire d'initiatives diplomatiques qui ont rendu Washington furieux. La Chine utilise des crédits sans conditions en dollars pour accéder aux vastes richesses en matières premières de l'Afrique, ce qui met hors jeu le jeu classique du contrôle exercé par Washington via la Banque mondiale et le FMI. Qui a besoin de la médecine douloureuse du FMI quand la Chine offre des conditions avantageuses et, par-dessus le marché, construit des routes et des écoles?

En novembre 2006 Pékin a accueilli un sommet extraordinaire de 40 chefs d'État africains. Elle a littéralement déployé le tapis rouge pour les dirigeants entre autres de l'Algérie, du Nigeria, du Mali, de l’Angola, de la République centrafricaine, de la Zambie et de l’Afrique Du sud.

La Chine vent de conclure un deal pétrolier avec deux des plus grandes nations du continent - le Nigeria et l’Afrique du sud. La CNPC (China National Petroleum Corporation - Compagnie nationale pétrolière de Chine) importera du pétrole du Nigeria, par le biais d'un consortium qui inclut également la South African Petroleum Co., ce qui permettra à la Chine d’obtenir de l’ordre de 175.000 barils par jour en 2008. C'est une affaire 2.27 milliards de $ qui donne à la CNPC – société d’État – 45% de la production d’un vaste champ pétrolier off shore nigérian. . Jusqu’ici, le Nigeria avait été considéré à Washington comme une chasse gardée des majors anglo-usaméricaines, ExxonMobil, Shell et Chevron.

La Chine a distribué généreusement des prêts souples, sans intérêts ni garanties, à certains des États débiteurs les plus pauvres de l'Afrique. Les prêts sont allés à des travaux d’infrastructures - routes, hôpitaux, et écoles -, contrastant fortement avec les demandes brutales d'austérité de la Banque mondiale et du FMI. En 2006 la Chine a fourni plus de 8 milliards de $au Nigeria, à l’Angola et au Mozambique, contre 2.3 milliards pour toute l'Afrique subsaharienne de la Banque mondiale. Le Ghana est en train de négocier un prêt chinois pour l’électrification du Chinois de 1.2 milliards de $. À la différence de la Banque mondiale, qui est de facto un bras de politique économique étrangère des USA, Chine n'attache astucieusement aucune condition à ses prêts.

Cette diplomatie chinoise liée au pétrole a conduit Washington à lancer l’accusation loufoque que Pékin essaye de « s’assurer les sources pétrolières », ce qui a été un objectif de la politique qu'étrangère de Washington depuis au moins un siècle.

Aucune source de pétrole n'a été plus au centre du conflit pétrolier Chine-USA que le Soudan, où se trouve le Darfour.

La richesse pétrolière du Soudan

La China National Petroleum Company, est le plus grand investisseur étranger au Soudan, avec environ 5 milliards de $ dans le développement des champs pétroliers. Depuis 1999 la Chine a investi au moins 15 milliards de $ au Soudan. Elle possède 50% d'une raffinerie de pétrole près de Khartoum avec le gouvernement du Soudan. Les gisements de pétrole (voir la carte) sont concentrés dans le sud, théâtre d'une guerre civile qui mijote depuis longtemps, financée en partie secrètement par les USA, pour arracher le sud au nord islamique de Khartoum..

La CNPC a construit un pipe-line de ses blocs de concession 1, 2 et 4 au Soudan méridional, vers un nouveau terminal à Port-Soudan sur la Mer rouge où le pétrole est chargé sur des tankers pour la Chine. Huit pour cent de pétrole consommé par la Chine viennent maintenant du Soudan méridional. La Chine prélève de 65% à 80% des 500.000 barils/jour produits par le Soudan. Le Soudan était cette année la quatrième source étrangère du pétrole pour la Chine. En 2006 la Chine a pris la place du Japon comme second importateur mondial par ordre d’importance après les USA, important 6.5 millions de barils par jour d'or noir. Avec une demande de pétrole augmentant d'environ 30% par an, la Chine dépassera les USA dans la demande d'importation de pétrole dans quelques années. Cette réalité est le moteur de la politique étrangère de Pékin en Afrique.

Un regard sur les concessions pétrolières du Soudan méridional montre que la CNPC détient des droits sur le bloc 6 qui chevauche le Darfour, près de la frontière avec le Tchad et la République centrafricaine. En avril 2005 le gouvernement soudanais annonçait avoir trouvé du pétrole au Sud-Darfour, où l’on estime que pourraient être pompés 500 0000 barils/jour. La presse mondiale a oublié ce fait vital lorsqu’elle parle du conflit au Darfour.


De l’usage du génocide pour militariser la région pétrolière du Soudan

Le thème préféré de cette presse est le génocide et Washington est le chef d'orchestre. Curieusement, alors que tous les observateurs reconnaissent que le Darfour a connu de grands déplacements humains et une misère et des dizaines humaines de milliers ou même pas moins que 300.000 morts au cours de ces dernières années, seuls Washington et les ONG qui lui sont proches utilisent le terme chargé de "génocide" pour parler du Darfour. S'ils peuvent faire endosser l’accusation de génocide par une large opinion, cela ouvre la possibilité d’une intervention musclée de l’OTAN et de fait de Washington, dans les affaires internes du Soudan, en faveur d’un "changement de régime".

Le thème du génocide a été utilisé, avec le soutien total de Hollywood et de stars comme George Clooney, pour orchestrer l’affaire vers une occupation de fait de la région par l’OTAN. Jusqu'ici le gouvernement du Soudan a énergiquement refusé, ce qui n’est pas surprenant.

Le gouvernement US évoque répétitivement le "génocide" à propos du Darfour. C'est le seul gouvernement à le faire. Secrétaire d'État ajointe des Ellen Sauerbrey, chef du Bureau des populations, des réfugiés et des migrations, a dit dans une interview en ligne d'USINFO le 17 novembre dernier : « Le génocide en cours au Darfour, Soudan - 'une violation grossière ' des droits humains - est parmi les premiers sujets internationaux de préoccupation des USA. » L'administration Bush insiste à dire qu’un génocide est en cours au Darfour depuis 2003, malgré le fait que une mission de cinq personnes de l'ONU, conduite par le juge italien Cassese, ait relaté en 2004 qu’aucun génocide n'avait été commis au Darfour, mais plutôt des violations graves des droits humains. Ils ont réclamé des procès pour crimes de guerre.

Marchands de mort

Les USA, agissant par des alliés de substitution au Tchad et dans les pays voisins ont entraîné et ont armé l'Armée de libération du Peuple du Soudan (SPLA), dirigée jusqu'à sa mort en juillet 2005, par John Garang, formé à l'École de forces spéciales US à Fort Benning, en Géorgie.

En déversant des armes au sud-Soudan, dans l’est du pays, d’abord puis, après la découverte de pétrole au Darfour, dans cette région également, Washington a alimenté le conflit qui a causé des dizaines de milliers de morts et a contrait plusieurs millions de personnes à fuir leurs foyers. L’Érythrée accueille et soutient la SPLA, la coalition d'opposition NDA ainsi que les rebelles du Front oriental et du Darfour.

Deux groupes rebelles combattent au Darfour le gouvernement central de Khartoum du président Omar Al Bashir – le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) et l'Armée de libération du Soudan (SLA), qui est plus importante.

En février 2003 la SLA a lancé des attaques contre des positions gouvernementales au Darfour. Son secrétaire général Minni Arkou Minnawi a lancé un appel à la lutte armée, accusant le gouvernement d'ignorer le Darfour. « L'objectif de la SLA est de créer un Soudan démocratique uni. » Autrement dit un changement de régime au Soudan. Le Sénat des USA a adopté une résolution en février 2006 demandant l’envoi de troupes de l’OTAN au Darfour, ainsi qu’une force de maintien de la paix de l’Onu plus consistante, avec un mandat solide. Un mois plus tard, le Président Bush a également réclamé des troupes supplémentaires de l’OTAN au Darfour. Ho Ho… Génocide ? Ou pétrole ?

Le Pentagone s’est démené pour former des officiers africains aux USA, beaucoup comme il l’a fait pour les officiers latino-américains pendant des décennies. Son Programme militaire international d'éducation et de formation (IMET) a formé des officiers du Tchad, d'Éthiopie, d’Érythrée, du Cameroun et de République centrafricaine, tous les pays frontaliers du Soudan. Une grande partie des armes qui ont servi aux tueries au Darfour et dans le Sud ont été apportés dedans par d’obscurs "marchands privés de mort" privés et protégés, comme Victor Bout, ancien agent opérationnel du KGB de notoriété publique, qui a maintenant des bureaux aux USA. Bout a été cité à plusieurs reprises ces dernières années comme vendeur d’armes à travers l'Afrique. Les fonctionnaires de gouvernement des USA le laissent curieusement mener ses opérations au Texas et en Floride en dépit du fait qu'il est sur la liste des personnes recherchées par Interpol pour blanchiment d'argent.

L'aide au développement des USA pour toute l’Afrique subsaharienne, Tchad compris, a été fortement diminuée tandis que leur aide militaire augmentait. Les raisons en sont le pétrole et la bousculade pour les matières stratégiques. La région du sud-Soudan du Haut Nil aux frontières du Tchad est riche en pétrole. Washington savait cela bien avant le gouvernement soudanais.


Le projet pétrolier de Chevron de 1974

Les majors pétrolières US connaissaient la richesse pétrolière du Soudan depuis le début des années 1970. En 1979, le président Jafaar Nimeiry, rompait avec les Soviétiques et invitait Chevron à venir exploiter le pétrole du Soudan. Ce fut peut-être une erreur fatale. L’Ambassadeur auprès des Nations unies George H.W. Bush avait personnellement parlé à Nimeiry des photos satellites indiquant des gisements pétroliers au Soudan. Nimeiry a mordu à l’hameçon. La conséquence en ont été les guerres pour le pétrole.

Chevron trouva de grandes réserves pétrolières au sud-Soudan. Elle dépensa 1,2 milliard de $. 1.2 milliards en forages et en essais. C’est ce pétrole qui a déclenché ce qu’on a appelé la seconde guerre civile du Soudan en 1983. Cible d’attaques répétées et de tueries, Chevron suspendit son projet en 1984. En 1992, elle vendait ses concessions de pétrole soudanaises. En 1999, la Chine commençait à exploiter les champs abandonnés par Chevron avec des résultats remarquables.

Mais aujourd’hui Chevron n’est pas loin du Darfour.

Le pétrole du Tchad et la politique du pipeline

Chevron (pour laquelle Condoleezza Rice a travaillé) est présente au Tchad, aux côtés de l’autre géant pétrolier US, ExxonMobil. Ils viennent d’achever la construction d’un pipeline qui a coûté 3,7 milliards de $ pour acheminer 160 000 barils/jour de pétrole depuis Doba, au centre du Tchad et près du Darfour, jusqu’au port camerounais de Kribi sur la côté Atlantique, destiné aux raffineries des USA.

Pour ce faire, ils ont travaillé avec le « président à vie » du Tchad Idriss Déby, un despote corrompu qui a été accusé de fournir les armes livrées par les USA aux rebelles du Darfour. Déby a rallié l’Initiative pansahélienne lancée par le Commandement européen du Pentagone, destinée à entraîner ses troupes au combat contre le « terrorisme islamique ». La majorité des tribus du Darfour sont musulmanes.

Doté d'aide militaire, de formation et d’armes des USA, Déby a lancé en 2004 la première frappe qui a déclenché le conflit du Darfour, en utilisant les membres de son Garde présidentielle d'élite originaires de cette de la province, fournissant aux hommes les véhicules tous terrains, les armes et l’artillerie anti-aérienne destinés aux rebelles combattant le gouvernement de Khartoum dans le sud-ouest Soudan. Le soutien militaire des USA à Déby a été le déclencheur du bain de sang au Darfour. Khartoum a réagi et une débâcle s’en est suivie avec toutes ses dimensions tragiques.

Les ONG soutenues par Washington et le gouvernement US crient au génocide, qui n’est pas prouvé et cela est le prétexte invoqué pour, en dernière analyse, envoyer des troupes de l’OTAN et de l’ONU sur les champs pétroliers du Darfour et du sud-Soudan. C’est le pétrole et non la misère humaine qui motive le soudain intérêt de Washington pour le Darfour.

La campagne sur le « génocide au Soudan » a commencé en 2003, au moment même où le pipeline Tchad-Cameroun entait en fonction. Les USA ont maintenant une base au Tchad pour partir à la conquête du pétrole du Darfour et, potentiellement, pour coopter les nouvelles sources de pétrole de la Chine. Le Darfour est au carrefour stratégique entre le Tchad, la République centrafricaine, l'Égypte et la Libye.

Selon Keith Harmon Snow « les objectifs militaires US au Darfour – et plus largement dans la Corne de l’Afrique – ont été desservis par le soutien apporté par l’OTAN et l’ONU au déploiement de troupes de l’Union africaine au Darfour. Là l’OTAN apporte un appui terrestre et aérien aux troupes de l’UA qui sont classes comme “neutres” et “forces de paix”. Le Soudan est en guerre sur trois fronts, contre trois pays – l’Ouganda, le Tchad et l’Éthiopie – où il y a une présence US significative et où des programmes militaires US sont en cours. La guerre au Soudan implique à la fois des opérations clandestines US et des factions « rebelles » entraînées par les USA et venant du sud-Soudan, du Tchad, de l’Éthiopie e de l’Ouganda. »


Déby lorgne aussi vers la Chine

La réalisation du pipeline US financé par la Banque mondiale, du Tchad à la côte camerounaise était conçue dans le cadre d’un plan plus vaste de contrôle des richesses pétrolières de l’Afrique centrale, depuis le Soudan jusqu’au Golfe de Guinée dans sa totalité.

Mais le pote de Washington Idriss Déby a commencé à être mécontent de la faible part qui lui revenait des profits pétroliers contrôlés par les US. Quand lui et le parlement tchadien ont décidé début 2006 de prendre une plus grande part des revenus pétroliers pour financer les opérations militaires et étoffer son armée, le nouveau président de la Banque mondiale et artisan de la guerre d’Irak Paul Wolfowitz a déclenché la suspension des prêts au Tchad. Puis en août 2006, après avoir été réélu, Déby a créé une société pétrolière tchadienne, la SHT, et a menacé d’expulser Chevron et la malaisienne Petronas pour défaut de paiement de taxes et a exigé des royalties de 60% sur le pipeline. À la fin, il a pu s’entendre avec les compagnies pétrolières, mais les vents du changement avaient commencé à souffler.

Déby doit aussi faire face à l’opposition croissante d’un groupe rebelle, le Front uni pour le changement (FUC), dont il dit qu’il est financé de manière occulte par le Soudan. Cette région est une partie vraiment complexe du monde de la guerre. Le FUC a établi ses bases au Darfour.

C’est dans cette situation instable que la Chine s’est pointée au Tchad avec une valise pleine d’aide financière. Fin janvier, le président chinois Hu Jintao a effectué une visite d’État au Soudan et au Cameroun parmi d’autres pays africains. En 2006, les dirigeants chinois ont visité pas moins de 48 pays africains. En août 2006, Pékin a accueilli le ministre des Affaires étrangères tchadien pour des discussions et une reprise des relations diplomatiques interrompues en 1997. La Chine a commencé à importer du pétrole du Tchad comme du Soudan. Pas beaucoup de pétrole, mais si Pékin obtient ce qu’il veut, cela pourrait vite changer.

En ce mois d’avril 2007, le ministre tchadien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec la Chine sur une plus grande participation de celle-ci à l’exploitation du pétrole tchadien « progressaient bien ». Évoquant les termes des propositions chinoises pour une exploitation du pétrole tchadien, il a dit qu’ils impliquaient « un partenariat beaucoup plus égalitaire que ceux auxquels nous sommes habitués. »

La présence économique de la Chine au Tchad pourrait par une ironie du sort avoir un effet plus calmant sur les combats et les déplacements de populations au Soudan que ne pourraient jamais en avoir aucune présence de troupes de l’Union africaine ou de l’ONU. Cela ne serait pas vu d’un bon oeil à Washington et au QG de Chevron, dans la mesure où ils verraient ce pétrole glisser entre leurs mains sanglantes.

Mais le Tchad et le Darfour le sont qu’une partie de l’effort chinois pour “s’assurer le pétrole à la source” à travers l’Afrique. Le pétrole est aussi le facteur premier dans la politique africaine des USA aujourd’hui. George W. Bush s’intéresse aussi à une nouvelle base US à Sao Tome et Principe à 260 km de la côte du Golfe de Guinée, à partir de laquelle il sera possible de contrôler les champs pétroliers de l’Angola au Sud au Congo, au Gabon, à la Guinée équatoriale, au Cameroun et au Nigeria. Il se trouve justement que ce sont exactement les mêmes zones sur lesquelles les récentes activités diplomatiques et financières chinoises se sont concentrées.

« Le pétrole d’Afrique de l’Ouest a acquis un intérêt stratégique national pour nous », déclarait déjà en 2002 Walter Kansteiner, le secrétaire d’État adjoint à l’Afrique. Le Tchad et le Darfour ne sont qu’une extension de la politique US en Irak « par d’autres moyens » -contrôle du pétrole partout. La Chine défie ce contrôle « partout », particulièrement en Afrique. Cela ressemble à une nouvelle Guerre froide pour le pétrole.


F. William Engdahl est l’auteur de A Century of War: Anglo-American Oil Politics (Un siècle de guerre : la politique anglo-US du pétrole) Pluto Press Ltd. Il peut être contacté via son site web www.engdahl.oilgeopolitics.net.


Article original en anglais publié le 20 mai 2007
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.



Par Antoine
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Mardi 2 janvier 2007 2 02 01 2007 11:43
Dans cette rubrique, j'entend regrouper un certains nombre de textes qu'il me semble important de publier sur internet.

Oeuvre d'auteurs ou de collectifs, ils présentent chacun à leur manière un point de vue inhabituel sur des sujets importants.

Un petit peu de lecture pour les deux mois à venir, ce que j'emporte avec moi pendant ces quelques semaines de découvertes. Je vous les conseilles fortement, et vous invite à laisser des commentaires en bas de la page sur ces bouquins. J'essaierais aussi, selon mon avancée et la disponibilité de terminaux internet au milieu des ours.

Histoire de la notion de vie, et La société pure : de Darwin à Hitler, d'André Pichot.
Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer, et Du progrès dans la domestication, de René Riesel
LTI, la langue du troisième Reich, de Victor Klemperer.
LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

Ivan Illich - Le Renoncement à la santé

Ivan Illich explique son refus que l'institution médicale prenne totalement controle de la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Pour lui les soins doivent rester soumis à la volonté du patient et non à des impératifs imposés.

Jacques Ellul - Victoire d'Hitler ?

Article de 1945, que j'avais recopié depuis un ancien numéro du journal protestant Réforme. Jacques Ellul voit dans la seconde guerre mondiale et la mise en place de la guerre totale, une victoire d'Hitler, non dans la forme mais dans le fond, en ce qu'il a définitivement transformé nos sociétés. A lire.

Le criminel, c'est l'electeur

Pour les anarchistes, ou ceux qui veulentles comprendre. Pourquoi finalement nous avons une resposabilité à continuer d'élire toujours les mêmes esrocs.

Quelques E-Books

De la lecture sur la façon dont Rockfeller à fait sa fortune, et sur comment la famille Bush arrive au pouvoir aux USA. C'est très très instructif. A lire absolument.

Le futur triomphe, mais nous n’avons plus d’avenir.

Un collectif décrit comment on nous fait passer les injustices sociales pour du "progrès". Démystifiant !

Combattre la biométrie, soutenir les inculpés de Gif-sur-Yvette

Il y en a qui luttent contre la biométrie ... même si ça commence à dater.

Appel de Raspail

Un collectif nous explique pourquoi pour changer le monde il faut reclamer autre chose que des CDI.
Par Antoine
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Mercredi 17 janvier 2007 3 17 01 2007 06:16

Le criminel, c’est l’électeur !

Bien que je milite pour une candidature en 2007, j'aiemerais rappeler ce qui était mon point de vue avant que tout le monde m'incite à voter.
Puisqu'une structure réellement démocratique essaie de se mettre en place, j'entends mener à bien le combat pour redonner le moyen à tous de prendre la parole par lui même et d'écouter in-vivo ce que les autres ont à dire.
Je menerais cette lutte jusqu'à son terme, afin de prouver si oui ou non la participation politique peut avoir un sens. Ce dont je doute.
Je vous fait donc parvenir ce manifeste écrit par un autre, mais qui reflète un peu le fond de ma penser.
A tout ceux qui croient encore à la participation politique, faîtes s'il vous plaît l'effort de vous investir, et eviter le travers de voter une fois tous les 5 ans et de ne rien dire entre.

Placard anti-électoral, 1er mars 1906.
Publié par l’anarchie n°47 et signé Albert Libertad

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes [sic]. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action [sic].

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur !

Par Antoine
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Dimanche 11 février 2007 7 11 02 2007 15:04
Article paru dans le journal hébdomadaire Réforme le Samedi 23 juin 1945.

Il est écrit par l'écrivain Jacques Ellul, sociologue écrivain des institutions, de la technique, théologien protestant.

A l'heure même où l'Allemagne et la nazisme sont effondrés, à l'heure où la victoire des armées alliées est enfin acquise, une question nous reste posée par les deux derniers ordres du jour d'Hitler, un mois à peine avant son écrasement, où il affirmait sa certitude de la victoire. Tout le monde à ce moment en a ri, tant il était évident que plus rien ne pouvait sauver l'Allemagne et l'on a pensé : coup de fouet à son peuple, folie. Tout le monde l'a oublié aujourd'hui car c'est une affaire liquidée. Et pourtant ne devrions nous pas nous mefier de cette attitude en face des affirmations de cet homme ? Lorsque depuis 1938 il menaçait, on disait "chantage". Lorsque, en janvier 1940, il a dit qu'en juillet il serait à Paris, on disait "rodomontade". Lorsque, en 1938, il avait parlé d'envahir la Roumanie et l'Ukraine, qui donc l'avait pris au serieux ? Et pourtant si l'on avait réellement pris au serieux Mein Kampf, si l'on avait bien voulu y voir un programme d'action et non comme nous en avions trop l'habitude avec nos hommes politiques un programme electoral que l'on applique jamais, l'on aurait peut-être pris quelques précautions. Car tout ce qu'Hitler a fait était anoncé par Mein Kampf : les buts, les methodes eet les résultats. Il n'a pu aller jusqu'au bout
, mais la volonté ne lui en a pas manqué. Tout ce qu'il aviat dit, il l'a fait. Pouvons nous alors prendre à la légère ces ordres du jouroù, alors qu'il savait très bien ques ses armées étaient vaincues, il affirmait encore sa victoire ?

Remarquons d'abord qu'il ne s'agit pas, dans ces ordres du jour, d'une façon évidente, de victoire de l'Allemagne actuelle, ni d'une victoire militaire. Il s'agit d'une victoire du nazisme et d'une victoire de l'Allemagne éternelle, c'est à dire, si nous comprenons bien, d'une victoire politique. Et ce ne serait  pas la première fois que le vaincu par les armes arrive à vaincre politiquement son vainqueur. Ainsi les armées de la Révolution et de l'Empire fûrent en définitive vaincues, mais elles avaient porté dans toute l'Europe l'idée de République et le sentiment de la liberté dont personne ne pût arreter la marche triompahle au XIXe siècle.

Or que voyons nous aujourd'hui ?

D'abord Hitler a proclamé la guerre totale ; d'autre part, massacre total. Et l'on sait les lois de sa guerre ... Tout le monde a dû s'aligner sur lui - et faire la guerre totale, c'est à dire la guerre d'extermination des populations civiles (nous y avons fort bien reussi ! ) et l'utilisation illimitée de toutes les forces et ressources des nations aux fins de la guerre. On ne pouvait faire autrement pour vaincre. Evidemment. Mais est-ce si certain que cela que l'on puisse vaincre le mal par le mal ? Ce qui est en tout cas incontestable, c'est qu'en nous conduisant à la nécéssité des massacres des populations civiles, Hitler nous a prodigieusement engagé dans la voie du mal. Il n'est pas certain que l'on puisse en sortir si vite. Et, dans les projets de réorganisation du monde actuel, à voir la façon dont on dispose des minorités, dont on prévoit les transferts de populations, etc., on peut se demander si l'influence en ce qui conerne le mépris de la vie humaine (malgré de belles déclarations sur la vie humaine ! ) n'a pas été plus profonde qu'on ne le croirait.

D'autre part, la mobilisation totale a eu des conséquences parallèles. Non seulement le fait que les forces mobilisées accomplissent une tâche pour laquelle elle ne sont pas faîtes, mais surtout, le fait que l'Etat est couronné de la toute puissance absolue.

Bien sûr !  on ne pouvait pas faire autrement. Mais il est assez remarquable de constater que là encore nous avons dû suivre les traces d'Hitler. Pour réaliser la mobilisation totale de la nation, tout l'Etat doit avoir en mains tous les ressorts financiers économiques, vitaux, et placer à la tête de tout des techniciens qui deviennent les premiers dans la nation. Suppression de la liberté, suppression de l'égalité, suppression de la disposition des biens, suppression de la culture pour elle même, suppression des choses, et bientôt suppression des gens inutiles à la défense nationale. L'Etat prend tout, l'Etat utilise tout par le moyen des techniciens. Qu'est ce donc sinon la dictature ?C'est pourtant ce que l'Angleterre aussi bien que les Etats-Unis ont mis sur pied ... et ne parlons pas de la Russie. Absolutisme de l'Etat. Primauté des techniciens. Sans doute nous ignorons le mythe anti-juif, mais ignorons nous le mythe anti-nazi ou anti-communiste ? Sans doute ignorons nous le mythe de la race, mais ignorons nous le mythe de la liberté ? Car on peut parler de mythe lorsque dans tout les discours il n'est question que de liberté alors qu'elle est pratiquement supprimée partout.

Mais dira-t-on, ce n'est que pour un temps, il le fallait pour la guerre, dans la paix on reviendra à la liberté. sans doute pendant quelques temps après la guerre, il est possible que dans certains pays favorisés on retrouve une certaine liberté, mais soyons rassuré que ce sera de courte durée. Après 1918, on a aussi prétendu que les mesures de guerre allaient disparaître ... Nous avons ce qu'il en a été ... D'ailleurs, deux choses sont à retenir ; d'abord les quelques plans économiques dont nous pouvons avoir connaissance ( le plan Beveridge, le Plan du Full Employment, le plan financier américain) démontrent abondamment que l'Emprise de l'Etat sur la vie économique est un fait acquis et qu'on s'oriente vers une dictature économique sur le monde entier. Ensuite une loi historique : l'expérience de l'histoire nous montre que tout ce que l'Etat conquiert comme pouvoir, il ne le perd jamais. La plus belle expérience est peut-être celle de notre Révolution française au om de laquelle on est parti en 89 au nom de la liberté conte l'absolutisme, pour arriver en 91, toujours au nom de liberté, à l'absolutisme jacobin. Ainsi, nous pouvons nous attendre demain à l'établissemnt de dictatures camouflées dans tous les pays du monde, necessité dans laquelle Hitler nous aura conduits. Sans doute, on peut réagir, on peut lutter, mais qui songe à le faire sur ce plan ?

Et c'est là la seconde victoire d'Hitler,. On parle beaucoup de démocratie et de liberté. Mais personne ne veut plus les vivre. On a pris l'habitude que l'Etat fasse tout, et sitôt que quelque chose va mal, on en rend l'Etat responsable. Qu'est ce à dire sinon que l'on emande à l'Etat de prendre la vie de la ntion toute entière à charge ? La liberté vraie, qui s'en soucie ? La limitation des droits de l'Etat apparaît comme une folie. Les ouvriers sont les premiers à réclamer une dictature. Le tout est de savoir qui fera cette dictature. Et le mouvement en faveur en faveur de la liberté économique et politique n'est guère soutenu qu'en Amérique, et là que par les "capitalistes" qui désirent se libérer de latutelle de l'Etat.

L'ensemble du peuple, en France comme aux Etats-Unis, est au contraire tout prêt à accepter le gouvernement dictatorial et l'économie d'Etat. La fonctionarisation générale est presqu'un fait accompli ou qui s'accomplit chaque jour et le desinteressement de la population à l'égard des querelles politiques, qui est indénaible, est un signe grave de cette mentalité qui, à n'en pas douter, "pré-fasciste".

Sans doute on peut essayer de réagir. Mais au nom de quoi ? La liberté a fait vibrer toute la France tant qu'elle a été la libération du Boche. Maintenant elle perd tout son sens. Liberté à l'égard de l'Etat ? Personne ne s'en préocuppe. Et ce grand ressort brisé, il nous reste la possibilité de faire appel à des "valeures spirituelles" pour faire marcher le peuple. Eh oui ... comme Hitler ... comme Hitler qui a trouvé la formule étonnant de mettre le spirituel au service du materiel, d'avoir des moyens spirituels pour réaliser les fins materielles.

Une doctrine de l'homme, du monde, une religion pour arriver à la puissance économique et militaire. Peu à peu, nous aussi nous allons sur ce chemin. Nous demandons une mystique, quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle serve à la puissance, une mystique qui obtiendra l'adhesion de tous les coeurs français, qui les fera agir par enthousiasme, les conduisants au sacrifice dans l'exaltation. Partout on la demande cette mystique. Partout on demande que cette dictature que l'on accepte implicitement, soit totalitaire, c'est à dire qu'elle saisisse l'homme tout entier, corps, esprit coeur, pour le mettrre auservice de la nation de façon absolue. L'offensive à laquelle nous assistons pour l'école unique est centrée sur l'idée que l'Eglise apprend à faire passer l'Eglise avant la Nation. C'est bien le symptome de ce totalitarisme qui se developpe lentement, sournoisement, sacrifice qui se prépare de l'homme à l'Etat Moloch.

Qui dira que j'exagère ne voit pas la réalité sous les guirlandes et les discours. Que l'on compare seulement la vie économique, politique, sociale,administrative de 1935 à celle de 1945 et l'on verra le pas gigantesque accompli en dix ans. Or si 'lon songe que réagir supposerait que l'on réagît contre l'envahissement de l'Etat, contre l'économie dirigée, contre la police, contre l'assistance sociale, on voit que l'on dresserait la totalité de la nation contre soi, car on réagit contre des choses admises et jugées bonnes, des choses dont personne aujourd'hui ne peut dire coment on pourrait s'en passer !

Victoire d'Hitler, non pas selon les formes, mais sur le fond. Ce n'est pas la même dictature, la même mystique, le même totalistarisme, mais c'est une dictature, une mystique, un totalistarisme dont nous préparons le lit avec enthousiasme ( puisque nous en payons la defaite militaire d'Hitler ) et que nous n'aurions pas s'il n'était pas passé. Et plus que les massacres, c'est là l'oeuvre satanique dont il aura été l'agent dans le monde.

L'agent seulement car il n'a rien inventé. Il ya une longue tradition qui a préparé cette crise et les noms de MAchiavel, de Richelieu, de Bismarck, viennent aux lèvres, et l'exemple d'Etats qui depuis 1918 vivent déja cette dictature et ce totalistarisme saute aux yeux. Hitler a seulement porté à un paroxysme ce qui était. Mais il a répandu ce virus et l'a fait se develloper rapidement.

Que dirons-nous donc ? Nous plier devant cette poussée mondiale dont la fatalité nous accable ? Non sans doute.

Mais ce qui apparaît clairement, c'est qu'il n'y a point de moyen politique ou technique pour enrayer ce mouvement.

En face de cette marée qui détruit toute valeur spirituelle et l'homme lui même en lui forgant des chaines dorées, il ne peut se dresser que des hommes qui,  parce qu'ils le seront pleinement, ne se laisseront pas absorber par cette civilisation, courber à cette esclavage. Mais comment des hommes dans leur faiblesse et dans leur pêché resisteraient-ils et garderaient-ils leur destin propre dans la fourmilière de demain ?

En face de cette marée qui détruit toute valeur spirituelle et l'homme lui même, il ne peut se dresser que l'Homme. "Voici l'l'Homme". l'Homme Jésus-Christ qui seul brise les fatalités du monde, qui seul ferme la gueule du Moloch, qui seul fera demain les hommes libres des servitudes que le monde nous prépare aujourd'hui.

Fin de l'article.
Par Antoine
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Dimanche 18 février 2007 7 18 02 2007 04:06

Blog Deconstruire Babylone

copier/coller depuis Pouvoir médical et bioéthique

Le renoncement à la santé

Ivan Illich

Voici vingt ans, j'ai publié un ouvrage intitulé Némésis médicale. Il s'ouvrait sur cette phrase « l'entreprise médicale est devenue un danger majeur pour la santé ». A l'époque, cette formulation était puissamment chargée de sens. La lirais-je chez un auteur d'aujourd'hui que je riposterais : « Et puis après? ». En effet, le danger majeur ne réside plus dans l'entreprise médicale, mais dans la quête de la santé.

Dans la discussion universelle actuelle sur les systèmes de santé, deux mots reviennent très fréquemment: santé et responsabilité. Ces termes entrent dans deux types de discours. D'un côté les soins de santé sont considérés comme une responsabilité incombant à l'état, aux professionnels ou aux gestionnaires; de l'autre, on estime que chacun doit être responsable de sa santé. « Prendre en main la responsabilité de sa santé », tel est actuellement le slogan qui a la préférence, et est en passe d'être annexé par le sens commun. Le fait que je parle au Québec, dans une communauté politique qui s'efforce de distancier ses principes directeurs des modes internationales, m'encourage à critiquer ces positions. Voilà pourquoi je veux argumenter le bien-fondé d'opposer un « NON » catégorique à l'idée de rendre publiquement les citoyens comptables de leur santé. Et aujourd'hui, en 1994, je suis loin d'être le seul à adopter cette attitude.

Mais il y a un risque. Notre « non merci! » devant la perspective d'une nouvelle politique sanitaire peut être interprétée et exploitée de cinq façons différentes pour faire exactement l'inverse de ce à quoi nous visons.

1. En premier lieu, certains comprennent que le « non » à la santé sous la responsabilité personnelle de chacun implique qu'une mise en tutelle du citoyen s'impose. La santé, prétend-on, est trop précieuse pour être laissée à la discrétion des profanes. Je rejette catégoriquement cette arrogante imputation d'incapacité. Depuis trente ans, j'ai défendu publiquement la décriminalisation totale des pratiques d'auto-intoxication, ce qui n'implique nullement que je leur donne une caution morale. Et je persiste à prôner l'abolition de toutes les dispositions légales à l'encontre de la consommation de drogues et des méthodes curatives non classiques ou non homologuées. Dans le sillage de Paul Goodman, je fonde mon insistance sur le respect que nous devons à la dignité des plus faibles.

2. Deuxièmement, mon « non » fondamental n'a aucun rapport avec la rareté présumée des agents curatifs. Aujourd'hui, des populations succombent en masse à la famine et non par manque d'interventions médicales ou chirurgicales. Et plus les gens sont pauvres, plus ils sont susceptibles d'être les victimes impuissantes d'une médecine au rabais. Pendant vingt ans, j'ai défendu l'idée que la consommation médicale, au-delà d'un seuil très bas, devrait être frappée de taxes de luxe comme le sont l'alcool. le tabac et les loteries. En taxant les dialyses, les pontages et les ACT, on obtiendrait les moyens de financer pour tous -- même à Sumatra -- des interventions telle que l'appendicectomie.

3. En élevant mon « non », je ne me pose pas en penseur planétaire s'efforçant de frayer la voie à une dictature écologique. Je n'imagine pas qu'il puisse exister un quelconque système de régulation capable de nous sauver du déluge de poisons, de radiations de biens et de services qui rendent plus malades que jamais les hommes et les animaux. Ce monde ne comporte pas d'issues de secours. Je vis dans une réalité fabriquée, constamment plus éloignée de la création. Je sais aujourd'hui ce que cela signifie et quelles horreurs menacent chacun de nous. Il y a quelques décennies, je l'ignorais. Il me semblait alors possible de prendre ma part de responsabilité dans le monde. « Être bien portant » ou « être bien soigné » se ramène à une combinaison de trois facteurs: prestations techniques, protection de l'environnement et adaptation aux conséquences de la technologie, facteurs qui constituent inévitablement des privilèges.

Dans la vallée mexicaine qui m'est familière, le village continue de dénommer ses fêtes populaires d'après le cycle de plantation et de croissance du maïs bleu mais il y a déjà quinze ans que cette céréale elle-même n'est plus qu'un souvenir. Et l'argent manque pour financer les techniques de culture d'hybrides, par ailleurs destructrices. Et il n'y a aucune protection contre les nuages délétères que répand la grande exploitation agro-alimentaire du lieu. Mais on ouvre de nouveaux centres voués à la pédagogie sanitaire, ce qui permet de jeter quelques rognures à la piétaille enthousiaste des verts. C'est pourquoi mon « non » n'est pas assurément un « oui » à la pédagogie de la santé qui implique la gestion de systèmes toxiques.

4. Si je dis « NON » , ce n'est pas pour défendre une nouvelle éthique de la souffrance SOUS la direction de conseillers des endeuillés et d'accompagnateurs des moribonds qui trouvent dans la maladie et la mort modernes un moyen de se révéler à eux-mêmes. Je ne me range pas non plus dans le camp de ces gnostiques et philosophes qui gèrent le remodelage de ce monde artificiel. Aujourd'hui, j'ai appris ce qu'est l'impuissance. La « responsabilité » est désormais une illusion. Ils nous proposent d'admettre les inéluctables épidémies de l'âge postindustriel comme une sorte de santé sublimée. Je ne réserve nul « oui » au monde de la sujétion totale, à la médiatisation de l'impudence, tellement en vogue chez les philosophes du postmodernisme. Moi, je m'applique à cultiver l'indignation. L'air moderne de souffrir exige d'affronter une angoisse sans précédent. Il ne peut être enseigné mais seulement appris dans une amitié toujours renforcée. Ce qui nous accable aujourd'hui est entièrement nouveau. Ce qui détermine notre époque depuis Rachel Carson c'est l'acceptation réaliste croissante d'une perniciosité sans fin qui est aujourd'hui le thème de pompeux débats sur les orientations et les besoins en matière d'atome, de gènes et d'interventions neurologiques. Voilà les maux qui nous laissent sans voix. Contrairement à la mort, à la pestilence et aux démons, ces maux-là n'ont aucun sens. Bien que dus à l'homme, ils révèlent d'un ordre non humain. Ils nous réduisent à l'impuissance, à l'incapacité, à l'aboulie. Ces maux, nous pouvons les subir, en pâtir, mais non leur donner un sens, les interpréter. Seul celui qui trouve sa joie dans ses amis est capable de leur résister. Aussi y a-t-il un univers entre notre « non » et toutes les acceptations dociles des retombées secondaires du progrès.

5. Enfin, il serait stupide ou malveillant de taxer d'indifférence cynique le « NON » à la pénalisation des comportements antihygiéniques. Au contraire! Dans mes réflexions, la première place est occupée par la multitude par des gens innombrables dont quatre décennies de développement ont détruit l'espace architectural, technique et culturel d'où les arts traditionnels de souffrir et de mourir tiraient leur sève. Aujourd'hui, la vaste majorité des hommes est pauvre, et les sous-développés deviennent encore plus pauvres. Lorsque nous disons « non » à l'implantation de systèmes qui promeuvent la quête de la « santé », chez nous ou à l'extérieur, nous parlons avant tout de quelque chose qui m'apparaît impensable: quatre milliards d'hommes plongés dans la misère neuve du développement. Nous ne pourrons tenter d'être à côté d'eux que si nous disons d'abord « Non merci ». Les motifs de mon « non » éthique ne me mettent donc pas au service de ces cinq réalités actuelles que sont: le paternalisme professionnel, l'idéologie de la rareté, l'esprit de système, la psychologie de la libération et ce « sens commun » désormais à la mode qui affirme que l'auto-assistance, l'autonomie, ou même la responsabilité de soi-même sont, pour les pauvres, les seules chances de survivre en supportant les conséquences de l'enrichissement du reste du monde. Je formule mon « non » éthique à la poursuite de ma santé sous ma propre responsabilité parce que moi je veux chercher mon équilibre dans l'apprentissage de l'art de souffrir et de l'autolimitation dans la recherche du soulagement. La poursuite de la santé normative (conforme aux normes) ne pourrait qu'entraîner l'intériorisation des systèmes mondiaux dans le moi, à la manière d'un impératif catégorique. Le renoncement à la « santé » que j'oppose à cette autolimitation réaliste me semble être le point de départ d'une conduite éthiquement esthétiquement et eudémoniquement adaptée à notre temps. Mais, pour suivre cette argumentation, il nous faut d'abord remonter à la sociogenèse historique de ce à quoi nous voulons renoncer.

La conception moderne de la santé

La conception de la santé dans la modernité européenne représente une rupture par rapport à la tradition d'Hippocrate et de Galien familière à l'historien. Pour les philosophes grecs, la « santé » se concevait comme une combinaison harmonieuse, un ordre équilibré, un jeu réciproque des éléments fondamentaux. Etait en bonne santé celui qui s'intégrait dans l'harmonie de la totalité de son monde selon le temps et le lieu où il voyait le jour. Pour Platon, la santé était une vertu somatique. Mais depuis le XVIIe siècle, la volonté de maîtriser la nature a remplacé l'idéal de « la santé » par la conception d'une condition humaine dont on peut régir les paramètres. Dans la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis est affirmé le droit à la recherche du bonheur. Le droit à la santé se matérialisa de façon parallèle en France. Dès lors, on s'estimait aussi fond à dire « ma santé » qu'à dire « mon corps ». A l'instar de l'idée voulant que l'Etat garantisse la recherche du bonheur, la quête moderne de la santé est le fruit d'un individualisme possessif.

Il ne pouvait y avoir moyen plus brutal, et en même temps plus convaincant, de légitimer une société fondée sur l'avidité personnelle. De façon parallèle, la notion de responsabilité de l'individu fut admise dans les sociétés gouvernées démocratiquement. La responsabilité revêtit alors la forme d'un pouvoir éthique sur des régions toujours plus lointaines de la société et sur des formes toujours plus spécialisées de prestations par des services « générateurs-de-bonheur ».

De nos jours, la santé et la responsabilité sont des concepts normatifs qui n'indiquent plus aucune voie à suivre. Si j'essaie de structurer ma vie en fonction de tels idéaux irrécouvrables, ils deviennent pernicieux -- je me rends malade. Pour vivre convenablement aujourd'hui, il me faut renoncer de façon décisive à la santé et à la responsabilité. Je dis renoncer et non point ignorer, et je n'emploie pas ce terme pour connoter l'indifférence. Je dois accepter l'impuissance, déplorer ce qui a disparu, renoncer à l'irrécouvrable. Je dois assumer l'impuissance qui peut même me priver de mon conscient, de mes sens.

Je crois profondément à la possibilité de renoncement. Et ce n'est pas par calcul. Le renoncement signifie et exige plus que le [fait de] pleurer l'irrécouvrable. Il peut vous libérer de l'impuissance. Il n'a aucun rapport avec la résignation , l'incapacité ou même le refoulement. Mais, de nos jours, le renoncement n'est pas un concept familier. Nous n'avons plus de mot pour désigner le renoncement courageux discipliné, lucide sur soi-même qui s'accomplit en commun -- or c'est ce que j'évoque ici. Je l'appellerai l'ascèse. J'aurais préféré un autre terme, car l'ascèse nous fait songer à Flaubert et à son saint Antoine au désert, qui repousse la tentation du vin, de la chair et des parfums. En effet, le renoncement dont je parle n'a pas grand-chose à voir avec cette attitude.

Une époque abstraite

Nous vivons dans une époque abstraite et désincarnée. Les certitudes sur lesquelles elle repose sont largement dépourvues de sens. Mais leur acceptation mondiale leur confère une apparence d'indépendance par rapport à la culture et à l'histoire. Ce que j'appellerai l'ascèse épistémologique ouvre la voie à l'abandon de ces certitudes axiomatiques sur lesquelles se fonde en notre temps la vision du monde. J'évoque ici une discipline conviviale et pratiquée de façon critique. Les prétendues valeurs de la santé et de la responsabilité font partie des certitudes que je viens d'évoquer. Quand on les examine en profondeur, on constate que ce sont des phénomènes puissamment morbides et des facteurs de désorientation. Voilà pourquoi je considère l'incitation à assumer la responsabilité de ma santé dénuée de sens, fallacieuse, indécente et, d'une façon très particulière, blasphématoire.

Ce qu'on appelle la « santé » est aujourd'hui une source de confusion pour bien des gens. Les experts dissertent savamment sur les « systèmes de santé ». Certaines personnes croient qu'à défaut d'un accès à des traitements élaborés et coûteux, les maladies séviraient. Chacun s'inquiète de l'augmentation des « dépenses de santé ». On s'entend même parler d'une « crise des soins de santé ». Je souhaite donner mon sentiment sur ces questions.

Tout d'abord, je crois nécessaire de réaffirmer la vérité de la condition humaine: j'ai mal. Je souffre de certains troubles. Il est certain que je mourrai. Certains éprouvent plus intensément la douleur, d'autres sont atteints de troubles plus débilitants, mais nous affrontons tous pareillement la mort.

En regardant autour de moi, je constate que nous avons une grande capacité de nous porter mutuellement assistance, particulièrement lors des naissances, des accidents et des trépas -- et ainsi en va-t-il ailleurs dans le temps et l'espace. A moins d'être désaxées par des nouveautés historiques, nos maisonnées, en étroite coopération avec la communauté environnante, ont été admirablement accueillantes, c'est-à-dire, de manière générale, aptes à répondre positivement aux véritables besoins humains: vivre, célébrer et mourir.

En opposition avec ce vécu, certains d'entre nous en sont venus à croire aujourd'hui que nous avons un besoin désespéré de fournitures marchandes standardisées, entrant toutes sous le label de la « santé », conçues et fournies par un système de services professionnels. Certains s'efforcent de nous convaincre que le nouveau-né arrive en ce monde non seulement sans forces ni capacités, nécessitant donc les tendres soins de la maisonnée -- mais aussi malade, exigeant un traitement spécifique administré par des experts autocertifiés. D'autres croient qu'il faut constamment aux adultes des médicaments et des interventions pour qu'ils atteignent la vieillesse, tandis que les mourants ont besoin de soins médicaux dits palliatifs.

L'asservissement au mythe technique

Nombreux sont ceux qui ont oublié -- ou ne sont plus capables d'en jouir -- ces façons de vivre régies par le bon sens, qui contribuent au bien-être des personnes et à leur capacité de guérir d'une maladie. Beaucoup se sont laissés asservir à un mythe technique qui s'autoglorifie, et dont cependant ils se plaignent parce que, de manière impersonnelle, il appauvrit le plus grand nombre et enrichit une minorité.

Je constate, pour le déplorer, que beaucoup d'entre nous entretiennent l'étrange illusion que tout un chacun a « droit » à quelque chose qui s'appelle les « soins de santé ». Ainsi se trouve-t-on légitimé à recevoir le plus récent assortiment de thérapies techniques, fondé sur le diagnostic d'un professionnel quelconque, afin de survivre plus longtemps dans un état qui est souvent affreux, douloureux ou simplement fastidieux.

J'estime le temps venu d'énoncer clairement que ces conditions et ces situations spécifiques sont des facteurs de morbidité, bien plus que ne le sont les maladies elles-mêmes. Les symptômes que la médecine moderne s'efforce de traiter n'ont guère de rapport avec l'état de notre corps; ils sont, bien davantage, les signes des préjugés et des désordres propres aux façons modernes de travailler, de se distraire, de vivre.

Pourtant, beaucoup d'entre nous sont fascinés par l'éclat des « solutions » high-tech. Nous croyons pathétiquement aux remèdes miracles, nous croyons faussement que toute douleur est un mal qu'il faut supprimer, nous voulons retarder la mort à n'importe quel prix.

J'en appelle à l'expérience personnelle de chacun, à la sensibilité des gens ordinaires, par opposition au diagnostic et aux décisions des professionnels. J'en appelle à la mémoire populaire, par opposition aux illusions du progrès. Prenons en considération les conditions de vie dans notre cercle familial et dans notre communauté, et non pas la qualité des prestations de « soins de santé »; la santé n'est pas une marchandise qu'on distribue, et les soins ne peuvent être prodigués par un système.

Oui, nous avons mal, nous tombons malade, nous mourons, mais également nous espérons, nous rions, nous célébrons; nous connaissons les joies de prendre soin les uns des autres; souvent nous sommes rétablis et guéris par divers moyens. Nous n'avons pas à suivre un chemin uniformisé et banalisé de notre vécu.

J'invite chacun à détourner son regard, ses pensées, de la poursuite de la santé, et à cultiver l'art de vivre. Et, tout aussi importants aujourd'hui, l'art de souffrir, l'art de mourir.

Les droits et libertés des malades

Je revendique certaines libertés pour ceux qui préfèrent célébrer l'existence plus que de préserver la « vie »:

  • la liberté de juger moi-même si je suis malade;
  • la liberté de refuser à tout moment un traitement médical;
  • la liberté de choisir moi-même un remède ou un traitement;
  • la liberté d'être soigné par une personne de mon choix, c'est-à-dire par quiconque dans la communauté s'estime apte à guérir, qu'il s'agisse d'un acupuncteur, d'un homéopathe, d'un neurochirurgien, d'un astrologue, d'un sorcier, ou de toute autre personne;
  • la liberté de mourir sans diagnostic.

Il ne m'apparaît pas qu'il soit nécessaire aux Etats d'avoir une politique nationale de « santé », cette chose qu'ils accordent à leurs citoyens. Ce dont ces derniers ont besoin, c'est de la courageuse faculté de regarder en face certaines vérités:

  • nous n'éliminerons jamais la douleur;
  • nous ne guérirons jamais toutes les affections;
  • nous mourrons certainement.

Voilà pourquoi, en tant que créatures pensantes, nous devons bien voir que la quête de la santé peut être source de morbidité. Il n'y a pas de solutions scientifiques ou techniques. Il y a l'obligation quotidienne d'accepter la contingence et la fragilité de la condition humaine. Il convient de fixer des limites raisonnées aux soins de santé classiques. L'urgence s'impose de définir les devoirs qui nous incombent en tant qu'individus, ceux qui reviennent à notre communauté, et ceux que nous laissons à l'État.

Ivan Illich
L'Agora, Juillet/Août 1994

Par Antoine
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Jeudi 5 juillet 2007 4 05 07 2007 01:22
Un petit peu de lecture pour les deux mois à venir, ce que j'emporte avec moi pendant ces quelques semaines de découvertes. Je vous les conseilles fortement, et vous invite à laisser des commentaires en bas de la page sur ces bouquins. J'essaierais aussi, selon mon avancée et la disponibilité de terminaux internet au milieu des ours.

Histoire de la notion de vie, et La société pure : de Darwin à Hitler, d'André Pichot.
Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer, et Du progrès dans la domestication, de René Riesel
LTI, la langue du troisième Reich, de Victor Klemperer.
LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

André Pichot.

Historien des sciences, André Pichot travaille sur la façon dont l'homme considère et agit sur la vie. Par son travail historique, il met en lumière les aspect philosophique ou idéologique en oeuvre derrière les techniques modernes de manipulation du vivant que permettent la génétique. On aurait tort par exemple de croire que l'eugénisme aurait disparut avec les atrocités de la seconde guerre mondiale. Il viendra témoigner au procès de Réné Riesel, condamné pour avoir participer à la destruction d'OGM.

Histoire de la notion de vie

De la notion de vie on pourrait dire ce que saint Augustin disait du temps " Si personne ne me demande ce que c'est, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. " L'ouvrage s'efforce de saisir cette notion à travers les écrits des plus grands théoriciens de la vie, de l'Antiquité à l'aube de la biologie moderne. Il s'agit d'un guide de lecture et d'une gigantesque somme de textes - plus de mille extraits d'ouvrages essentiels - commentés et critiqués dans une perspective historique, philosophique et scientifique. C'est aussi la tentative d'éclaircir, par l'histoire d'une notion, la philosophie sous-tendant les sciences biologiques actuelles.

La société pure : de Darwin à Hitler

Si les problèmes liés à l'eugénisme, au "nettoyage ethnique" et au racisme reviennent si souvent sur le devant de l'actualité, c'est qu'ils sont loin d'être résolus, faute de notions claires sur les concepts de race, de gène et d'individu. L'historien et chercheur André Pichot entreprend ici de donner les outils nécessaires pour comprendre la vraie nature des intrications – qui ne cessent de se multiplier de nos jours – entre la biologie et la société. Le récit effarant des dévoiements de la biologie, de Lyssenko à Alexis Carrel, de Julian Huxley à Ernst Haeckel, et du "darwinisme social" (doctrine qui considère l'homicide collectif comme la cause du progrès de l'humanité) à Auschwitz, met en garde contre les interprétations simplistes. Carrel n'était pas plus dangereux que Huxley au prétexte que l'un était pétainiste et l'autre directeur de l'Unesco, et le naturaliste allemand Haeckel a fait bien davantage que le célèbre Gobineau pour propager les thèses eugénistes. La critique aiguisée des positions antiracistes trop catégoriques, quant à elle, montre clairement le chemin qui mène d'une pensée biologique imparfaite au fantasme de race parfaite. Un ouvrage passionnant et d'utilité publique. "(Les hommes) ne sont ni inégaux ni différents, ils sont incomparables. Et c'est parce qu'ils sont incomparables qu'ils sont égaux, mais d'une égalité qui ne se fonde ni sur la mesure ni sur la comparaison, l'égalité en dignité, et en droits. Les critères biologiques n'ont ici aucun intérêt."  Victor Gasque
Historien des sciences, c’est un déficit de pensée qu’André Pichot vient combler. Question embarrassante que celle de l’eugénisme. Médias et historiens pensaient l’avoir verrouillée à l’intérieur de l’idéologie nazie. Or, ce qui transparaît de cette étude serrée, c’est que si l’eugénisme a été laissé dans l’ombre, c’est parce qu’il offrait une image gênante des sociétés de la première moitié du 20è siècle dans leurs relations avec le nazisme. En effet, les premières lois eugénistes datant de 1907 furent américaines. En Suède, elles restèrent en vigueur jusqu’en 1970. Le Directeur de l'UNESCO, Julian Husley, humaniste social-démocrate, attestait encore, en 1946, de leur bien-fondé. Quant à la Fondation Rockefeller, elle joua un rôle des plus important dans son implantation en Europe, en particulier par le financement de laboratoires allemands. L’eugénisme était ainsi le lieu commun de la pensée scientifique de cette époque. Si par ailleurs on a voulu faire de Gobineau le père de cette idéologie abjecte, c’est en réalité du côté de Darwin qu’on en trouve les fondements. On lui doit entre autres l’interprétation des problèmes sociaux en termes biologiques. Et bien sûr, son prestige est aujourd’hui intact. Ce ne sont ainsi pas les horreurs nazies qui ont fait disparaître l’eugénisme, mais les progrès de la génétique. Or celle-ci, très à la mode désormais, campe sur les mêmes questions : éviter par exemple la naissance d’individus malades. Il semblerait que le racisme moderne, décalqué de l’eugénisme, ne trouble plus personne…   Joël Jégouzo
Techno-sciences


René Riesel

Déclaration sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer
Du progrès dans la domestication

René Riesel, combattant de la première heure contre les OGM essaye de "donner du sens" aux actions quand d'autres cherchent à les mediatiser. Ces textes permettent de cerner la disparition du monde paysan, qui rejoint peu à peu le rang du salariat, mais aussi les limites du mouvement altermondialiste et du citoyenisme.
L'auteur voit dans la lutte contre les OGM un outil qui permet de saisir le sens des transformations actuelles.

Language, novlangue et système totalitaire

LTI, la langue du troisième Reich , de Victor Klemperer.

Pendant plus de 10 ans, de 1933 à la fin de la guerre, Victor Klemperer note dans son journal les transformations que les nazis imposent à la langue allemande : "observe étudie et grave dans ta mémoire ce qui arrive - car demain cela aura un autre aspect, demain déja tu le percevra autrement (...)". Son journal lui servira à garder l'equilibre au cours de ces années terribles, l'étude de la semantique nazi lui permettra de ne pas sombrer dans les nombreuses chausses-trappes idéologiques qui rattrapèrent nombre de ses contemporains.

Victor Klemperer observe la mise en place de la LTI, la «langue du Troisième Reich», sa montée en puissance, et son durcissement désespéré à partir de 1943, lorsque la bataille de Stalingrad fait de l'armée d'un Reich qui devait durer mille ans l'armée la plus misérable. La LTI, écrit Klemperer, est une langue dont la «pauvreté» est la «qualité foncière» (p. 43). Les mots y sont martelés. A la date du 28 juillet 1933, il note : «La répétition constante semble être un effet de style capital dans leur langue» (p. 58). Tout en elle «devait être harangue, sommation, galvanisation» (p. 47).

Klemperer relève dans la LTI les mots dont la fréquence augmente : spontané (p. 82), instinct (p. 306), fanatique et fanatisme (p. 87), aveuglément (p. 201), éternel (p. 152), étranger à l'espèce (p. 132), et bien entendu le mot total, désigné par Klemperer comme le «mot clé du nazisme» (p. 281). Le philologue observe aussi des segments qui se figent, comme la guerre imposée à un Führer soi-disant pacifique (p. 351), ou la haine insondable des juifs, cliché entendu quotidiennement (p. 231). Klemperer relève également les mots dont la productivité lexicologique s'accroît : les préfixes Welt (mondial) et gross (grand) (p. 284), ainsi que Volk, un des maîtres-mots du nazisme, dont Klemperer enregistre les bourgeonnements protéiformes (p. 56 et 309).
Compte rendu d'Alice Krieg



LQR, la propagande au quotidien, d'Eric Hazan

Sur une prériode un peu plus courte (un an) Eric Hazan s'essaye au même travaille sur la langue d'aujourd'hui, et decrypte comment celle-ci, derrière son apparente neutralité, véhicule également une idéologie très particulière.

Emmission de radio de Daniel Mermet.

Quatrième de couverture :
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre.
Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
Par Antoine
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